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Le Village Artisanal de Ouagadougou, deuxième génération

Il y a un an et demi de cela, le Village Artisanal de Ouagadougou (VAO) faisait parler de lui. Ses locataires, qui occupaient ses ateliers depuis pas moins de douze ans, devaient dorénavant quitter les lieux. Ce qui, malgré leur contestation, fut chose faite en janvier 2012. Aujourd'hui, c'est donc la « deuxième génération » d'artisans qui fait vivre le fameux site de la capitale burkinabè... Qui est-elle ? Comment a-t-elle été choisie ? Retour sur une « rotation » qui n'a pas été sans controverses.

« L'édition précédente est restée de 2000 à 2012 » affirme Moussa Tapsoba, chef d'atelier bronzier et directeur du Groupement d'Intérêt Economique (GIE) représentant les artisans du VAO, quant aux anciens occupants des lieux. Pour rappel, si cette « première génération » d'artisans villageois a duré si longtemps, c'est que les premiers contrats signés à l'ouverture du Village Artisanal, il y a donc maintenant treize ans de cela, ne mentionnaient pas de « date limite ». Ce n'est que cinq ans plus tard qu'un principe de « rotation » est apparu, permettant alors aux artisans villageois de ne garder leur atelier que pendant un maximum de sept ans.

C'est donc « fin 2011 qu'on leur a finalement demandé de quitter le Village Artisanal », précise Ibrahima Guiré, chef d'atelier bronzier, de la « deuxième génération ». Une décision qui n'a pas manqué de provoquer la colère des anciens artisans villageois : « Nos prédécesseurs ne voulaient pas partir », affirme Moussa. « Mais finalement ils sont partis, et nous on a pu intégrer les lieux », poursuit-il, non sans satisfaction. Le malheur des uns fait en effet le bonheur des autres, comme on dit. Toutefois certains ont eu la chance de pouvoir rester... Ou du moins revenir. Boukaré Sawadogo par exemple, faisait déjà partie de la « première génération » du VAO...

Des artisans « repêchés » ou devenus à leur tour chefs d'atelier...

L'artisan bronzier avait dû quitter l'atelier de son ancien patron, au même titre que les autres en janvier 2012, mais : « J'ai eu la chance d'avoir une autre personne qui m'a repris », explique-t-il. Boukaré a tout de même dû faire un an et demi en dehors du village. « J'ai été commerçant, puis man½uvreur », se souvient-il : « C'est là que j'ai rencontré mon nouveau patron » - Ibrahima Guiré. Lequel, en réalité, n'est autre que le fils de son ancien employeur... « Mon père était chef d'atelier à cette époque », confirme en effet Ibrahima. Et d'expliquer : « Je travaillais à ses côtés. C'est ensuite lui qui a postulé pour moi ; la demande m'a été accordée parce que j'avais déjà fait mes preuves sur le travail de bronzier ».

Selon lui, la sélection des artisans pour le Village Artisanal est rigoureuse : « Il faut des professionnels », souligne-t-il. Toutefois, au vu des témoignages, les moyens de sélection entrepris alors paraissent aujourd'hui faillibles... Je discute notamment avec un chef d'atelier de sculpture sur bois - dont on préfèrera préserver l'anonymat - qui me fait part d'une inquiétude. Comme tous ici, il a fait une demande pour avoir sa place au VAO. Et, comme tous, cet artisan nous dira : « On m'a appelé, j'ai amené deux pièces [à présenter au comité de sélection], et ils m'ont accepté tout de suite ». Rapide... mais efficace ? Au Village Artisanal, il y a quatre ateliers de sculpture sur bois, or « les prix ne sont pas les mêmes... et le travail non plus n'est pas le même », déclare le chef d'atelier, avec une certaine exaspération. On sent une hésitation... Et en effet, il finit par avouer : « Il y a beaucoup de gens qui commandent dehors pour revendre ici. Ça nous énerve », dit-il, déplorant même que certains viennent s'inspirer de ses ½uvres et « partent demander ça ailleurs ».

Le gestionnaire du VAO, Maurice Sama, mène l'enquête

Le problème aurait déjà été présenté à la direction, m'assure-t-il néanmoins. D'ailleurs, Maurice Sama, le gestionnaire du VAO, serait venu mener son enquête il y a quelque quatre mois de cela... « Il nous a testé, nous aussi, à cause de masques qu'il pensait ghanéens », admet même le sculpteur sur bois, précisant : « Il a tiré des photos de masques qu'il a distribuées aux différents ateliers, nous demandant de les reproduire ». Il nous montre les pièces en question, à savoir les photos tirées par le gestionnaire du VAO et le masque qu'il a ainsi reproduit... Lui a donc été innocenté, m'assure-t-il, mais M. Sama « a bien vu qu'il y avait des gens qui ne produisaient pas leurs ½uvres eux-mêmes ».

Qu'en est-il alors de ceux-là ? Pour l'instant, on ne sait pas... Mais le sculpteur sur bois semble avoir foi en la bonne volonté du gestionnaire. « Il fait très bien son travail » me dit-il, avec conviction. « C'est quelqu'un de très gentil, qui passe souvent nous voir pour partager des idées. Il dirige bien, ne pose pas de problèmes, sauf quand tu ne respectes pas le règlement » poursuit-il. Soulignant que les termes de ce dernier sont : de payer son loyer, de participer aux travaux du Village (les artisans étant tenus de se charger eux-mêmes du ménage du site, deux fois par mois), et donc de produire soi-même les ½uvres exposées... Affaire à suivre.

Jessica Rat

Lefaso.net

Le Faso

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