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Ghana: la victoire de Mahama

La Cour suprême du Ghana a confirmé jeudi la victoire de John Dramani Mahama à la présidentielle de 2012, rejetant un recours déposé par le principal parti d'opposition pour fraude dans un des pays considéré comme un modèle de démocratie en Afrique.

Cette décision a mis fin à huit mois de débats, parfois tendus, diffusés en direct à la radio et à la télévision où ils ont été suivis de près par les quelque 25 millions de Ghanéens.

Peu après l'annonce du verdict, Nana Akufo-Addo, le chef de l'opposition, a reconnu sa défaite et a déclaré qu'il ne ferait pas appel du jugement.

"La Cour suprême s'est exprimée et a validé notre victoire de décembre 2012. Que règne la paix. C'est une victoire pour la démocratie ghanéenne", a déclaré de son côté M. Mahama sur son compte Twitter. 

Le Nouveau parti patriotique (NPP, opposition) avait déposé un recours au lendemain de l'élection présidentielle de décembre 2012 pour invalider la victoire de M. Mahama, dénonçant notamment le bourrage de certaines urnes et la prise en compte du vote d'électeurs n'étant pas munis de pièces d'identité.

Selon la Commission électorale, M. Mahama a remporté 50,7% des voix contre 47,7% pour le candidat du NPP, Nana Akufo-Addo, au cours d'un scrutin considéré comme honnête par les observateurs extérieurs.

M. Mahama "a été élu de façon valide et le recours est donc rejeté", a déclaré le juge William Atuguba qui présidait une comission de neuf juges.

Un dispositif de police important avait été déployé aux alentours de la cour, jeudi, et l'accès à la salle d'audience était très contrôlé.

Après l'annonce de la décision, les partisans du NPP se sont dispersés alors que les supporters du président Mahama brandissaient des drapeaux et applaudissaient, a constaté un journaliste de l'AFP.

Certains des juges ont dit considérer comme valides une partie des arguments du NPP, mais ils ont fini par décider ensemble de confirmer la victoire de M. Mahama.

"Même si je ne suis pas d'accord avec la décision de la cour, je l'accepte", a déclaré Nana Akufo-Addo à la presse depuis son domicile d'Accra, devant lequel se pressaient des dizaines de partisans.

"Nous ne devrions pas faire appel" de la décision de la cour, a-t-il ajouté avant de préciser qu'il avait parlé à M. Mahama pour le féliciter.

Plusieurs centaines de supporters du président s'étaient pour leur part réunis devant le siège du Congrès démocratique national (NDC, au pouvoir).

Des débats intenses

Le Ghana est la seconde économie d'Afrique de l'Ouest grâce à ses exportations d'or, de cacao, et à sa très récente industrie pétrolière dont la en production a débuté en 2010.

Six élections présidentielles s'y sont tenues depuis l'avènement du multipartisme, en 1992, dans une région où la démocratie reste balbutiante.

Malgré les tensions, la présidentielle de 2012 n'a pas été entachée de violences, la plupart des hommes politiques et des leaders religieux ayant appelé au calme pour éviter les bains de sang pré ou post-électoraux qu'ont connus des pays voisins, Nigeria ou Côte d'Ivoire notamment.

Pendant huit mois, tout, du comportement des avocats à celui des témoins en passant par la qualité des preuves fournies, a été débattu en direct et décortiqué dans la presse ghanéenne avec fougue.

En juin, les juges, excédés, ont déclaré que quiconque dénigrerait la Cour dans des déclarations publiques serait accusé d'outrage au tribunal.

Ceux qui ont contesté cette mesure ont été expulsés de la salle d'audience et se sont vus infliger des amendes, voire, dans quelques cas, des peines de prison.

Le rédacteur en chef du quotidien Daily Searchlight, Ken Kuranchie, a écopé de dix jours de prison en juillet après avoir critiqué les juges publiquement.

Cette affaire a provoqué une polémique sur les lois sur l'outrage à la justice, la plupart d'entre elles datant de la période coloniale. 

Mais au final, pour Franklin Cudjoe, directeur du groupe de réflexion Imani, basé à Accra, il faut saluer le mérite des juges qui ont passé des mois sur cette affaire.

"Les élections au Ghana ne seront plus jamais les mêmes", estime-t-il, voyant dans la procédure un renforcement de la démocratie.

AFP

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