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Etienne Traoré : Et si Blaise annonçait la fin du Sénat et son retrait en 2015 ?

Professeur de philosophie morale et politique à l'Université de Ouagadougou, homme politique et ancien député, Etienne Traoré s'est penché, dans le cadre d'une interview accordée à lefaso.net le 19 août 2013, sur l'actualité politique nationale au Burkina, les mouvements d'humeur de la classe politique, la corruption, la question des étudiants expulsés des cités universitaires, les divergences de vue entre l'opposition politique et les centrales syndicales... Autant de points sur lesquels l'opposant n'a pas eu la langue de bois.

Par un communiqué rendu public le 12 août dernier, le président du Faso a instruit le Premier ministre de convoquer le Comité d'évaluation et de suivi de la mise en ½uvre des réformes politiques consensuelles, à l'effet de lui soumettre un rapport d'étape circonstancié. Quelle lecture faites-vous de ce communiqué ?

Je pense personnellement qu'il s'agit pour le président Blaise Compaoré de revoir son agenda par rapport au Sénat. Je pense qu'il va évoluer sur cette question, pour plusieurs raisons que j'avais déjà évoquées sur d'autres tribunes. Ces raisons, il y'en a six ou sept.

Mais les trois principales raisons sont issues, je pense, d'une pression interne, et aussi d'une pression externe.

Au niveau de la pression interne, il y a d'abord, les marches gigantesques de l'opposition politique qui ont été des marches d'une ampleur inédite pour l'opposition dans notre pays. Il y a également la lettre pastorale des Evêques, lesquels constituent une force morale très respectée dans ce pays, une force morale qui a suffisamment montré son indépendance.

De l'extérieur, il y a la pression de deux grandes puissances que sont la France et les Etats-Unis qui ont envoyé le président sénégalais pour dissuader notre président non seulement de continuer à ne pas écouter les clameurs publiques, mais aussi de revenir sur l'article 37. C'était le message de Macky Sall qui est venu ici pour ça.

Bien sûr, cela n'a pas plu à notre président qui a répondu de façon assez nerveuse à Yamoussoukro en disant que les marches, même en France ou aux Etats-Unis, ne changent pas des lois. Au retour, je me dis qu'il y a eu encore quelques pressions diplomatiques supplémentaires.

Toutes ces choses conjuguées l'ont amené à revoir sa copie, en tenant compte de la stratégie qu'il a lui-même du pouvoir. Il a une vision quasi-militaire du pouvoir politique en l'inscrivant dans une logique de rapports de force ; quand on est fort, on fonce ; quand on est faible, on fait des concessions.

Je croix qu'il se sent aujourd'hui assez affaibli et il va aller dans le sens de concessions. Et le premier pas de ces concessions, c'est la convocation de la direction du Conseil Consultatif sur les Reformes Politiques (CCRP).

Ce comité de suivi et d'évaluation du CCRP est réuni depuis le 16 août dernier. Quelle pourrait être la conclusion principale des travaux dudit Comité ?

Je crois que la conclusion principale sera de revoir l'agenda du Sénat pour ne pas le mettre en place maintenant. Cela impliquera une révision subséquente de la Constitution pour en extirper le Sénat. Peut-être que dans une option maximaliste qu'en voulant revoir la Constitution, il fasse une autre Constitution pour aller à une cinquième République ; Salif Diallo en a déjà parlé. Cela aussi n'est pas une hypothèse à exclure ; cela pourrait donner un autre bail au président Blaise Compaoré. A ce niveau, il faut que les gens sachent que le président Blaise Compaoré, quoi qu'on dise, a une grande capacité de rebondissement. Il ne faut pas croire que les choses sont déjà acquises, et qu'ils s'abstiennent de lutter dans le sens d'un agenda à court-terme.

Vous parlez d'une éventuelle révision de la Constitution. Ne pensez-vous pas qu'actuellement une révision de la Constitution, quelle qu'elle soit, pourrait crée d'énormes remous ?

Ça dépend du sens dans lequel va la révision. Si c'est la révision de l'article 37 pour que le président Blaise Compaoré puisse continuer, évidemment, ça va aggraver nécessairement les remous sociopolitiques. J'ai la conviction de plus en plus qu'avec ces différentes pressions, le président Blaise Compaoré ne franchira pas le rubicond. Il semblerait même que le Mogho-Naaba aurait aussi de façon discrète, envoyé des émissaires pour dire qu'en réalité, ce n'est pas une bonne chose d'aller dans le sens d'installer un Sénat. Il aurait même ajouté que les chefs qui vont aller à ce Sénat, n'iraient qu'à leur titre personnel.

