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Incivisme au Burkina : Entre dérives langagières et opportunisme politique

Il se passe des choses absolument incroyables et tout aussi inacceptables au Burkina. Des étudiants qui, mécontents de la fermeture des cités et des restaurants universitaires, incendient 14 véhicules, 115 vélomoteurs et en vandalisent des dizaines d'autres, à la suite de l'intervention des forces de l'ordre. Des citoyens, qui mécontents de la survenue d'un accident mortel sur une avenue, incendient le véhicule responsable et réclament ipso facto que justice soit faite à la victime.

Sommes-nous toujours dans le même Burkina, où le moindre faux-pas du gouvernement ou d'un citoyen lambda doit être puni par le dieu du feu, sur la base d'a priori subjectifs comme la fortune ou la mauvaise foi du mis en cause ? Malheureusement, les derniers évènements font remonter à la mémoire de ceux qui ont fait le campus de Zogona, les grèves gigantesques pour réclamer de meilleures conditions de vie et d'études. Jamais les étudiants ne brulaient des véhicules de l'Etat et de particuliers sachant bien que la bataille de l'opinion était toujours importante à gagner dans une lutte, c'est-à-dire, que les parents d'élèves devaient se ranger de leur côté pour amener l'Etat à résoudre leurs problèmes. Cette époque est bien loin de nos cieux.

Au contraire, il s'en trouve des politiciens pour soutenir les revendications des étudiants allant jusqu'à considérer comme quantité négligeable, les dizaines de véhicules incendiés, en parlant d'incidents. Certes, de nombreux parents ont souffert de voir des étudiants dormir à la belle étoile à la suite de la fermeture des cités. De nombreux Burkinabè estiment, et cela est certainement vrai, que l'Etat doit investir davantage dans les universités publiques afin de ramener un minimum de normalité et de qualité dans l'enseignement après les dernières années troublées. Et on ne peut pas dire que l'Etat n'a rien fait : seulement, si l'avenir de notre pays dépend de la qualité de notre capital humain, il doit faire beaucoup plus. Cela exigera certainement des initiatives courageuses sur plusieurs années pour moderniser les universités publiques.

Dans cette philosophie, les gouvernants doivent être aussi aidés par les parents et par ...l'opposition. A quoi sert-il d'encourager (le mot n'est pas trop fort, hélas !) les étudiants à casser tout sur leur passage si ce n'est pour mettre leur avenir en péril et récolter des dividendes politiques ? Un homme politique dans nos pays pauvres doit-il être si machiavélique, que par opportunisme politique, il feint d'oublier que ces véhicules fond rouge brulés sont achetés avec des prêts sur 20 ans et que tout le monde va le payer ?

Dans un pays pauvre, aux ressources extrêmement limitées, on devrait se comporter mieux et être plus responsable. Car, ceux qui sont dans l'opposition savent bien qu'une fois au pouvoir, ils ne laisseront pas les mêmes étudiants casser et brûler sans rétablir l'ordre, pire les féliciter. Ne pas condamner les actes d'incivisme, c'est condamner notre jeunesse à se fourvoyer gravement et à être de mauvais citoyens demain. Heureusement que le peuple burkinabè dans sa grande majorité est épris de tolérance et sait distinguer le bon grain de l'ivraie.

Dans le même sens, il sait désormais refuser l'injustice flagrante de ceux qui pensent se rendre justice eux-mêmes en brulant les véhicules après des accidents mortels. Là encore, des dérives langagières font le lit de ces comportements inacceptables. Sur la base de préjugés simplistes et dangereux, on considère celui qui possède un véhicule comme un voleur de la république. Certes, des personnes malhonnêtes ont souvent abusé des biens de l'Etat. La corruption aussi est un phénomène bien réel dans notre pays, qu'il faut combattre vigoureusement. Mais, doit-on assimiler tous ceux qui ont une belle voiture ou une grosse cylindrée à des rapaces, qui pillent la république et affament le peuple ?

Des Burkinabè ont bâti leur fortune à la sueur de leur front et ont réussi sans même un coup de pouce du régime. Des cadres de ce pays travaillant dans des entreprises florissantes peuvent s'offrir des villas sur la base de leurs rémunérations légitimes. Certes, dans un pays pauvre, les inégalités sociales sont source de frustrations et il est du devoir des gouvernants de travailler à la répartition équitable des fruits de la croissance. Mais, il est dangereux d'en rajouter en indexant une catégorie de personnes, qui par leurs revenus, soulagent aussi des proches. En tout cas, ces propos irresponsables ne devraient pas venir de politiciens dont certains ne se gênent pas de posséder des véhicules tout terrain...

Tidiane TRAORE

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