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Le tourisme algérien menacé par al-Qaida et les Kadhafi

En février, Maria Sandra Mariani, une touriste italienne, se faisait kidnapper par al-Qaida au Maghreb islamique à Djanet, en Algérie. Cet événement avait gravement nui à l’économie de la ville, qui repose essentiellement sur le tourisme. Et aujourd'hui, la chute de Mouammar Kadhafi ne devrait pas contribuer à une amélioration de la situation…

Le Quotidien d’Oran annonçait en effet le 6 septembre 2011 qu’une partie du clan du «Guide» libyen résidait désormais à Djanet.

On apprend ainsi que trois enfants du dictateur y ont trouvé refuge. Il s'agit d'Hannibal, Mohamed et Aicha. Cette dernière a même accouché d'une petite fille à l'hôpital de la ville, le 30 août. Ces nouveaux résidents n'arrangent pas les affaires de la ville, qui entre les saisons 2009/2010 et 2010/2011 a déjà vu sa fréquentation passer de 18.000 (un record) à 7.000 touristes.

Cette baisse pénalise toute l’économie de la ville, comme l’indique Husseini Ayoub, propriétaire de l’agence Azjar Tours:

«L'argent du tourisme profite à tout le monde et l'échec de la saison touristique aura des conséquences désastreuses sur l'ensemble de la population locale».

Ces répercussions ne se sont pas fait attendre: en août, la ville a connu de violentes émeutes. Des jeunes ont tenu à manifester leur mécontentement après l’arrestation d’un groupe qui vendait du carburant en Libye, pays frontalier. Ayoub tient à défendre ces prévenus qui ont, selon lui, agi par désespoir:

«Si l'activité touristique était bonne, personne n'irait faire un trajet de 400 kilomètres en aller-retour jusqu'à Ghat pour vendre des bidons d'essence en contrepartie de quelques milliers de dinars».

Mais un autre facteur participe à la baisse de la fréquentation. Considérant que la région est instable du fait des menaces terroristes, le ministère français des Affaires étrangères déconseille aux voyageurs de se rendre dans le sud de l’Algérie (frontalier avec le Niger), «même dans le cadre de circuits organisés par des agences agréées».

Mais les professionnels du tourisme sont déterminés à prouver que la région est sûre, notamment en tirant parti de la journée mondiale du tourisme, le 27 septembre prochain. Abdelkader Boughrari, le président de l'association des agences de tourisme de la wilaya (préfecture) d'Illizi explique sa stratégie:

«Nous ferons venir nos principaux partenaires étrangers afin qu'ils puissent constater d'eux-mêmes que la situation sécuritaire au sud algérien, telle que présentée par certaines voix influentes en Europe ne reflète pas toute la réalité».

Djanet est dotée d’infrastructures, notamment des hôtels solides —qui ont, ironie du sort, récemment permis d'héberger des Libyens réfugiés— et dispose de parcours attrayants pour attirer les visiteurs. La saison touristique n’est pas peut-être pas totalement perdue.

Lu sur Le Quotidien d'Oran