Or, il fait partie des principales forces traditionnelles de soutien tacite ou explicite du pouvoir à coté des puissances extérieures qui appuient le président Blaise Compaoré depuis 1987 et de sa garde prétorienne qui ne dit rien mais qui n'est pas tout à fait sourde ou insensible à ce qui se dit et se fait. S'il sent qu'au niveau de ces trois principaux piliers de soutien il y a des hésitations, il sera obligé de reculer, autrement c'est le suicide.

D'aucuns soupçonnent le président du Faso de vouloir utiliser le Sénat pour modifier facilement l'article 37 de la Constitution. Et si le processus de mise en place venait à s'estomper, aurait-il d'autres options pour sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels ?

Je pense et j'espère qu'avec ces pressions diverses, il ne va pas modifier l'article 37. L'objectif d'une éventuelle modification c'est bien sûr de rester au pouvoir pour garantir sa sécurité, c'est ça le problème de fond.

Maintenant, le plan A, c'est certainement lui-même. Mais comme ce plan A peut échouer, le plan B c'est probablement son frère. Et je pense que ça ira de ce côté, parce que objectivement, il ne peut pas empêcher son frère de se présenter, même s'il devait l'en dissuader pour amener un peu plus d'accalmie dans le jeu politique. Cela, il le peut subjectivement.

Je pense qu'il risque d'abandonner le plan A au profit du plan B. Et pour qu'il aille dans ce sens, il va probablement à l'issue des travaux du comité de suivi et d'évaluation de la mise en ½uvre des réformes politiques, prendre langue avec l'opposition pour voir comment faire quelques concessions qui iraient dans le sens par exemple de faire un gouvernement qu'il va baptiser soit d'union nationale, soit d'unité nationale ou de crise peu importe, pour dire que ce gouvernement va faire des propositions pour voir comment de façon consensuelle on peut sortir de cette crise qui dure quand même depuis une quinzaine d'années.

Et il appartient à l'opposition de réfléchir sérieusement pour éviter toute position extrême et que même au cas où elle dirait que le dialogue n'est pas possible, il faudrait qu'elle dise quelle est la stratégie pour le changement. Ou alors, si elle y va, à quelles conditions ? Ce sont des choses qu'il faudra que l'opposition clarifie.

En se référant aux décisions et déclarations actuelles du chef de l'Etat, certains se convainquent qu'il ne se représentera pas en 2015 comme candidat à l'élection présidentielle. Croyez-vous aussi à cela ?

Moi j'y crois, c'est ma conviction. Mais rien n'est acquis définitivement. Si la pression baisse, il peut revenir là-dessus. Mais si la pression se maintient, surtout la pression extérieure, il va se plier. Il faut ajouter un autre élément, son mauvais état de santé, son très mauvais état de santé à vue d'½il.

Quelle appréciation d'ensemble faites-vous de notre démocratie à ce jour ?

Je pense que nous nous situons encore dans la zone pauvre de la démocratie au regard des faits qui montrent que les valeurs et principes démocratiques sont encore insuffisamment respectés. Ainsi, au niveau de la possibilité d'alternance, tout le monde l'a reconnue, depuis que Blaise Compaoré est au pouvoir, il a tout fait pour écraser l'opposition par tous les moyens pour que l'alternance devienne pratiquement une vue de l'esprit.

En plus, le nécessaire esprit de tolérance envers l'opposition est encore très déficitaire en dépit de l'institution du Chef de File de l'Opposition Politique au Burkina Faso (CFOP-BF). Quand tu es opposant ici, tu apparais comme un chien enragé qu'il faut abattre. Et c'est d'ailleurs pour changer cette façon de voir les choses que l'opposition avait demandé qu'il y ait un statut pour que la population sache que l'opposition est un pied nécessaire pour la bonne marche de la démocratie.

En outre, la séparation des pouvoirs ici est un mythe. En réalité, tout le système, comme dans beaucoup de pays africains d'ailleurs, est dominé par le chef de l'exécutif qui est Blaise Compaoré, qui s'impose à l'exécutif, au législatif, au judiciaire.

