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Lettre ouverte au ministre du Tourisme et des Loisirs : Il faut mettre fin

La situation a duré plus longtemps que l'ère de l'indépendance que nous vivons dans ce pays. Si les hôtels qui pratiquaient la discrimination ouvertement avaient disparus, les nouveaux complexes hôteliers semblent avoir adopté des méthodes plus raffinées tout en restant profondément racistes.

Il y a des établissements hôteliers qui opèrent uniquement pour la clientèle européenne et qui font tout pour décourager la clientèle de nationaux. Les rares Sénégalais qui sont exemptés sont riches ou qui de part leurs fonctions dans l'administration de l'Etat peuvent servir ces établissements. Ces personnes sont souvent des hauts fonctionnaires.

On est au Sénégal et pourtant, comment se fait-il que l'industrie du tourisme ne fait pas de la clientèle sénégalaise sa base ? Et sans exclusivité aucune, pourquoi n'a-t-on pas élargi cette clientèle à celles des pays limitrophes comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad qui ne jouissent pas de l'océan et des alizées des vents marins qui donnent à notre pays ce beau temps presque toute l'année ?

Plusieurs établissements préféraient fermer à la fin de l'hiver européen qui sert comme saison touristique au Sénégal. Que pensez-vous que ce soit la raison lorsqu'un hôtel affiche le prix de 75 000 Francs CFA pour une journée de baignade dans sa piscine ou lorsqu'on laisse croire au public sénégalais qu'il bénéficierait de 50 pour cent des frais de la chambre et que ce montant s'élève à 25 mille Francs pendant qu'au plus fort de la haute saison, le touriste européen n'a payé que 13 mille francs à travers son agence ? Il est temps de dénoncer cette discrimination patente comme du racisme ! L'Apartheid n'est qu'un autre euphémisme de ce racisme.

Il y a pire. Il est stupéfiant de voir un client sénégalais réserver une chambre par téléphone et parcourir plus de 80 kilomètres jusqu'à l'hôtel pour qu'on lui dise que l'hôtel est complet. Souvent, la déconvenue du client était perceptible au point que tous les autres clients s'enfuyaient de la réception pour ne pas partager cette honte visible sur la figure des employés. Lorsque le client s'entêtait, les employés appelaient en dernier recours leur superviseur qui n'était pas plus convaincant dans ses mensonges. Quelque fois, un résident Européen, arrivé après le Sénégalais, obtenait une chambre sans peine devant la victime qui ne savait comment réagir à cette scène.

Comment comprendre qu'il faut qu'un Sénégalais sur sa terre natale ait recours à des ruses comme laisser sa copine européenne faire les démarches auprès de l'hôtel pour qu'il puisse bénéficier d'une entrée dans l'établissement ? Quoi de plus émasculant lorsqu'il faut qu'un Sénégalais dépende de son épouse européenne ou qu'il faut qu'il soit accompagné d'un Blanc pour rentrer dans ces établissements.

Monsieur le ministre n'est pas sans savoir que certains hôtels s'activent à ne solliciter qu'une clientèle de groupes de personnes spécifiques. Il y a d'abord les coopérants Européens, ensuite, les fonctionnaires d'organisations inter­na­tionales et puis par sélection, des nationaux des pays du Maghreb ou du Moyen-Orient.

Si les Sénégalais se retrouvent en grand nombre dans ces hôtels, c'est à cause des séminaires qui sont lucratifs, c'est-à-dire la composante d'activités qui payent le plus dans le tourisme. Admettons-le maintenant, il existe bel et bien un apartheid dans le tourisme au Sénégal.

Aussi, disons-le sincèrement que l'autorité de l'Etat dans cette industrie est symbolique car la force de ces établissements est telle qu'ils dictent la cadence du développement du tourisme au Séné­gal. La situation n'a guère changé comparée à l'ère avant l'indépendance car le minimum dans une politique touristique aurait été de reconfigurer la clientèle de base. Le tourisme au Sénégal est contrôlé à travers ses opérateurs majeurs qui sont racistes. Il y a toujours un déséquilibre à cause de l'emprise de ces multinationales sur cette industrie car elles ne désirent pas voir se définir une vraie politique Sénégalaise de tourisme.

