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Sécheresse : Youssou Ndour à Dadaab pour secouer les consciences africaines


Youssou NDour lors d'une campagne conrte la malaria, le 8 novembre 2010 à New York AFP/Getty Images/Archives Amy Sussman

"Où sont les Africains ?" Le chanteur sénégalais Youssou Ndour s'est promis d'éveiller le continent aux souffrances de millions de personnes frappées par la sécheresse dans la Corne de l'Afrique, à l'issue d'une visite dans les camps de réfugiés de Dadaab (est du Kenya).

"Chaque fois qu'il y a un problème, ce sont les Occidentaux qui sont au premier plan. Où sont les Africains ? On les voit un peu partout, mais pas quand il y a une crise chez nous", a dénoncé un des "papes" de la world music, dans un entretien à l'AFP.

Youssou Ndour a été mardi l'une des toutes premières personnalités africaines à visiter Dadaab, le plus grand complexe de camps de réfugiés au monde avec près de 450.000 personnes, pour la très grande majorité venues de la Somalie voisine.

Ces camps ont accueilli plus de 155.000 nouveaux arrivants depuis janvier, la plupart fuyant une sécheresse d'ampleur exceptionnelle en Somalie, dont la conjonction avec la guerre civile laisse aujourd'hui 750.000 personnes en danger de mort selon l'ONU.

Ibrahim Adan, 50 ans, a fui "la sécheresse, la famine et l'insécurité" au prix d'une marche de quinze jours de son village de la région du Bas Juba jusque Dadaab, perdant au cours de cette odyssée deux de ses sept enfants.

Au centre de soins d'urgence pour enfants malnourris de Ifo, un des camps de Dadaab, M. Adan veille sur son benjamin, Ibrahim. A 3 ans, ce petit garçon squelettique pèse 6,7 kg.

Ambassadeur depuis près de vingt ans de l'Unicef, l'agence des Nations Unies pour l'enfance, Youssou Ndour salue le travail des agences humanitaires à Dadaab, sans cacher une pointe d'amertume. "On ne voit que les Occidentaux, l'Afrique n'est pas là, c'est dommage".

Aussi ce vétéran des campagnes de sensibilisation sur la famine en Ethiopie dans les années 80 rêve de sonner à nouveau le tocsin, avec "un ou plusieurs événements", mais "pas de la même façon qu'il y a vingt ans".

"Je crois que l'Afrique doit être au premier plan (...). Les initiatives qui auront lieu ne seront pas des initiatives qui viennent de là-bas (en Occident), mais plutôt d'ici (en Afrique). C'est ça aussi qu'il faut faire pour avoir un peu de dignité", estime-t-il. Le chanteur de U2, Bono, l'a assuré de son soutien, explique Youssou Ndour, qui espère pouvoir en dire bientôt plus sur ses projets.

Les pays africains ont été critiqués par des associations issues de la société civile du continent pour la lenteur de leur réaction face à une sécheresse qui frappe quelque douze millions de personnes en Somalie, au Kenya, en Ethiopie, à Djibouti et en Ouganda.

Une conférence organisée fin août seulement par l'Union africaine a réuni 350 millions de dollars d'aide, mais 300 millions seront des financements de la Banque africaine de développement échelonnés d'ici à 2015.

Malgré certaines initiatives venues de la société civile, comme la campagne de dons "Kenyans for Kenya", "les Africains ont toujours l'habitude de tendre la main", estime le chanteur du tube "Shakin' the tree", qui rêve désormais de secouer cette passivité.

Youssou Ndour a en tout cas pu mesurer l'ampleur du défi à relever à Dadaab, où continuent d'affluer quotidiennement plus d'un millier de réfugiés. De nouvelles tentes de fortune poussent chaque jour aux côtés de réfugiés installés depuis la création du camp il y a vingt ans.

Les instituteurs voient parfois arriver dans leur classe quarante nouveaux enfants en une journée.

"Nous sommes dans une situation d'urgence, avec jusque 140 élèves dans une seule classe", explique Ibrahim Ali Mohamed, 25 ans, instituteur depuis cinq ans et arrivé à Dadaab à l'âge de 6 ans. "Le moral des enseignants est aujourd'hui très, très bas", confie-t-il.