mis à jour le

L'Egypte brûle. Ses bâtiments publics, ses commissariats, ses universités, ses églises, tous ont été envahis par les flammes dans plusieurs gouvernorats. Ce mercredi 14 août 2013, les manifestations de colère, de haine et de désespoir sont venus s'ajouter aux violentes images de l'intervention sanglante de la police égyptienne contre les camps pro Morsi, Rabaa al Adawiya et Nahda.

Heurts au Caire après la dispersion de la place Rabaa al Adawiya, le 14 août 2013. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Quelques heures après la dispersion forcée de ces deux places, occupées depuis plus d’un mois par les partisans du président islamiste, la communauté chrétienne d'Egypte, qui représente entre 7 à 10% de la population, a été victime de nombreuses attaques, principalement en Haute Egypte. Des églises ont été incendiées, des écoles attaquées, un musée saccagé, des pharmacies et des boutiques vandalisées au Caire et dans d'autres gouvernorats. Selon l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), une ONG locale, au moins 25 églises ont été incendiées en moins de 48 heures.
«A Malawi, où vit ma famille, une église anglicane a été brûlée par les Frères musulmans. Les assaillants avaient des pancartes à l'effigie de Mohamed Morsi et chantaient des slogans hostiles à l'armée», témoigne Charles, un jeune copte joint par téléphone au Caire.

Délaissés

N'ayant pu rejoindre l'hôpital militaire dans lequel il officie, Charles a suivi les événements du mercredi 14 août, de son domicile. La main gauche sur son ordinateur pour converser avec ses amis de Haute Egypte, la main droite agrippée à son téléphone pour rassurer ses parents, claquemurés dans une maison située en périphérie du centre-ville de Malawi. « Ma famille a fait des provisions pour plusieurs jours. Ils s'attendent à une recrudescence des tensions. Malawi est devenue une ville fantôme car la police et l'armée sont absents. Qu'ont-ils fait contre ces attaques en Haute Egypte? Rien, rien du tout.»

L’Union de la jeunesse Maspero, un mouvement de jeunesse chrétienne copte, a dénoncé une «guerre de représailles» contre la minorité religieuse copte. Selon l'organisation, les  coptes paient le soutien du pape Tawadros II à la destitution du président Mohamed Morsi, le 3 juillet dernier. Celui-ci était même apparu aux côtés du général Abdel Fattah al-Sissi lors de l’annonce télévisée du coup de force des militaires. Au même titre que le cheikh Ahmad al Tayeb d’al Azhar, grande figure de l’islam sunnite, qui s’est désolidarisé de l’opération policière menée contre les partisans de Mohamed Morsi.

«Je ne comprends pas les Frères musulmans. Un jour, ils disent que nous sommes une minorité qui ne compte pas dans le pays. Le lendemain, on nous accuse d'être la cause du renversement de leur président. Avant mercredi, j'étais compréhensif. Je me disais « ils défendent leur idée de la démocratie ». Aujourd'hui, les Frères musulmans sont devenus des terroristes», lâche Charles, agacé. Jusqu'à mercredi, Charles se refusait de qualifier les Frères musulmans de «terroristes», comme le font à longueur de journée plusieurs médias privés tels que ONTV,CBC...Une surenchère qui trouve échos dans une société égyptienne profondément nationaliste et attachée à l'institution militaire. Les images de partisans de Frères musulmans armés – même si ceux-ci représentent une minorité dans la foule de pro-Morsi présents ce jour-là – ont fini de convaincre les islamo-sceptiques. Mais est-ce suffisant pour légitimer un carnage? Le dernier bilan officiel parle de plus de 500 morts. Des civils. « Je ne sais pas si c'était la seule solution», concède Charles avant d'ajouter : « je ne suis pas politicien. Et beaucoup de mes amis ne croient plus à la politique, alors…»

De son côté, le gouvernement intérimaire installé par l’armée a estimé que les attaques contre les chrétiens d’Egypte étaient une « ligne rouge » à ne pas franchir.  Peu après, le ministre de la Défense le général Abdel Fattah al-Sisi, chef d'orchestre du coup d’Etat contre Mohamed Morsi, a promis que l’armée allait participer financièrement à la reconstruction des églises incendiées.

Nadéra Bouazza

 

musulmans

AFP

Décès de l'ancien leader des Frères musulmans Mehdi Akef

Décès de l'ancien leader des Frères musulmans Mehdi Akef

AFP

Ouganda: la justice accusée de faire des musulmans des "boucs émissaires"

Ouganda: la justice accusée de faire des musulmans des "boucs émissaires"

AFP

Migrants: le président ivoirien pour une mobilisation des pays musulmans

Migrants: le président ivoirien pour une mobilisation des pays musulmans