Or, pour que l'industrie du tourisme prospère et ait un impact majeur sur l'économie du Sénégal, il faudra créer en priorité la clientèle nationale comme partout ailleurs ou le tourisme a contribué au développement d'une Nation.

Pendant toute l'année, un programme de promotion doit cibler les Sénégalais depuis les adolescents jusqu'aux retraités. Rien n'empêche aux hôtels de grand standing de ramener les prix vers 5000 francs par jour la chambre pour un package de trois jours à une semaine accompagnée d'un buffet des plats sénégalais alternés suivant les spécialités régionales ou ethniques à des prix abordables. Après tout, il est préférable de recevoir des recettes au lieu de laisser les chambres vides pendant plusieurs mois et aussi revigorer les divers secteurs de la restauration tout le long de l'année.

Le Sénégal doit se passer d'une saison touristique calibrée aux touristes européens uniquement pour en avoir plusieurs saisons, toutes aussi importantes les unes que les autres. Pour cela, il faut que chaque établissement vienne à couvrir 80 à 95 pour cent de son opération avec une clientèle de Sénégalais. Tout établissement qui ne remplira pas ce minimum devra être fermé.

L'argument selon lequel ces sociétés multinationales ou compagnies nous apportent des devises est une chimère. Les déclarations que ces opérateurs touristiques aident à équilibrer la balance de paiement nationale sont toutes de purs mensonges. Ces opérateurs touristiques n'ont jamais rapatriés un sou des devises qu'ils recevaient et la majorité n'avait jamais contribué à l'essor de cette industrie. Si la plupart de ces sociétés opèrent toujours au Sénégal, c'est parce qu'elles ont su exploiter les faiblesses des autorités de l'Etat et des gouvernements dont l'incompétence s'étend dans la mauvaise gestion de l'industrie et par des carences de contrôles fiscaux effarants en sus du complexe d'infériorité des hauts fonctionnaires de l'Etat.

Nul n'a besoin de souligner que la vassalisation des organisations nationales dans presque tous les secteurs du tourisme à des entités supranationales a éliminé toute souveraineté de l'autorité publi­que. La corruption générale gangrène les agences de contrôle autour de cette industrie. La paralysie des organes de décisions est due au fait qu'une ancienne génération de cadres aurait préféré obtenir le statut même symbolique dans des organisations dites internationales avec des émoluments de fonctionnaires internationaux de sorte que tous ce qu'ils gèrent ne sont que des coquilles vides sans pouvoir réel. Il y a trop d'agences avec leurs sigles pédants pour les citer tous.
Cependant, parmi les réformes que se propose d'introduire le gouvernement de M. Macky Sall, nous espérons que l'Etat impose en plus, une taxe plus discrétionnaire et singulière d'à peu près 95 pour cent sur une activité ou la discrimination existe. Cela est nécessaire par exemple sur le prix des piscines ou des discothèques respectivement ou on peut prélever un forfait annuel au début de l'exercice comptable de l'établissement en raison de treize clients par heure pour six heures dans la journée et de 20 clients par heures pour quatre heures par jour. Et encore là, l'Etat est loin de gagner sur ce système huilé que dirige une pègre depuis des décennies.

Il est impératif que les efforts dans ce sens commencent par l'obligation de soumettre un rapport mensuel sur le nombre de clients sénégalais enregistrés dans chaque établissement. Aussi, il faut que ces sociétés consacrent une importante partie de leurs publicités dans les médias au Sénégal et qu'une grande proportion de la promotion cible les jeunes étudiants dans les universités et centres de formation, et pourquoi pas, les élèves du cours secondaire. Voici une manière de familiariser et permettre à ce que la clientèle du futur s'adapte à l'industrie touristique. Les nôtres doivent connaître les plaisirs de la vie, et ne pas être des esclaves ad vitam aeternam dans leur propre pays.
Les Hôtels doivent mettre autant d'efforts pour servir la Diaspora sénégalaise et la Diaspora africaine afin que celles-ci trouvent la destination du Sénégal comme attraction. Nous savons que ce marché était intentionnellement négligé parce que ces Sénégalais décomplexés qui vivent à l'extérieur exigeront chez eux le même respect et traitement que leurs hôtes. C'est certain que l'importance de la Diaspora africaine n'a de valeur qu'aux yeux des Africains en premier. Il va s'en dire que les rencontres, le retour à la mère Patrie répond uniquement des impératifs de ce patrimoine spirituel et culturel partagé entre l'Afrique et sa Diaspora. Evide­ment, les descendants de ceux qui séparèrent les Africains n'ont d'autres gains que financiers. C'est pourquoi il faut comprendre la délicatesse de ce facteur dans la promotion vers la Diaspora africaine. Il n'est pas question de laisser cette prérogative à d'autres personnes. Nous sommes conscients des résultats après cinq décennies d'expériences négatives.