On est loin d'avoir une séparation des pouvoirs. On est plutôt dans une sorte de hiérarchie des pouvoirs dont le sommet est tenu par Blaise Compaoré, et cela est un gros handicap par rapport à ce qu'on appelle la démocratie.

Au niveau des droits humains, il y a eu quelques progrès. Mais il faut dire qu'il y a des actes odieux comme l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Dans une démocratie, un acte aussi crapuleux qui n'est pas encore élucidé, qui demeure encore impuni ; c'est un exemple parmi tant d'autres.

En tant qu'ex-inspecteur général d'Etat, quelle appréciation faites-vous du niveau de la corruption dans notre pays aujourd'hui ?

La corruption, elle est en train de grimper. Cela est d'abord lié à une philosophie politique même de Blaise Compaoré à partir de 1987. Comme sous la Révolution Thomas Sankara avait des objectifs très nobles et il voulait véritablement accélérer la moralisation dans la gestion des affaires publiques. Quand Blaise Compaoré est venu, il a engagé exactement le contraire. Sa philosophie politique consiste à dire que chacun fait ce qu'il veut : vous pouvez manger.. Voler, tout ce que vous voulez. Mais il y a une chose qui est interdite : il ne faut pas lorgner mon fauteuil. Il a créé un climat de laisser-aller, et c'est cela qui a fait le lit de la corruption.Ça, c'est une raison principale.

Il y a une autre raison, c'est que, l'autorité hiérarchique, n'existe plus. Dans les services, les directeurs généraux sont majoritairement nommés sur la base de leur proximité politique avec le parti au pouvoir, le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) et le plus souvent, ils ne réunissent pas l'expérience et l'ancienneté nécessaires.

On voit des proviseurs qui sont sous les ordres de leurs anciens élèves. Alors qu'on devrait pouvoir quand même respecter une certaine expérience pour que celui qui est en haut ait le respect des autres à cause de sa pratique et de son expérience. Ce qui fait qu'il n'y a presque pas d'autorité hiérarchique dans l'administration.

Il faut bien sûr ajouter le fait que le libéralisme galopant fait qu'il n'y a pratiquement pas de contrôle au niveau des prix des denrées de première nécessité ; et cela rend la vie tellement chère que les petits, voyant ce que les grands font, essayent de les imiter. Comme il y a l'impunité des grands qui font ce qu'ils veulent, les petits aussi suivent, en ayant comme raison que la vie est devenue trop chère, les salaires étant extrêmement insuffisants. Ce n'est pas une excuse, mais je croix que c'est un facteur de la corruption.

Nous avons beaucoup d'institutions qui font souvent du bon travail, comme l'inspection d'Etat aujourd'hui, mais dont les travaux ne sont pas pris en considération ou sont bloqués quelque part.

Et certains discours du chef de l'Etat ne sont pas encourageants dans le sens de la lutte contre la corruption. Quand on voit des gens qui se sont illégalement enrichis au vu et au su de tout le monde, et que des citoyens les critiquent, c'est le président Blaise Compaoré lui-même qui vient au secours de ces gens pour dire qu'ils sont victimes de la jalousie des autres. Ces genres de propos ne sont pas de nature à lutter contre la corruption.

Des étudiants ont été expulsés manu militari de cités universitaires le 1er août 2013. Que pensez-vous de cette décision des responsables du CENOU ?

Je pense que ce sont des mesures de représailles, c'est mon point de vue. Les étudiants constituent quand même un îlot d'intellectuels qui fait honneur aux intellectuels car l'intellectuel est avant tout cet homme cultivé qui défend des valeurs (le vrai, le juste, etc.) dans un espace public. Donc, voilà des jeunes qui, depuis longtemps, le pouvoir essaye de corrompre pour qu'ils acceptent leurs mauvaises conditions de vie ; mais ils ont toujours fait de la résistance. Et ils sont politiquement assez mûrs pour ne pas suivre n'importe quoi.

Maintenant, une des raisons de ces exclusions massives tient au mauvais accueil récent sur le campus du premier ministre. Celui-ci s'est aventuré à se rendre sur un campus où il y a trop de problèmes non résolus et où aucun chantier sérieux n'est achevé. Cela aussi n'a pas plu au pouvoir qui a voulu faire une sanction.

