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Pourquoi Paris veut

Le lundi 15 juillet 2013, Michel Djotodia, chef de l'Etat centrafricain arrivé au pouvoir quatre mois auparavant après d'âpres combats dans la capitale, Bangui, débarquait au Burkina Faso. Avec une forte délégation dont pas moins de cinq ministres. Djotodia, inattendu sous cette latitude, se voulait rassurant sur l'état de la RCA : « Bangui est bel et bien en paix et des gens sillonnent le pays. Il y a une mission mixte de l'ONU et de l'Union européenne qui fait une tournée. S'il n'y a pas la sécurité, cette mission n'allait pas venir ».

Il n'y aurait, disait-il alors, que l'extrême Est et le Nord-Est qui connaissaient des tensions, essentiellement du fait des exactions de la LRA (L'Armée de résistance du seigneur). « C'est le gros problème chez nous, sinon la paix est revenue », commentera Djotidia. Blaise Compaoré a écouté poliment, pas vraiment convaincu par la sérénité de son interlocuteur ; mais l'a assuré qu'il était disposé à s'impliquer dans la résolution des problèmes de son pays.

Loin de chez lui, Djotodia cherche des « alliés ». En Afrique centrale, la RCA est perçue comme un cancer. Djotodia souffre, de son côté, d'un déficit de crédibilité. Il a conquis le pouvoir mais n'est pas parvenu à sécuriser le pays ni même à contenir les exactions de cette Séléka qui lui a permis de vaincre François Bozizé ; il est vrai que ce n'est qu'un conglomérat de coupeurs de route qui n'obéissent qu'à leurs « seigneurs de la guerre ». Quant à ses sponsors, ils entendent d'abord jouer leur propre jeu ; et avoir un retour rapide sur investissement. C'est le cas, bien sûr, d'Idriss Déby Itno. Il est le seul, d'ailleurs, avec Denis Sassou N'Guesso, président du Congo et médiateur dans le dossier centrafricain, à s'être déplacé jusqu'à Bangui pour la prestation de serment du président de la transition.

Libreville avait envoyé le président de l'Assemblée nationale, Yaoundé et Malabo leur vice-premier ministre. Hors région, on notait la présence du ministre soudanais de la défense. Pas le meilleur signe pour les observateurs occidentaux. Et notamment pour Paris qui souhaite s'investir dans la résolution de la crise centrafricaine mais désespère trouver « des alliés africains sérieux » pour l'accompagner dans cette affaire. Au Mali, la France avait pu compter sur Ouagadougou, Dakar, Abidjan et Niamey ; sur N'Djamena aussi dont l'hégémonisme n'était pas à craindre loin de son territoire. Et quelles que soient les déficiences de la classe politique malienne, elles n'avaient rien à voir avec la situation qui prévaut en RCA. Dans le dossier centrafricain, le moins que l'on puisse dire c'est que les points d'appui font cruellement défaut.

Pour Paris, Bangui pourrait être l'acte II de l'opération « Serval ». Non pas tant parce qu'il s'agit de la Centrafrique et que la situation humanitaire y est fortement dégradée mais parce que le pays est devenu le QG de tous les mafieux du continent. Bien plus qu'au Mali, la géographie du pays s'y prêtant ; et compte tenu, surtout, des ressources minières : diamants, uranium, or... et forestières déjà aux mains d'opérateurs « douteux ». Et l'environnement CEEAC n'est pas des plus rassurants : c'est le club des chefs d'Etat qui détiennent un record de longévité au pouvoir, Nguema, Biya, Déby, N'Guesso. « Il est plus que temps d'agir en Centrafrique » a affirmé François Hollande, le mardi 27 août 2013, devant la conférence des ambassadeurs réunie à Paris. S'il est temps, reste à savoir comment et avec qui.

Le 1er août 2013, la Mission internationale de soutien à la RCA (MISCA), forte de 3.650 hommes, a pris la suite de la Mission de consolidation de la paix en Centrafrique (Micopax), forte de seulement 1.300 hommes détachés par les pays d'Afrique centrale. Hollande voudrait renforcer la MISCA et, surtout, selon le schéma mis en ½uvre pour le Mali, organiser une conférence internationale qui organise le financement de la reconstruction de la RCA où les bailleurs de fonds ont pris la fuite, rien n'étant faisable actuellement dans l'état de chaos dans lequel se trouve le pays.

