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Frères !

On va se dire des indélicatesses qui ne peuvent attendre
Nous nous sommes donnés à niquer aller et retour
Et le sourire bêta, nous avons applaudi la dépossession

Frères, langer l'espoir éteint

Hier, une liberté curieuse des attentes rassises
Aujourd'hui, une cireuse paix des mares avilies
Etourdissante ronde des larves de la reine

Frères, trier les sourds douleurs

L'éclair déçoit qui encore tranche les instants
Femmes, hommes, enfants et bêtes chancellent
Et la prunelle vitreuse du bourreau étincelle

Frères, taire les angoisses poisseuses

Les âmes aboient dans les décombres
Et là-bas, dans la ruelle nimbée de pénombre
Les gémissements sans écho s'étirent

Frères, apprendre à mettre un cadenas sur sa bouche

On ne peut dire sans voir virevolter
Le glaive ensanglanté du sadique
Ainsi roulent les chagrins chaque fois veufs

Frères, rester à pleurer l'espérance confisquée

Il est possible d'ignorer les femmes
Pas leurs regards larmoyants d'amertume
Jamais leurs silences où flottent les brisures

Frères, accepter la larme qui perle au coin du c½ur

Cheminer dans cette contrée aux sourires cruels
Cette ville de demi-vies habillées d'un jour perverti
Aux ivres recoins où sommeillent des colères ternies

Frères, les regarder éplucher l'avenir

Survivants sans lendemain, se terrer derrière ces murs rabougris
Ces frêles remparts d'un banco toujours provisoire
Là où fermentent des haines inexpliquées

Frères, ce n'est pas crime que de trébucher
Mais c'est crime que de continuer à boire le dédain
C'est crime de persister à se déhancher
C'est crime de toujours trembler et démettre demain
La perpétuelle abdication de nous-mêmes
Nous rend comptables de nos déchirures
L'éternelle soumission est un appel au viol

Sayouba Traoré, Journaliste, Ecrivain

Le Faso

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