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Controverse sur le Sénat : Ci-git l'utopie de la démocratie consensuelle

Finies les vacances du gouvernement ! Des pseudos vacances pour beaucoup d'entre eux qui en réalité sont restés sur la brèche. Des inondations dans les provinces du Mouhoun et de la Tapoa au retard pris par la saison agricole dans celles de la Kossi et des Banwa, des procès des étudiants casseurs aux travaux du Comité de suivi de la mise en ½uvre des réformes politiques et institutionnelles, les urgences n'ont pas manqué de faire manquer deux semaines de repos à bien de ministres, à commencer par le chef du gouvernements lui-même

En effet, le Premier ministre en l'espace de trois semaines à porter tour à tour les casquettes d'ambassadeur du tourisme national, d'ingénieur agricole, de chevalier de la solidarité et d'avocat du développement durable.

Dans un parcours de combattant, qui l'a conduit dans quatre régions du pays, dans une démarche communicationnelle, il a rassuré les populations et les autorités des régions visitées sur les bonnes options de la politique gouvernementale en faveur des secteurs sociaux et des infrastructures de désenclavement.

A la suite du Premier ministre, c'est le ministre d'Etat, Bognessan Arsène YE qui aura eu les vacances les plus difficiles, sinon pas de vacances du tout. La demande expressément formulée par le président du Faso au gouvernement de lui fournir un rapport d'étape sur l'opérationnalisation du Sénat lui a rendu studieuse cette période normalement dévolu au repos des ministres.

L'homme réputé bosseur, aura comme redoublé une classe pour faire passer la réforme du bicaméralisme qui n'est d'ailleurs pas encore un acquis. Les Burkinabè en sont encore à se demander quelle potion magique va concocter les druides du comité de suivi pour recoller les morceaux du consensus obtenu sur la création du Sénat lors des assises nationales du CCRP.

C'est connu, la controverse portée par le chef de file de l'opposition sur l'utilité d'une chambre haute du parlement a atteint des pics quand la haute hiérarchie de l'Eglise catholique burkinabè a mis le pied dans le plat sans la manière. Ragaillardis par ce soutien inattendu, les anti-Sénat au Burkina sont sortis de tous les buissons intra et extra muros pour sonner l'hallali d'une réforme jugée inutile et budgétivore. Bognessan Arsène YE et son comité de suivi des réformes ont été rappelés dare-dare à la table des discutions sur ces réformes.

Les Burkinabè attendent d'eux qu'ils revoient leur copie, leur consensus sur le Sénat à l'aune des critiques de l'opinion publique nationale.

Mais dans la conjoncture politique actuelle, ce serait un miracle de parvenir à trouver un consensus sur le Sénat car pour les partis affiliés au chef de file de l'opposition, il ne s'agit pas de faire des amendements de formes ni même de fond sur le bicaméralisme déjà constitutionnalisé au Burkina. Ils militent pour un abandon pur et simple du projet.

Voilà qui explique qu'avant même de connaître le contenu du rapport d'étape du comité de suivi des réformes, certains partis d'opposition appellent à de nouvelles manifestations de rejet du sénat, ce 31 août. C'est clair, l'option de la pression par la rue reste de mise.

Cette opposition frontale à l'une des idées forces du programme quinquennal présidentiel alors que la mise en ½uvre du projet qui doit la matérialiser est au milieu du guet, apparaît de plus en plus comme un stratagème pour obliger le pouvoir soit à se dédire soit à passer en force dans l'opérationnalisation du sénat. L'une ou l'autre de ces options serait un camouflet pour son image.

De fait, se dédire dans une renonciation de la réforme du parlement serait pour l'exécutif, un aveu de réflexion approximative et donc insuffisante en amont sur une question aussi importante que celle de la pertinence de l'armature institutionnelle à même de favoriser un meilleur ancrage de la démocratie.

Ce serait là une faute lourde pour un régime qui n'en est pas à sa première expérience réformatrice.

Si le gouvernement devrait passer en force sur cette question du Sénat malgré les fortes récriminations d'une franche importante des forces sociales du pays, ce serait écorner l'image d'un pays de dialogue que le Burkina s'est construit ces 20 dernières années.

En effet, de la constituante fondatrice de la IVe République, aux assises du CCRP, le pouvoir actuel s'est construit un label aux antipodes des décisions impulsives et de « ?la politique du fait accompli ? » qui a caractérisé bien de régimes d'exception notamment celui de la Révolution.

Cette ouverture d'esprit s'est incarnée dans la recherche permanente du dialogue poussée au perfectionnisme lors des assises du CCRP ? : la recherche d'un consensus national sur les réformes politiques et institutionnelles.

La controverse actuelle sur le Sénat et avant elle, le refus de certains partis d'opposition de participer aux assises du CCRP en 2011 sont symptomatiques des limites à la construction d'une démocratie consensuelle dans le contexte d'un multipartisme intégral. A moins que ce pluralisme ne soit de façade, il sera toujours impossible de concilier tous les intérêts partisans.

Dès lors, pour que la majorité ne soit pas empêcher de gouverner par l'irrédentisme des opinions contraires à ses options politiques stratégiques, ne faut-il pas garder comme repère ultime, la bonne vieille logique de la démocratie pluraliste, ?« ?la majorité gouverne, l'opposition s'oppose ? » ? ? En d'autres termes, la démocratie consensuelle n'est-elle pas une utopie ? ?

L'hebdo du Burkina

Par : L'Hebdomadaire du Burkina

Le Faso

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