Les étudiants sont sortis massivement à toutes les marches contre la vie chère, contre le Sénat, contre l'article 37. Tout cela a paru vraiment assez difficile à supporter au niveau des autorités et qui ont trouvé moyen de les sanctionner de cette façon. Sinon, je ne vois pas pourquoi et comment le pouvoir a pu trouver rapidement de l'argent (près de 500.000.000 de francs CFA) pour donner à la communauté musulmane, laquelle ne lui avait d'ailleurs rien demandé.

Au même moment, on dit qu'il n'y a pas d'argent pour maintenir nos futurs cadres dans les cités pour préparer leurs examens. C'est purement de la méchanceté, des représailles qui traduisent du reste, un mépris général des intellectuels par ce pouvoir. Ce pouvoir est anti-intellectuel. Il n'aime pas la réflexion, surtout pas de la réflexion critique.

Vous pouvez dire qu'il y a des intellectuels avec eux, mais je croix que ce sont des intellectuels qui ont renoncé à leur intellectualité et sont devenus des idéologues, c'est-à-dire des gens qui ne font que justifier ce que le pouvoir fait. Malheureusement dans notre pays, c'est comme ça. C'est aussi un des malheurs dans ce pays. La plupart des intellectuels engagés dans la politique sont devenus de simples idéologues ; des gens qui expliquent, qui défendent ce que le pouvoir fait, au lieu de défendre ce qui est vrai, ce qui est juste.

Certains de ces étudiants vivent présentement sur la générosité des habitants de Ouagadougou. Que devra faire le gouvernement pour eux ?

Je pense que le comité de suivi de la mise en ½uvre des réformes politiques devra prendre sur lui, le devoir de demander à ce qu'on ouvre à nouveau les cités pour que ces étudiants puissent se loger. Déjà que la plupart d'entre eux sont sans bourse ; et leur demander de subir ces conditions, c'est extrêmement dommageable. Je pense qu'il faut rouvrir les cités pour que les gens retournent à leur lieu habituel.

D'aucuns estiment que les mouvements d'humeur des populations deviennent de plus en plus violents. Qu'est-ce qui, selon vous, explique cela ?

Je pense que c'est un défi aux autorités qui gouvernent ce pays. Les gens n'ont plus confiance en la justice, ils n'ont plus confiance aux institutions, et chacun se rend malheureusement justice en quelque sorte. Et on assiste à la justice des forts. Ceux qui ont pris, des 200 000 ; 300 000, 500 000f, sont arrêtés et emprisonnés ; mais ceux qui ont pris des milliards comme Guiro, eux, ils sont totalement libres, ils sont là à surveiller leurs chantiers au vu et au su de tout le monde. Quand on voit ces choses, on convient qu'il y a injustice totalement instaurée.

C'est fort du fait que les citoyens ne se sentent pas protégés par leur justice qu'ils se rendent justice par eux-mêmes. Si vous avez remarqué, en cas d'accident de circulation, celui qui a le plus gros véhicule, c'est lui qu'on attaque le premier, parce qu'on est persuadé que son véhicule est le fruit d'un vol dans un système politique généralisé d'enrichissement illicite. Celui qui a une grosse cylindrée est systématiquement identifié comme étant un des voleurs, même s'il ne l'est pas. Mais la population a cette mentalité. Et il faudrait certainement un autre régime pour que ces mentalités changent.

L'inefficacité mille fois répétée de l'autorité judiciaire s'est même renforcée avec le système des « juges acquis ». Heureusement que maintenant, il y a un léger redressement, quand on voit comment les magistrats se sont exprimés face à cette intervention intempestive de l'exécutif et c'est un très bon signe, et on espère que cela va aller plus loin.

Certains soutiennent que seules les revendications violentes apportent des solutions aux problèmes catégoriels. Partagez-vous, cela ?

C'est une mentalité qui est répandue. Les gens disent si vous marchez, et que vous ne cassez pas, ce pouvoir n'est pas sensible.

Du point de vue du principe, ce n'est pas une bonne chose, en ce sens que dans un Etat de droit, on devrait pouvoir s'exprimer dans le cadre de la loi. Mais quand on arrive au constat que ceux-là mêmes qui sont à l'origine de la loi, la violent, l'Etat de droit se trouve être dans une situation de déliquescence. C'est cela la situation aujourd'hui. Donc, les comportements ici et là, même si dans le principe ce n'est pas juste, ce sont des choses qui sont compréhensibles au regard de la situation actuelle où l'Etat de droit est en déliquescence, la loi n'est pas du tout respectée. On se rend compte que plus vous volez gros, plus vous êtes protégé.

