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Tahibou Ndiaye se sauve de la prison: Médiation pénale ou marchandage d’Etat?

Conférence de presse de Macky Sall à Dakar le 4 février 2012. AFP

Sans être explicite, la médiation pénale a prévalu dans le dossier Tahibou Ndiaye. Un concept qui a pourtant été à l'origine de beaucoup de controverses au c½ur de l'Etat. Il avait mis à nu la cacophonie et l'empiètement des services de communication de l'exécutif. L'ancien Directeur du Cadastre a négocié ferme pour ne pas croupir en prison. Il s'est délesté d'une partie de sa fortune estimée à 7,9 milliards. Et pourtant, tous les observateurs avaient annoncé son placement sous mandat de dépôt et qu'il allait se réveiller ce mercredi matin à la prison de Rebeuss. Sa libération sonne comme un jeu de yoyo du président de la République qui, dans un premier temps, avait affirmé à Me El Hadji Diouf qu’«une médiation pénale qui permet de récupérer l'argent volé est mieux qu'une longue procédure qui n'aboutit généralement à rien» et qui par la suite, du fait de fortes pressions, avait fini par déclarer que la procédure de traque des biens supposés mal acquis allait se poursuivre jusqu'au bout.

 

 

Tahibou Ndiaye a échappé à l'incarcération. Il a acheté sa liberté en acceptant de céder 3,6 milliards constituant une partie de ses biens. Il a mis sur la table des immeubles, villas et terrains estimés à plus 3,5 milliards FCFA. L'homme qui faisait ainsi la pluie et le beau temps au Cadastre sous le magistère de Wade peut depuis hier, vaquer à ses occupations, et cela au prix d'avoir tout bonnement consenti de léguer une somme inférieure au montant visé par le Parquet spécial (7,9 milliards FCFA ndlr). Autrement dit, par la grâce de la médiation pénale, Tahibou Ndiaye n’ira pas à la Maison d’arrêt et de Correction de Rebeuss.

Cette pratique qu’avait mise en avant le président de la République lors d’une audience accordée à l’un des avocats de l’Etat dans cette précédure en l’occurrence, Me El Hadji Diouf avait suscité une grosse polémique. Une bonne partie de la population avait dit niet et plaidé pour que les voleurs de deniers publics soient poursuivis et punis conformément à la loi. Devant cette frange du peuple, le ministre chargé de la bonne gouvernance et porte-parole du gouvernement, Abdou Latif Coulibaly rame à contre-courant et dit à qui veut l’entendre qu’une médiation pénale pour récupérer une partie de l’argent volé vaut mieux qu’une longue et onéreuse procédure à l’issue incertaine. Des propos qui avaient contrarié le ministre de la Justice, Garde des sceaux, Aminata Touré. Cela avait été objet de beaucoup de spéculations au mois de mars dernier. Finalement en plein Conseil des ministres, le chef de l’Etat a tranché faisant savoir qu’il n’y aura plus de médiation pénale et que la procédure allait suivre son cours et jusqu’au bout. Ce qui avait poussé Macky Sall à faire machine arrière, et c’était aussi la réaction de désapprobation des personnalités concernées. Beaucoup avaient clairement dit qu’ils ne sont pas partants et que l’Etat n’a qu’à laisser la procédure suivre son cours.

Aujourd'hui, avec la négociation entre le procureur, Alioune Ndao et Tahibou Ndiaye qui a valu au dernier nommé la liberté, force est de reconnaître que Me El Hadji Diouf avait bien raison et qu’il ne s’agissait pas de simples allégations dénuées de fondement. Au contraire, les propos susceptibles de doutes sont ceux du président de la République, de son porte-parole, Abou Abel Thiam et du garde des Sceaux, Aminata Touré qui voient s'exercer actuellement la pratique de médiation pénale. Ce qui est à contrario d’avec les discours antérieurs des tenants du pouvoir. Le bons sens ne voudrait surtout pas qu'on ose penser que le procureur a pris cette disposition de faire transiger le sieur Ndiaye sans l'aval au préalable de son ministre de tutelle, Aminata Touré.

Bref, si certains s'écoeurent de voir qu'il est maintenant possible de ne pas s'inquiéter en acceptant de céder une partie des fonds volés et garder le reste après avoir pillé l'argent du contribuable sénégalais, la discordance manifeste entre les dires et les faires de nos gouvernants sur un sujet aussi sensible que la traque des biens mal acquis n'est pas moins choquante.

 

Mamadou Sakhir Ndiaye

 

pressafrik.com/ Mercredi 28 Août 2013 – 13:24

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