Djotodia a entendu le message de Hollande. Il a déchargé Nourredine Adam du portefeuille de la sécurité publique, émigration-immigration, ordre public. Né de mère tchadienne, il est l'homme d'Idriss Déby Itno à Bangui. Patron de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), une des composantes de la Séléka, et numéro deux de « l'alliance », c'est un seigneur de la guerre pragmatique (ses ennemis diront « opportuniste »). Il a une vraie perception des rapports de force et une juste compréhension des situations. Négocier n'a de sens que si c'est l'expression d'une situation qui lui est favorable ; et si la négociation conduit à une situation défavorable, il s'est donné auparavant les moyens de tout remettre en question. C'est ce qui s'est passé au lendemain de l'accord de Libreville (11 janvier 2013) qui a permis à Bozizé de s'accrocher au pouvoir plus longtemps qu'on ne pouvait le penser (cf. LDD Centrafrique 013/Mercredi 26 décembre 2012).

Ayant considéré qu'il était inapplicable (et qu'il en serait « le dindon de la farce »), il était repassé à l'offensive et avait pris le contrôle de Sido fin février 2013, s'affirmant comme le leader de la fraction « radicale » de la Séléka. Il avait, disait-on, l'onction d'Idriss Déby Itno. A en croire le site tchadien Alwihda, Nourredine Adam était son bras armé en Centrafrique. Et ses circonvolutions politico-militaires ne visaient qu'à créer un rideau de fumée sur les implications de N'Djamena non pas dans la résolution de la crise centrafricaine mais dans sa genèse même. Selon Alwihda, « la chute de Bozizé II » a résulté « d'un plan concocté par avance par Idriss Déby » et mis en ½uvre par Nourredine Adam.

N'étant plus en charge de la sécurité et de l'ordre public, Nourredine Adam n'est pas pour autant sur la touche. Il conserve son titre de ministre d'Etat et a obtenu la présidence du Comité extraordinaire de la défense des acquis démocratiques, considéré comme l'officine de renseignement. A la sécurité et à l'ordre public, il est remplacé par Josué Binoua. « L'homme de Dieu » - il est pasteur - était jusqu'à présent conseiller aux affaires religieuses auprès du chef de l'Etat. Après avoir été considéré comme « l'homme fort » du régime Bozizé dont il a été le ministre de l'Administration territoriale. Il a été en pointe dans la dénonciation de l'islamisation du pays.

C'est le grand reproche qui a été fait à la Séléka avant son accession au pouvoir dès lors que beaucoup de ses combattants étaient des arabisants originaires des « Trois frontières » (RCA, Tchad, Soudan), à l'extrême Nord-Est du pays. Le retour de Binoua sur le devant de la scène est un gage donné par Djotodia : il peut se donner les moyens d'une recomposition du paysage politique centrafricain. Nourredine Adam, dans ses relations avec les éléments incontrôlés de la Séléka qui sèment la terreur dans les quartiers et les provinces, était juge et partie. Ce n'est pas le cas de Binoua qui entend à ce que la sécurité soit assurée par la gendarmerie et la police exclusivement dans une « démarche participative » qui associe les populations. Reste, bien sûr, à doter ces forces de sécurité de moyens à la hauteur de leurs ambitions ; et c'est là le problème. « Les commissariats sont cassés et nous n'avons ni véhicule, ni moyen de communication, ni arme non létale » précise Binoua.

Après l'imbroglio diplomatico-politique dans lequel se débat Paris depuis que l'affaire syrienne a été déclenchée, l'Elysée pourrait trouver du côté de Bangui un dérivatif au fiasco annoncé du côté de Damas. Ce qui réjouirait les régimes autoritaires de la région qui se lassent de devoir se pencher sur les maux qui minent la RCA. Et dont la désintégration serait un risque accru de déstabilisation de leurs propres régimes. La CEEAC est un ensemble régional fragile enserré par des poids lourds territoriaux : Nigeria, Niger, Libye, Soudan, RDC dont beaucoup sont déjà soumis à la pression « islamiste ». Il ne faut pas l'oublier.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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