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Des soldats de l'Armée libre syrienne, Deir al-Zor, 2 septembre 2013 / Reuters
Des soldats de l'Armée libre syrienne, Deir al-Zor, 2 septembre 2013 / Reuters

Sur la Syrie, l'Occident est pris entre le marteau et l'enclume

«Retenez-moi, ou je fais un malheur!» Voilà ce à quoi ressemble l'attitude des Occidentaux en Syrie.

Depuis le début du conflit et particulièrement ces derniers jours, avec les accusations d’utilisation d’armes chimiques par le régime, les Occidentaux ont multiplié les menaces d’intervention militaire contre Damas.

Seulement, cette chevauchée verbale marque le pas, les déclarations, dans bien des cas, devenant au fil des jours, moins guerrières. En d’autres termes, après avoir annoncé l’imminence d’une intervention militaire en Syrie, Londres, Paris et Washington tempèrent leurs ardeurs.

La charrue avant les bœufs

Le Premier ministre britannique, David Cameron, lui, aura subi un revers avec le rejet par le Parlement, de sa demande d’autorisation d’intervention en Syrie. Les propos du président français, François Hollande, sur le sujet sont de plus en plus mesurés et les appels à un vote au Parlement se multiplient. Quant à Barack Obama, il dit avoir décidé de frappes contre le régime de Bachar al-Assad tout en se réfugiant derrière un avis du Congrès américain.

Hypocrisie ou poltronnerie des Occidentaux? On peut se le demander, au regard de cette excitation subite suivie de tempérance sinon de ramollissement. Tout se passe comme si les dirigeants occidentaux ont mis la charrue avant les bœufs.

En effet, ils font des déclarations, annoncent leur décision de frapper le pouvoir syrien avant d’ajouter qu’ils ont besoin d’autorisation, d’aval préalable à cet effet. Curieusement, c’est après avoir annoncé leurs décisions, qu’ils semblent découvrir qu’ils ont sauté des étapes et n’ont pas suffisamment consulté les représentants du peuple avant la prise de décision.

Cette sorte de pagaille comportementale de dirigeants qui comptent parmi les plus grands du monde, ne peut qu’interloquer. D’où le sentiment que les dirigeants occidentaux font ces déclarations contre le régime Assad juste pour donner l’impression qu’ils agissent.

Le pouvoir syrien a même le temps de déplacer ou de mieux cacher ses armes. On n’avait pas fait preuve d’autant de précautions pour bombarder le régime de Saddam Hussein et celui de Mouammar Kadhafi. Mais, à l’analyse, ces dirigeants veulent certainement agir mais sont handicapés par la crainte des conséquences ultérieures d’une intervention militaire contre le régime syrien. C’est donc moins leur méfiance que la pagaille dans leurs déclarations qui est insupportable.

La frilosité des Occidentaux relative à une intervention militaire en Syrie peut se justifier au regard des risques. On peut d’abord évoquer le fait qu’il y a une absence de légalité internationale à ce jour pour une intervention en Syrie. Les Occidentaux auraient été plus à l’aise s’ils pouvaient agir sur la base d’un mandat du Conseil de sécurité. Mais, comme on le sait, la majorité des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, avec comme chefs de file la Chine et surtout la Russie, n’est pas toujours disposée à autoriser, par l’adoption d’une résolution, une quelconque action militaire contre le régime Assad.

Sans cette légalité et au regard des risques non négligeables d’embourbement, difficile d’imaginer les GI’s et les Boys s’aventurer sur le sol syrien comme en Irak. Des bavures sont également redoutées en cas de frappes à distance étant donné que les cibles militaires en Syrie sont à proximité d’habitations.

L'insaisissable Poutine

Vladimir Poutine dont le pays est le principal allié de Damas, est resté, jusque-là, droit dans ses bottes, mettant même au défi l’Occident de prouver que le régime syrien est l’auteur de l’utilisation des armes chimiques dont il est question. On peut aussi comprendre que Obama et ses soutiens tiennent compte de cette position de la Russie de Poutine, une Russie en pleine affirmation de sa puissance dans ce dossier.