Il y a eu au fil des décennies un conditionnement du personnel sénégalais dans ces établissements hôteliers. Cela s'étend aussi aux résidences. Le comportement de ce personnel frôle la stupidité. Cela se voit dès que l'on s'arrête devant les grilles, portails des résidences hôteliers ou devant la barre du poste de sécurité de l'hôtel. Tantôt, c'est un agent de sécurité qui hurle au lieu de parler respectueusement à son concitoyen. Lorsque l'on pénètre dans l'enceinte du complexe et arrive à déjouer tous les barrages, c'est une serveuse agacée qui tourne ses yeux parce qu'on a changé sa commande sur une carte de menu.

On se demande souvent ce qu'on enseigne à ces hôtesses pendant leurs formations pour qu'elles s'énervent lorsqu'un de leurs compatriotes les interpelle en leur demandant de se focaliser sur sa requête au lieu de se pencher sur celui d'un Européen venu après lui. La soi-disant Teranga se traduit aujourd'hui à lécher le cul des Européens plutôt qu'à se comporter comme de dignes hôtes. Tout semble se réduire à la prostitution réelle et, métaphoriquement parlant.

Sans exagérer, l'envoûtement de cette Teranga singulière est tout à fait débilitant quand on examine la manière dont il est appliqué par certaines institutions de l'Etat. Il suffit de voir comment les forces de sécurité terrorisent les riverains des communautés ou sont établis ces hôtels surtout, sur la petite côte. Pas un jour ne passe ou des agents de sécurité ne malmènent des jeunes dont la seule faute a été de prendre l'initiative de se créer un travail honnête comme laveurs de voitures, porteurs de bagages, fripiers ou antiquaires.

Il y a bien sûr des délinquants mais il semble que ceux-ci soient plus libres de circuler autour des commissariats de police ou postes de gendarmerie pour commettre leurs forfaits en plein jour sans s'inquiéter. C'est pendant la nuit que les forces de sécurité ramassent les noctambules de joyeux et libertins qui sont sortis sans leurs cartes d'identité comme cela se faisait contre les Noirs sans leurs laissez-passer en Afrique du Sud pendant l'Apartheid. Quand ces brigades de forcenés organisent des «rafles», ils embarquent même les citoyens paisibles assis devant leurs demeures et parfois les travailleurs rentrant de leurs boulots pour les entasser dans des bétaillères. Voici quelques unes de nombreuses humiliations que doivent vivre des Sénégalais pour que le tourisme à l'intention des Euro­péens marche bien.

Il paraît que les ordres viennent d'en haut et encore une fois, ces écervelés «d'en haut» exhibent l'oppression napoléonienne que seuls des retardés de l'ère coloniale sauront prescrire pour maintenir la sécurité publique dans cette Nation. Avez-vous vu la police française ou de n'importe quel pays européen arrêter ses citoyens pour que des Nègres puissent circuler librement sur les champs Elysées ? Bien sûr que NON ! Et pourtant, les Mafiosi ne sont pas absents de ces sites touristiques en Europe ! Là-bas la police s'efforce de les «cueillir» sans transgresser les droits des citoyens lambda.

Comment peut-on croire qu'on est en l'an 2013 dans un Sénégal indépendant et de surcroît dans un pays démocratique ?

Monsieur le ministre du Tourisme, il faut abolir l'apartheid dans le tourisme au Sénégal car vous ne pourrez pas nier en toute conscience et honnêteté l'existence de ce crime contre l'humanité dans notre pays.

A bas l'apartheid dans le tourisme !
Vive le Sénégal!
Vive son Peuple libre!
J.S.Beye
Email:
[email protected]

Rewmi

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