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Une arène nationale dans le site du technopôle de Dakar : Le paroxysme de l’infamie (Par Kadialy GASSAMA)

La construction envisagée d'une arène nationale de vingt mille places dans l'emprise du Technopôle de Dakar dont le biotope est caractérisé par une morphologie et une pédologie très particulières, apparaît comme une double agression contre la science et contre l'environnement. Si un tel projet arrive à se concrétiser dans un tel endroit, il ne sera pas exagéré de soutenir que nous serons au summum de l'hérésie et de l'irresponsabilité. C'est dire que nous sommes en train d'assister, par l'entregent des promoteurs et des associations de lutte, au sacre des muscles sous l'autel de la destruction d'un temple du savoir et de la biodiversité, dans un monde où l'appropriation et l'apprivoisement de la science ainsi que la protection de l'environnement sont aujourd'hui, les clefs du développement durable.

Si l'esprit et la science riment avec la biodiversité en raison de leur interaction positive, la cohabitation d'un temple du savoir et d'une arène nationale dans laquelle on réfléchit par les muscles est absolument contre nature. Le faire, c'est simplement signer la mise à mort orchestrée du technopôle de Dakar et de la mangrove attenante pour des spéculations foncières contre l'intérêt général et au seul profit de groupes organisés.

Le développement de la recherche appliquée pour l'innovation technologique dans les industries non polluantes et les nouveaux métiers (Ntics, Agro- industries) fut, en 1996, le prétexte de la création et de l'implantation par le régime socialiste du technopôle de Dakar dans un site particulier, propice à l'incubation. En effet, la zone humide protégée (convention de Ramsar sur les zones humides pour la conservation de la biodiversité) que le Président Senghor appelait «le poumon vert de Dakar» comprenant les abords de Pikine, la Patte d'oie, Cambérène , la zone des puits, la mare de Thiaroye jusqu'à Mbao, offrait un décor merveilleux et un réceptacle pouvant recevoir des parcs technologiques près des grandes villes, sans altération du milieu écologique local. C'est ainsi que plusieurs projets développants dans les sciences appliquées portés par la communauté scientifique nationale et les pouvoirs publics de l'époque avaient vu le jour au niveau du technopôle de Dakar dont Afristech qui pouvait servir de base au transfert technologique et à la réduction de la fracture numérique, la fondation Pathfinder de Cheikh Mobibo Diarra à travers laquelle les génies en herbe bénéficiaient de bourses pour les grandes universités et écoles du monde, le centre névralgique de télécommunication avancée de la Sonatel et des centres de recherche appliquée et de développement technologique dans les domaines agro-industriels, artisanaux et des Ntics. N'eût été l'alternance intervenue en 2000 avec un nouveau régime qui avait complètement sabordé cet important projet développant et respectueux de l'environnement, le technopôle de Dakar allait devenir un centre d'excellence et de bon goût comme Sophia Antipolis en France ou Silicone-Valley aux Usa. Or, dans ce monde, les pays émergents sont ceux qui se trouvent au premier rang en matière de recherche et d'innovation, surtout, pour nos pays ayant accumulé un retard considérable dans ce domaine.

Les appétits fonciers du régime libéral arrivé au pouvoir en 2000 avaient fait, qu'après avoir fait main basse sur l'emprise du centre émetteur de Rufisque pour de l'habitat sur plus de deux cent cinq hectares, lequel centre pouvaient servir de hauts lieux névralgiques d'application technologique avec un lycée technologique et des écoles de métiers conformément à sa vocation, la forêt classée de Mbao qui avait commencé a être squatté avait failli connaître le même sort. Bien entendu, l'érection d'une arène nationale dans les périmètres du technopôle de Dakar entrait en droite ligne dans les orientations foncières du précédent régime, au mépris de la protection de l'environnement et du souci de faire avancer qualitativement la société sénégalaise.

Nul doute que la lutte sénégalaise avec frappe qui n'a d'influence d'ailleurs que dans notre pays est, de nos jours, une forme de sport très prisée au pays de la téranga. Dans nos campagnes et dans nos villes, cette forme de lutte a toujours trouvé des lieux pour l'exercice de ce sport individuel typiquement sénégalais, à la différence que traditionnellement, la lutte sénégalaise ne connaissait la pratique de la frappe à main nue. Il reste vrai qu'au regard de l'assise populaire de plus en plus grande de cette forme de lutte au cours de ces dernières années, les arènes qui servaient de pratique pour ce sport, ne pouvaient plus contenir les nombreux adeptes de la lutte avec frappe, au point que la mise à contribution des stades devenait une nécessité. Si bien que le monde de la lutte devrait bénéficier légitimement d'une arène nationale d'une dimension à la hauteur d'un stadium. Plusieurs sites étaient retenus, parmi lesquels, l'emprise qui jouxtait le stade Iba Mar Diop et la Rts pour faire de cet endroit un complexe sportif pouvant intégrer la lutte à coté du football et du hand ball et, les abords de l'entrée du stade Lss où des réserves sur plusieurs hectares existaient avant le morcellement de l'espace par les alter noceurs pour de l'habitat au détriment d'un complexe sportif intégré comprenant un stadium pour la lutte. Il est évident que si le précédent régime libéral avait fait suite au non de la continuité de l'Etat à la réalisation de ces projets, nous aurions pu avoir sans coup férir des arènes nationales à la dimension d'un stadium pouvant contenir vingt mille places, mais, on avait préféré en lieu et place faire de la spéculation foncière sur la base d'un affairisme d'Etat.
Il s'y ajoute que l'érection d'une arène nationale dans le site du technopôle de Dakar aggrave le phénomène des inondations dans la presqu'île du cap vert où l'occupation de l'espace vitale par le béton a entraîné la disparition des mangroves qui en est la cause principale. A pluviométrie normale ou excédentaire, Dakar ne connaissait pas d'inondations, il n'y a guère longtemps, notamment, à partir de la période pendant laquelle existaient la mare naturelle de Thiaroye dont le lit s'étendait des limites de Pikine jusqu'aux abords de Mbao sur le littoral, ou, le lac de la zone des puits (transformée en cités) couvrant la Patte d'oie, Grand Yoff, Dalifort, la Foire et les Maristes, en plus d'autres lacs naturels disparus sous la pression de l'habitat.

Nous estimons qu'il faut aller au-delà de la zone agro-sylvo-pastorale des Niayes (zones humides à protéger qui a tendance malheureusement à disparaître sous la poussée de l'habitat) pour construire une arène nationale dans le strict respect de la protection de l'environnement, tout en cessant de faire le culte de la lutte sur le dos de la science et du savoir qui est le signe même d'une société en décadence.

Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

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