Certes, les Russes ont annoncé qu’ils ne prendraient pas d’initiative militaire contre des frappes occidentales en Syrie, mais la mise en état d’alerte de navires de guerre russes aux larges de la Méditerranée n’est tout de même pas anodine et donne à réfléchir.

En plus de cette absence de légalité internationale et de l’opposition particulière de la Russie, les dirigeants occidentaux craignent probablement une intervention qui plongerait davantage la région dans l’insécurité, la violence. Ils redoutent particulièrement les conséquences d’une action qui entraînerait une chute du régime syrien du moment où l’opposition est composée de groupuscules hétéroclites dont des islamistes les plus sanguinaires. Il est inimaginable qu’une quelconque coalition occidentale ose prendre le risque de favoriser la prise du pouvoir en Syrie par ces vrais ennemis de l’Occident dans tous les sens du terme.

La sécurité d’Israël, allié des Occidentaux, et surtout protégé des Etats-Unis d’Amérique, s’en trouverait particulièrement et profondément compromise. Ce, d’autant que les inévitables action et réaction du Hezbollah et de l’Iran, ces «irréductibles» alliés du régime de Damas, qui s’intensifieront en cas d’intervention militaire occidentale, pourraient peser lourdement sur le conflit et faire de la région une véritable poudrière.

Stratégie inefficace

On peut se convaincre qu’il y aura quelques frappes, histoire, pour Obama et compagnie, de ne pas perdre la face, de se donner bonne conscience. Mais elles pourraient n’avoir aucune efficacité

De plus, les dirigeants occidentaux sont sensibles à leur opinion publique. Que ce soit aux Etats-Unis d’Amérique, en Grande-Bretagne ou en France, les sondages indiquent, pour le moment en tous cas, que les populations sont majoritairement opposées à toute intervention militaire occidentale en Syrie. Il faut dire que l’intervention américaine en Irak, déclenchée par le président Georges Bush Jr. sur la base de fausses preuves de possession par le régime de Saddam Hussein, d’armes chimiques, est encore dans tous les esprits.

L’opinion publique mondiale qui a découvert plus tard que ces preuves avaient été fabriquées de toutes pièces pour les besoins de la cause, en a gardé un goût amer. Ce, d’autant que l’Irak est devenu un capharnaüm, un enfer sécuritaire depuis cette intervention. Le régime de Damas n’hésite d’ailleurs pas à surfer sur le tragique cas irakien. C’est certainement au regard de cette opposition de l’opinion publique que Barack Obama s’est mis en quête d’un aval du Congrès, question de partager les responsabilités et les risques qui pourraient découler d’une action militaire américaine contre le régime de Damas.

Prudence de Sioux

La prudence de ces derniers jours est donc compréhensible, mais les Occidentaux se trouvent dans une obligation d’agir, d’une manière ou d’une autre, en Syrie. Ils avaient indiqué qu’une éventuelle utilisation d’armes chimiques serait la ligne rouge dont le franchissement déclencherait leur réaction.

De ce fait, se «dégonfler» aujourd’hui, au moment où des armes chimiques ont visiblement été utilisées en Syrie, même s’il est difficile d’en déterminer avec exactitude les auteurs, serait préjudiciable à leur image personnelle et à la crédibilité de leur pays. Ils sont donc pris entre le marteau et l’enclume. Ne pas intervenir les décrédibiliserait absolument et irréversiblement. Or, frapper Damas comporte également des risques. Que faire alors ? Les frappes auront-elles lieu?

Probablement. Les chefs d’Etat et de gouvernement occidentaux sauront certainement trouver la juste mesure. Et aux dires des responsables américains qui parlent d’intervention limitée dans le temps et son ampleur, on peut se convaincre qu’il y aura quelques frappes, histoire, pour Obama et compagnie, de ne pas perdre la face, de se donner bonne conscience. Mais elles pourraient n’avoir aucune efficacité. 

Si ces quelques frappes pour la forme venaient à se confirmer, elles ne suffiront pas, bien entendu, à régler le problème syrien. Elles ne parviendront pas à mettre un terme au calvaire, au martyr des populations syriennes. La communauté internationale ne peut pas continuer à tergiverser dans ce dossier. Elle a le devoir moral de trouver, au plus vite, des solutions réalistes et appropriées à cette hécatombe qui n’a que trop duré.

Le Pays

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