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Un écran de cinéma en plein air, Marrakech 2012 / Reuters
Un écran de cinéma en plein air, Marrakech 2012 / Reuters

Le Maroc, ce vaste désert cinématographique

Plus le pays produit de films, plus les salles de ciné sont vides.

La production cinématographique marocaine n’a pas la même force de frappe que le Nollywood nigérian. Malgré cela, elle est l’une des plus prolifiques du continent africain.

Entre 2004 et 2012, les films produits dans le royaume chérifien ont augmenté de 70% et les festivals de cinéma auraient même reçu jusqu’à 15 millions de dirhams de subventions du Centre cinématographique marocain en 2013, explique le site du quotidien Le Matin.

De la même façon, le Fonds d’aide à la production cinématographique a investi 56 millions de dirhams dans pas moins de dix-sept longs métrages, mentionne un rapport du programme européen Euromed Audiovisuel paru en août dernier. Pour autant, ces chiffres flatteurs cachent une bien triste réalité.

Selon le magazine Yabiladi, le cinéma marocain est victime d’un douloureux paradoxe. Plus la production de films augmente, plus les salles de cinéma disparaissent (et celles qui résistent sont désertées). Les salles de cinéma enregistrent une baisse vertigineuse, «en dépit du rôle prépondérant joué par l’Etat dans le développement de l’industrie cinématographique du pays», souligne le rapport d’Euromed Audiovisuel.

Ecrans noirs

Yabiladi, chiffres à l’appui, dresse un tableau presque chaotique de la situation. Ainsi le magazine explique que, en 1985, le royaume chérifien comptait 247 cinémas. Aujourd’hui, il n’y en a plus que... trente-trois, qui du reste, sont très peu fréquentés.

Les raisons de cette hécatombe sont multiples. Selon le producteur marocain Aadel Essaadani, interrogé par l’hebdomadaire Jeune Afrique, «certains patrons de cinéma sont responsables de cette chute de la fréquentation. À la fin des années 1980, de nombreuses salles n'ont pas été rénovées et se sont dégradées. Attirant moins de public, elles sont peu à peu devenues un repaire pour couples en manque d'intimité».

Les exploitants de salles ne partagent pas cet avis. Ils considèrent, pour leur part, que ce sont les nombreuses taxes, pouvant aller jusqu’à 60% de leur chiffre d’affaires, qui ont tué les salles de cinéma au Maroc.

Espoirs ténus

Le rapport d’Euromed Audiovisuel tente d’élargir la question, en abordant le phénomène des chaînes satellites, il y a une dizaine d’années. Selon l’étude, la concurrence des films diffusés par ces chaînes est la principale raison de la désertion des salles par les Marocains.

Mais l’avenir n’est peut-être pas si sombre que les chiffres veulent le faire croire. Selon Yabiladi, des mesures de soutien aux exploitants sont mises en place depuis deux ans par l’Etat. En effet, le Centre cinématographique marocain accorde des subventions aux exploitants qui souhaitent numériser leurs salles. Le montant de l’enveloppe: 10 millions de dirhams. Un espoir.

Raoul Mbog

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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