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Microsoft allié du système Ben Ali

Le système sécuritaire mis en place sous le régime de Zine el-Abidine Ben Ali pour espionner les Tunisiens dévoile un peu plus chaque jour l'envers de son décor international.

Dans un nouveau câble diplomatique publié par le site WikiLeaks, datant du 22 septembre 2006 et issu de l'ambassade américaine de Tunis, Microsoft, la multinationale informatique américaine, se trouve associée au gouvernement Ben Ali dans l'élaboration du contrôle numérique en Tunisie. Dans un article publié le 6 septembre 2011, le site Fhimt revient sur cette collaboration aux modalités et intérêts restés opaques.

Rédigés deux mois après la signature du contrat associant Microsoft et le gouvernement tunisien, ces câbles diplomatiques révèlent les soupçons de corruption de plusieurs ambassadeurs. On y retrouve entre autres décrites les relations de Microsoft avec la famille Trabelsi, qui, par l'intermédiaire d'une fondation caritative aurait assuré le monopole américain sur les logiciels open source en Tunisie: 

«La réticence de Microsoft quant à la divulgation intégrale des détails de l’accord met l’accent sur le fait que le gouvernement tunisien fait prévaloir le secret à la transparence. Il est à se demander si cela ne va pas accroître la capacité du gouvernement tunisien en matière de surveillance de ses propres citoyens. Finalement, pour Microsoft les bénéfices l’emportent sur les coûts.»

Les termes du contrat sont on ne peut plus clairs: en contrepartie du monopole sur l'économie numérique tunisienne, Microsoft forme des fonctionnaires et donne une autorité de certification au gouvernement ainsi en capacité de contrefaire les certificats SSL (protocole de sécurisation des échanges sur Internet, notamment sur les sites d'achat).

Un article rédigé en 2010 par l'ex-secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports tunisien, l’informaticien Slim Amamou, alertait déjà du piratage national des identifiants et mots de passe rendu possible grâce à Microsoft.

En réponse aux sollicitations des journalistes, les services de presse de Microsoft ont récemment publié un communiqué dans lequel transparaît toute l'assurance du géant américain devant les accusations:

«Microsoft engage des partenariats avec des pays à travers le monde entier pour aider au développement de l’informatique et créer des emplois, élargir l’accès aux technologies et permettre aux gouvernements d’utiliser les technologies informatiques afin de rendre des services aux citoyens. C’est dans cet esprit que nous avons travaillé avec la Tunisie.»

Par ailleurs, la directrice de Microsoft Tunisie depuis plus de cinq ans, Salwa Samaoui, promue récemment au poste d'Advertising and Online Services Manager couvrant l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, aura sûrement à répondre du contenu de ces câbles dans lesquels elle est mentionnée:

«Dans le cadre de ce programme, Microsoft fournira au gouvernement tunisien les codes source originaux de ses programmes. Interrogée par EconOff par rapport à d’éventuelles préoccupations que pourrait avoir Microsoft en fournissant ses codes sources, Smaoui a répondu que les codes source ne seront disponibles que pour un petit nombre de fonctionnaires. Néanmoins, l’accord contient un langage indiquant que Microsoft et le gouvernement tunisien travailleront conjointement sur les droits de propriété intellectuelle.»

Lu sur Fhimt, WikiLeaks