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Tunisie , après l’orage…

Par Boubaker Ben Fraj
Il était à peu près 21 heures en cette de fin du mois d'aout, et une soirée d'été, longue comme à l'ordinaire, venait de commencer dans l'un des cafés populaires du faubourg populeux de Bab Sadoun.
Les clients, tous des hommes, prenaient paresseusement place, en groupes ou en solitaires, autour des tables basses et défraîchies, occupant dans le désordre, le mince trottoir, improvisé le soir venu, en exigüe terrasse de plein air.
Moins d'une heure auparavant, au terme d'un après-midi d'extrême canicule, une violente averse s'était abattue sur la ville : « Ghassalet En'nouader » sans aucun doute ; familière et heureuse annonciatrice du départ prochain de la saison d'été.
Après la pénible chaleur de la journée, l'orage qui s'était calmé depuis peu, avait laissé dans son sillage, un léger souffle de fraîcheur, et chez les gens, une sensation toute relative de bien-être ; même si l'air saturé et moite, s'était empli après la pluie, d'exhalations peu amènes provenant d'une proche décharge municipale, et d'autres odeurs, dont seules les averses de Tunis connaissent la nature, les ingrédients et les dosages.
Autour de l'une des tables, avaient pris place deux jeunes adultes, l'un la trentaine, l'autre la quarantaine consommées. Rien dans l'apparence des deux hommes ou dans leur attitude ne les distinguait des autres clients du café, n'eût été une allure assez soignée et une manifeste familiarité avec le cafetier , lequel, ne tarda pas à rejoindre leur table, et à partager de manière conviviale avec eux, la chicha et les fraiches boissons que le serveur venait de leur apporter.
La conversation s'engagea entre les deux clients avec les premiers glougloutements de la chicha ; quant au cafetier qui a choisi leur compagnie, il écoutait leurs propos, au début sans rien dire.
Ce fut une conversation comme on en entend souvent dans nos cafés ; dialogue décontracté, à la tunisienne, pourrais-je dire, qui suit son cours désordonné à partir d'un fait souvent anodin. Propos vagabonds et sans prétention, de citoyens anonymes qui ont rarement leurs échos dans les tribunes des médias. Est-ce là la raison qui m'a poussé à en rapporter ci-après la teneur?
Ce fut au plus jeune, postier de profession, d'ouvrir la conversation, en disant sur un ton calme et réfléchi :
- Mon dieu ! avec cette tempête, qu'est-il arrivé aux sit-inneurs du Bardo ? C'est vraiment dommage; la bourrasque a du désorganiser leur meeting et chambarder leurs tentes et leurs installations, et de conclure sur un ton compatissant : ils ont pourtant crée par leur mouvement des ondes positive après le cataclysme catastrophique qui a suivi le meurtre du député Mohamed Brahmi.
- C'est bien fait pour ces sit-inneurs , rétorqua de manière tranchante et en haussant la voix l'homme à la quarantaine sonnée ; Dieu dit-il, sait ce qu'il fait et il les a puni à sa façon, ces coalisés du diable, qui profitent du choc crée par cet assassinat pour aggraver la zizanie dans ce pays et le mener à la faillite, et il ajouta à l'adresse de son interlocuteur : qu'est-ce que tu sais, toi et tes semblables les fonctionnaires, des difficultés que traverse le pays ? Tu touches un salaire honorable à la fin de chaque mois, et tu es tranquille malgré tout ; vous avez même, sous la pression de l'UGTT bénéficié d'augmentations ; mais moi, qui nourris ma famille uniquement de ce que je vends dans mon échoppe du souk, tu dois savoir que rien ne va plus ; ma situation va de mal en pis ; par certains jours, je ne fais aucune recette et Dieu seul sait comment je survis actuellement avec ma femme et mes trois enfants.
- Je comprends, répliqua le postier, avec une empathie manifeste, avant d'ajouter :
- Mais en quoi les sit-inneurs du Bardo sont-ils responsables de la détérioration de ta situation? Alors que tu omets la responsabilité bien plus évidente de ceux qui détiennent le pouvoir et qui s'y accrochent en dépit de leur incompétence avérée à gouverner et à trouver des solutions aux véritables problèmes du pays. Ces gens sont plus soucieux de conserver le pouvoir que de l'assumer.
- Moi en tous cas, répond l'homme de la quarantaine ; je pense que ceux qui essayent par cet interminable sit-in à précipiter la chute du gouvernement et la dissolution de la constituante, cherchent avant tout à accéder au pouvoir, quel qu'en soit le prix, fut-il le démantèlement total de l'Etat et l'intelligence avec l'étranger. En vérité, je ne te connaissais pas à ce point naïf, mon ami !
- Dupe ! s'exclama le postier, Il est vrai que Je le fus, comme beaucoup d'autres, au moment des élections du 23 octobre 2011, lorsque j'avais accordé ma voix aux candidats d'Ennahdha ; j'avais cru à l'époque en leur piété et leurs promesses; mais aujourd'hui, Dieu merci, désormais, je ne suis plus crédule comme autrefois. Et pour cette raison, je souhaite qu'ils quittent le pouvoir au plus vite.
- Tu es libre de penser comme tu veux, quant à moi, répliqua l'homme à la quarantaine passée, je suis quitte, comme au temps de Ben Ali, je n'avais pas pris part au vote, parce que je n'avais confiance, et je n'en éprouve aucun regret ; et il y a de fortes chances pour que je boycotte de nouveau les urnes aux prochaines élections, si ma condition de vie continue à empirer.
- Moi aussi, approuva le postier : si le brouillard politique persiste jusqu'aux prochaines élections, je répondrais absent à l'appel des urnes.
A ce stade de la discussion, le cafetier intervint :
- mais vous qui êtes plus instruits que moi en politique, pouvez-vous me dire, quels sont au juste les enjeux de la querelle actuelle?
- En termes simples répondit le postier, l'opposition pose la démission immédiate du gouvernement comme préalable à tout dialogue ; la Troïka par contre, tient à ce que la démission du gouvernement soit l'aboutissement du dialogue et non pas son préalable.
- Drôle de querelle! chantonna le cafetier en sifflotant avec un léger balancement de tête ; combat de coqs pour savoir qui de la Poule ou de l'½uf doit arriver le premier. J'espère que nos ingénieux politiciens arriveront à finir ce combat inutile avant que le pays ne s'effondre sur leurs têtes et les nôtres ? En attendant ce jour heureux, allons vite, ajouta-t-il, en se levant de sa chaise, dissiper nos inquiétudes et calmer notre faim, par un Lablabi bien garni, chez la gargote d'à côté avant qu'elle ne baisse les rideaux..... Et demain mes amis sera sûrement un autre jour.

Par Boubaker Ben Fraj le 31 août 2013

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