Et pour que ça change, il faut d'abord qu'au niveau de la direction de l'Etat, les lois soient respectées. Si à ce niveau les lois ne sont pas respectées, il faut s'attendre à ce que de simples citoyens prennent de mauvais exemples.

Au constat général, le climat social est tendu. Qu'est-ce qui selon vous, devrait être fait pour apaiser les esprits ?

Tout dépend de ce que Blaise va faire. Je me dis qu'après le 31 août, quand le comité de suivi et d'évaluation de la mise en ½uvre de réformes politique aura remis son rapport, il va contacter des gens de la société civile, les partis politiques. Peut-être que ça va être une sorte de forum. En tout cas, je pense qu'il va trouver les moyens de faire un large rassemblement, ou prendre un certain nombre de contacts qui permettent d'apaiser la situation. Moi, je vois par exemple qu'il dise publiquement et de façon solennelle qu'il ne va plus de présenter en 2015, que l'agenda du Sénat est arrêté, qu'il va réaliser les recommandations du Collège des Sages, qu'il va faire le bilan des différentes critiques faites par la société civile et l'opposition par rapport à son régime et en tirer un certain nombre de conséquences.

Et enfin, je pense qu'il pourrait essayer de convaincre son frère François de ne pas chercher à le remplacer ; parce qu'on risque de rentrer dans une polémique de légitimité, de pouvoir ethnique ou familial, et cela va empoisonner, au cas où il gagnerait, l'atmosphère politique. Je pense qu'il pourrait le convaincre de se retirer, même s'il en a le droit. C'est une affaire de marche vers la paix de façon assez significative. Je pense qu'en outre, il faut ouvrir les cités universitaires au profit des étudiants. Et je pense que si tout cela est fait, ça va contribuer à apaiser de façon durable, le climat social.

Vous êtes un ancien député, quel bilan dressez-vous de votre passage à l'hémicycle ?

Rires... Je pense que ce sont les autres qui doivent faire ce bilan. En tout cas, de mon point de vue, j'ai quand même la conscience tranquille. J'ai fait ce que je pensais devoir faire à l'Assemblée. Un journaliste m'avait demandé que comme je n'ai pas été réélu, est-ce que je ne vais pas regretter ce que j'ai dit à l'hémicycle ? J'ai dit non ; je n'ai rien à regretter.

Si j'ai des regrets à faire, c'est de n'avoir pas pu dire certaines choses à cause du temps. En toute conscience, je pense que j'ai pu faire ce que je devais faire. Il appartient aux autres de me juger. En tout cas, moi je suis tranquille avec ma conscience sur ce plan.

Que peut-on savoir sur le programme d'un ancien député comme vous ?

D'abord, je suis dans l'enseignement. Quand on est titulaire à l'Université, même si on est député, on continue à enseigner. Et donc, je continue de faire ce que je faisais déjà. Et j'ai un peu de temps libre pour me préparer pour les prochaines échéances. Ça me donne aussi un peu plus de temps et de liberté pour m'engager davantage dans la construction de mon propre parti. Comptez-vous revenir à l'Assemblée nationale ?

Bien sûr ! Tant qu'on est dans la politique, on doit se battre pour les législatives, les présidentielles, et pour d'autres échéances. On va continuer de se battre.

La politique, c'est comme ça. Il y a des succès, il y a des échecs. Ça fait partie de l'itinéraire politique. Ce n'est pas un échec qui va faire qu'on va abandonner. On va continuer de se présenter aux échéances électorales futures. Et si on échoue, il y aura d'autres, plus jeunes, qui vont prendre la relève. C'est ça la politique.

Malheureusement en Afrique, quand les gens commencent à se battre à 07h, ils veulent avoir les fruits de leur lutte à 08h. Or, pour moi la politique est avant tout, une école de courage et de persévérance pour défendre des objectifs et des programmes donnés, et cela peut occuper toute une vie.

Je prends le cas de l'ANC en Afrique du Sud, les gens se sont battus pendant près de 75 ans avant d'avoir le pouvoir. C'est pour dire que la vie politique, ce n'est pas une affaire de mode du moment, c'est pratiquement l'histoire de toute une vie.

