mis à jour le

Egypte: quand la haine répond

Encore des morts. Ce matin, la chaîne ONtv m’apprend la mort de 24 policiers dans le Sinaï. Lundi rouge. Les heurts entre les partisans des Frères musulmans et les forces de l’ordre ont officiellement fait plus de 750 tués en moins d’une semaine. A ces morts, s’ajoute une haine distillée à travers les médias, les réseaux sociaux. Certes, elle n’est pas nouvelle. Il suffit de regarder de temps à autre les chaînes satellitaires pour voir que la haine de l’étranger, de l’Américain, du juif,du chrétien, des femmes, de l’islamiste sont des postures courantes. Mais, depuis quelques jours, elle se généralise, elle divise, elle tue. La semaine dernière, des centaines  d'Égyptiens sont morts sous les balles de la police égyptienne, des villages coptes ont été pris pour cible, des bâtiments ont été réduits en cendre. Mais cela ne suffit pas. Chaque camp souffle sur les braises. Les Frères musulmans pointent la responsabilité des coptes et des étrangers, l’armée celle de la confrérie.

Dans son dernier discours, le général Abdel Fatah al-Sissi exhorte les Égyptiens à soutenir les efforts du gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme. Et tous [même les pays occidentaux] devraient arriver à la même conclusion: les Frères sont dangereux et le gouvernement a eu raison de les déloger. Dans la vidéo ci-dessous, une compilation d’images dresse le portrait d’une confrérie qui sème la terreur. Les images sont là. Des barbus armés jusqu’au dent. Le Sinaï à feu. Des armes, partout des armes. Oui, mais…ces montages sont de la pure propagande, celle-là même qui entretient la haine de l’autre et justifie sa mort.

 

Dans un article intitulé « Avec ou contre nous », la journaliste Sarah Carr dénonce la montée de campagnes haineuses contre les journalistes étrangers accusés de soutenir les islamistes, contre les Palestiniens soupçonnés d’appartenir au Hamas, contre les Frères musulmans, réduits à des terroristes. Le nouveau pouvoir égyptien et les médias, foncièrement anti-Morsi, véhiculent un message sans équivoque: « soit vous soutenez la lutte contre les Frères musulmans, soit vous êtes contre nous, contre l'Égypte. » Dans cette approche binaire, la journaliste Sarah Carr voit un danger pour la liberté, notamment celle des journalistes. Au nom de la lutte contre le terrorisme, le journaliste devrait reprendre la partition officielle, sans mettre en avant les fausses notes. «Cette approche simpliste est désastreuse. Elle vise à renforcer la fiction selon laquelle il n’y a que deux camps en Égypte».

Nadéra Bouazza

Slate Afrique les blogs

Ses derniers articles: Tunisie : Le retour de la censure sur le Net?  Tunisie : Le retour de la censure sur le Net?  Egypte: hommage paradoxal aux manifestants anti-régime militaire 

haine

AFP

Centrafrique: la haine ne désarme pas

Centrafrique: la haine ne désarme pas

AFP

Mauritanie: le président Aziz accuse des ONG de semer "la haine et la division"

Mauritanie: le président Aziz accuse des ONG de semer "la haine et la division"

AFP

Algérie: le RND dénonce "la haine des Français" après les propos de Hollande

Algérie: le RND dénonce "la haine des Français" après les propos de Hollande