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Rétrospection : L’utile et le futile

Ibrahim Boubakar Keïta (g) et Alassane Ouattara (d) à l’aéroport d’Abidjan le 30 août 2013
© AFP

Votre journal, Le Prétoire N°254 du 25 août 2013, avait attiré l'attention de l'opinion publique nationale et internationale sur les risques d'un vide institutionnel résultant du processus de passation de pouvoir entre Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), élu le 11 août mais dont la victoire n'a été officiellement proclamée que le 20 août, et Dioncounda Traoré dont l'intérim prend fin avec cette élection. Le 04 septembre, date fixée par la Constitution pour la prise de fonction du nouveau président élu, IBK doit donc se soumettre à une cérémonie de passation de pouvoir et à la prestation de serment. Logiquement et juridiquement, il doit d'abord prêter serment, acte consacrant son acceptation du pouvoir qui lui a été conféré par le peuple malien avec une extraordinaire majorité, et ensuite procéder à la passation qui est un acte administratif.

La sortie de votre journal faisait suite à certaines « informations » selon lesquelles IBK comptait organiser la prestation de serment, l'investiture, le 19 septembre prochain, soit deux semaines après sa prise de fonction officielle, le 04 septembre, d'où le risque d'un vide institutionnel de quatorze jours au cours desquels le Mali serait sans président de la République.

Il y a une semaine, à en croire un membre de son cabinet qui s'est exprimé sur les antennes de RFI, IBK aurait trouvé la parade : se soumettre à l'obligation constitutionnelle de prestation de serment et à la formalité administrative de passation de services. Et organiser quand même des festivités grandioses, le 19 septembre, un calendrier qui arrangerait certains de la trentaine des chefs d'Etat et de gouvernement invités à célébrer avec lui la gloire et le triomphe d'un homme élu, onze ans après s'être présenté pour la première fois à une élection présidentielle.

Dans ces colonnes, nul n'est besoin de polémiquer sur les moyens matériels et financiers qui seront mobilisés pour la réussite de l'intronisation, des dépenses qui seront à n'en pas douter financées par les caisses d'un Etat au bord de l'asphyxie, les trois milliards d'Euros promis par la communauté internationale étant encore au stade de promesses. En revanche, ce qui risque de faire polémique, c'est la nécessité d'organiser des festivités fastueuses et dispendieuses pour un pays qui n'est pas totalement sorti d'une guerre qu'on lui a imposée, et qui n'a pas levé la tutelle dont il fait l'objet depuis mars 2012.
IBK ne peut-il pas se contenter d'une cérémonie d'investiture sobre et faire l'économie de cette véritable manne financière nécessaire à l'organisation démesurée et onéreuse ? C'est la question que se pose le citoyen lambda, d'autant plus que celui-ci vient de connaitre les pires catastrophes naturelles liées aux inondations. Et déjà, pour ce citoyen lambda, le président dont il vient de se doter commence vraiment mal son mandat en les inondant de pluies non désirées, dévastatrices, au lieu de s'atteler au plus tôt à la réconciliation nationale promise.

Pour ce faire, dès à présent, au lieu de perdre du temps en rendant visite à des chefs d'Etat de la sous-région alors qu'il n'est pas encore investi, le futur président de la République doit avoir suffisamment de discernement pour faire la différence entre l'utile et le futile, entre ce que les Maliens attendent de lui et ce dont ils pourraient se passer volontiers.

Pour ne pas donner raison à ceux qui lui ont collé l'étiquette de jouisseur impénitent et de bourgeois gentilhomme.
Cheick TANDINA

Mali Web

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