Peut-on en savoir sur le dispositif organisationnel de votre parti, le PDS/Metba, pour les prochaines échéances électorales ?

On se prépare. Bon, il y a des informations qui sont internes à nous. Mais de façon globale, on va être présent dans les échéances à venir. On est en train de se préparer matériellement, financièrement, pour être mieux que la dernière fois, où on n'a pu bénéficier que d'un soutien financier autour de 35 millions pour toute une campagne. C'est extrêmement insignifiant. Nous essayons de multiplier les relations à l'extérieur, pour avoir un peu plus de soutien.

Grosso modo, on va dans ce sens. Et puis à l'intérieur, voir aussi par rapport aux échéances à venir, quelles alliances nous pouvons faire pour être plus performants.

Comment appréciez-vous la configuration et l'opérationnalité de la présente législature ?

J'observe que c'est le CDP qui est toujours majoritaire. L'opposition, je ne la juge pas, j'observe aussi ce qui se passe.

Dans un deuxième temps, je pense que l'ADF-RDA (Alliance pour la démocratie et la fédération/ Rassemblement démocratique africain) a des velléités de séparation d'avec le CDP, ou en tout cas de distanciation. Je ne sais pas comment ce parti va évoluer, mais cela peut jouer sur l'Assemblée nationale.

Je constate aussi que le CDP vient de retirer le seul poste d'ambassadeur concédé à l'ADF/RDA à Dakar. Serait-ce le signe d'un divorce au sein de la majorité présidentielle ? Je n'en sais rien.

Mais, pour le moment en tout cas au niveau de l'Assemblée, le CDP est encore très majoritaire et dicte un peu sa loi. Ce qui est regrettable, essentiellement du côté du CDP, c'est que le rôle du député ne semble pas être bien compris. Le rôle du député c'est aussi de critiquer et non d'être de façon systématique du côté de ceux qui sont au pouvoir, et le niveau même des débats fait parfois problème. Cela est dû au fait que beaucoup de titulaires au CDP ont préféré aller être présidents d'institution ou ministres, au lieu d'être à l'Assemblée. Ce qui fait que de leur côté, il y a des gens qui ne sont jamais battus nulle part, ni dans un syndicat, ni dans un parti, et qui n'ont peut-être jamais pris la parole dans un espace public, qui se retrouvent ainsi là-bas, sans la moindre expérience ou formation politique. Et cela baisse un peu le niveau du débat. Et leur chef n'est pas fait pour arranger les choses, M. Alain Yoda, qui pense que lorsque les ministres viennent à l'hémicycle, il doit se transformer en leur défenseur systématique, engueulant au passage ses collègues pour leurs critiques négatives de l'action gouvernementale. Lui-même, il est le premier exemple de ceux qui ne comprennent pas le rôle d'un député. Et ça rejaillit sur l'ensemble de sa majorité.

Vous l'avez dit tantôt, vous observez l'opposition politique dans son ensemble. Comment l'appréciez-vous ?

Les partis politiques de l'opposition sont ceux qui sont affiliés au CFOP-BF, puisque la loi dit que celui qui est de l'opposition, doit être inscrit au CFOP-BF, et ne doit pas appartenir à un gouvernement.

Et là même, ça va créer un problème. Si Blaise veut ouvrir son gouvernement ou former un autre gouvernement, il va falloir qu'on revoie cette loi, puisqu'aux termes de la loi, ceux qui sont déclarés opposants ne peuvent pas être dans l'exécutif. Je ne sais pas comment ça va être man½uvré. Mais, comme a dit le chef de file lui-même, l'opposition, c'est une opposition plurielle. Ça peut avoir des avantages, ça peut avoir un certain nombre d'inconvénients.

Les avantages, si on arrive à s'entendre sur un minimum, ça peut nous permettre d'avancer ensemble à la sénégalaise, en faisant en sorte qu'au premier tour, il n'y ait pas comme dans le passé une dizaine de candidature de l'opposition et au deuxième tour, les gens fassent un vote républicain. Cela permet de réunir le maximum de voix pour assurer l'alternance. Je pense qu'au fond, par delà nos diversités, dans ce pays, on peut trouver le minimum qui soit une base patriotique.

Je pense que ce qui manque en Afrique, ce sont de véritables patriotes. On a vu des gens de gauche, de droite, du centre, qui ont pu gouverner. Mais la constante, c'est que ces gens ont vendu leur âme aux puissances extérieures pour pouvoir garder leur fauteuil. C'est le patriotisme qui nous manque. Si on prend le cas des pays où il y a eu des bonds sur le plan économique et social, c'est parce qu'il y a eu des gens soucieux du patriotisme. Mais nous, on a toujours cet arrière-fond de passé colonial et de présent néocolonial. Et les gouvernants ont plus peur de la colère de celui qui est à l'Elysée que des manifestations de leurs populations.

Quelle lecture faites-vous des divergences de vue entre les responsables de l'opposition politique et ceux des centrales syndicales exprimées entre-temps ?

Effectivement, nous avons assisté à un début de polémique entre deux compréhensions de l'alternance politique et de sa stratégie politique entre des dirigeants de fractions importantes de la société civile et d'autres dirigeants d'une bonne partie de l'opposition politique.

Pour les uns, l'alternance politique est plus essentiellement un changement du mode de gouvernance qu'un simple changement de gouvernants. Alors, on opte pour une stratégie de démarcation totale par rapport au pouvoir en place et on se bat beaucoup plus sur la durée.

Pour les autres, l'alternance politique est essentiellement un changement de programme de gouvernance réalisé par d'autres gouvernants. Pour eux, l'alternance c'est maintenant. Attendre, c'est permettre à un pouvoir aujourd'hui assez isolé à l'intérieur et à l'extérieur, de se renforcer pour réprimer ensuite.

Dans tous les cas, on aura noté des points capitaux communément partagés : le rejet de la gouvernance actuelle, le désir de changement et la grande et pressante attente politique et sociale de ces innombrables foules criant leurs ras-le-bol de plus d'un quart de siècle de gouvernance sans démocratie réelle ni satisfaction des besoins élémentaires vitaux des citoyens et avec encore moins de justice sociale.

Selon moi, par delà ces différences d'ailleurs normales, le danger collectif de patrimonialisation du pouvoir qui pèse sur nous tous, peut et doit être écarté par nos actions conjuguées, afin que nous puissions continuer à dire et vivre nos différences de façon efficace désormais. Nul ne peut prétendre mieux vivre demain sous un régime patrimonial nécessairement prédateur des richesses nationales et des libertés. Conjurons donc ce danger mortel à nos portes. Jouons, comme nos vaillants prédécesseurs voltaïques, notre partition historique en disant ensemble non à toute tentative d'établir dans notre pays un pouvoir autocratique et/ou patrimonial.

Croyez-vous en une alternance apaisée à la présidence du Faso ?

Je le souhaite. Si les conditions que j'ai précédemment évoquées sont réunies, l'alternance se fera dans la paix. Mais, si ce n'est pas fait, on risque d'avoir des lendemains assez houleux. Et ça pourrait se terminer par un coup d'Etat et nous engager ainsi dans un recul, je ne sais pas pour combien de temps. Je ne souhaite pas qu'on se retrouve dans des situations comme celle du Mali qui a fait un grand pas en arrière avec le coup d'Etat du capitaine Hamadou Haya Sanogo. Si le président Blaise Compaoré dit qu'il ne va pas se présenter en 2015, s'il dit qu'il arrête le processus du Sénat, et qu'il va mettre en ½uvre les recommandations du Collège des sages, recommandations qui n'ont jamais été respectées, on pourrait être à l'abri du pire.

En tout cas, il a toutes les solutions pour sortir le pays de cette crise qui est tantôt latente, tantôt ouverte, et ce, depuis au moins deux décennies déjà. Je ne sais pas ce que Blaise Compaoré veut. On lui a donné l'amnistie ; à moins qu'il n'y croie pas.

Eh bien, si c'est à l'extérieur, je ne sais pas s'il a peur de poursuites. Mais, je me dis qu'il pourra bénéficier de la protection de ses amis français, américains, et tous ceux qu'il a servis pendant tout le temps qu'il a passé au pouvoir. Il y a aussi ses frères francs-maçons qui sont très puissants et capables de lui trouver un moyen de sortie honorable. Donc, je ne sais pas pourquoi il a peur.

Entretien réalisé par Fulbert Paré

Lefaso.net

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