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Fossoyeur de la démocratie pour les uns, sauveur de la République  pour les autres. Pinochet ou Chavez ?  Le général Abdel Fatah Al Sissi est, depuis le 30 juin, l'homme fort qui polarise l'opinion au-delà des frontières de l'Egypte. «Il a été le dernier officier supérieur à s'être converti à l'idée d'un coup d'Etat. Il était conscient des risques et, comme tout le monde, son premier choix était de pousser les Frères musulmans à être plus consensuels, à se modérer, à renoncer à leurs desseins totalitaires», estime le politologue égyptien Tawfik Aclimandos. - La crise politique égyptienne, qui s'est exprimée de manière ouverte le 30 juin, place le pays face aux pires  des scénarios. Quelle analyse faites-vous de la situation ?   Evidemment, la situation est dangereuse. La confrérie a une base sociale importante, même si elle est très minoritaire dans le pays et a opté pour la politique du pire. Elle a les moyens d'empoisonner la vie du nouveau pouvoir dans quelques régions, y compris dans le Sinaï. Par contre, il faut voir que l'écrasante majorité du pays est hostile aux Frères. Beaucoup dépend de la capacité du nouveau pouvoir à rétablir la sécurité, à maintenir sa cohésion et sa très hétéroclite coalition et à mater la branche armée de la confrérie. On ne sait pas combien de temps cette dernière peut tenir ou, si vous préférez, qui pliera en premier. Mais si la solution sécuritaire est nécessaire, elle n'est pas suffisante, il faudra aussi une solution politique. Trop d'inconnues empêchent de faire des prédictions. Mais les issues possibles sont connues : théocratie totalitaire, guerre civile, démocratie avec ou sans les Frères, autoritarisme militaire.    - Comme en janvier 2011, l'armée, avec à sa tête le général Al Sissi, apparaît comme l'acteur central dans le jeu politique du pays. Va-t-elle remettre le pouvoir aux politiques comme le stipule la feuille de route ou bien la phase actuelle va, par contre, l'aider à renforcer son hégémonie ?   L'armée n'a pas intérêt à gouverner le pays car elle court le risque de se retrouver vite face à une coalition jeunes révolutionnaires/islamistes. Et ce serait se brouiller avec les puissances occidentales, notamment les USA, dont elle dépend beaucoup. Après, elle risque d'y être contrainte : les forces politiques autres que les Frères n'ont pas d'appareil digne de ce nom, même si elles sont très nettement majoritaires ; la dynamique du conflit et des impératifs de sécurité risquent de contraindre l'armée à s'impliquer plus qu'elle ne le souhaite. Une chose est certaine : si elle se voit contrainte de rester aux commandes, elle aura besoin d'alliés dans les forces politiques.   - Lors Mohamed Morsi est arrivé au pouvoir, avait-il fait alliance avec le général Al Sissi contre les oligarques Hussein Tantawi et Samy Inan ? Les Frères ont-ils réellement vu en ce général un allié stratégique ?   Il apparaît aujourd'hui que le maréchal Hussein Tantawi souhaitait qu'Al Sissi le remplace et le préférait nettement au général Samy Inan. Les Frères ont certainement vu dans ce général, très croyant, issu d'une famille où les islamistes sont nombreux, un allié. Mais cela n'a pas duré longtemps. Sa popularité, qui allait croissant alors que la leur sombrait, les a vite inquiétés. Et ce, d'autant plus qu'il leur était difficile d'avoir recours à leur arme favorite : en faire un mauvais musulman. Malgré la détérioration de leurs relations, Al Sissi a longtemps tenté d'apaiser le corps des officiers, exaspéré (comme tout le monde) par les Frères. Pour cela, il a tenté d'obtenir des Frères des gestes. Et à un moment, au plus tard fin avril, il a compris que c'était peine perdue.   - Est-il vrai que le général Al Sissi avait commencé à «comploter» contre le pouvoir de Morsi dès sa nomination comme ministre de la Défense ?   Bien sûr que non. C'est un des mensonges des Frères, qui ne veulent pas admettre leurs erreurs et encore moins reconnaître leurs crimes. Al Sissi est pratiquement le dernier officier supérieur à s'être converti à l'idée d'un coup d'Etat. Il était conscient des risques et, comme tout le monde, son premier choix était de pousser les Frères musulmans à être plus consensuels, à se modérer, à renoncer à leurs desseins totalitaires.   - Au-delà du rejet massif de Morsi par les Egyptiens, existait-il antérieurement des divergences entre l'armée et le président Morsi ? Lesquelles ?   Oh, elles sont innombrables ! Elles se résument ainsi : l'armée est «nationaliste», les Frères sont une organisation internationale, internationaliste, qui ont une aversion pour  les Etats-nations et veulent rétablir le califat. Plus ponctuellement, l'armée ne se battra pas pour Hamas et ne mettra pas en danger un centimètre carré du sol égyptien pour ce dernier. Bref, l'armée considère que les Frères mettent en danger l'Etat et son intégrité territoriale. Ensuite, si les Frères et l'armée ont en commun une certaine méfiance à l'égard des coptes, des libéraux et des marxistes, la seconde les accepte comme citoyens faisant partie de la nation égyptienne, alors que les Frères non. L'armée voyait en la démocratie une manière de stabiliser la situation intérieure. Les desseins totalitaires Frères, leurs pratiques, leur entêtement ont accentué la polarisation et ont mené le pays au bord de la guerre civile.   - Beaucoup s'interrogent sur le personnage du général Al Sissi. Quel est le profil idéologique de ce général ? Un Pinochet ou plutôt un Chavez ?   Trop tôt pour le dire. A priori ni l'un ni l'autre. Il peut être le Pakistanais Zia El Haq ou Kemal Ataturk, voire Nasser ou encore Siwar Al Dhahab ou autre. Il serait difficile de se prononcer de manière définitive en ce moment. On sera fixé dans quelques mois ou quelques années.     - La polarisation extrême qui domine l'Egypte pourrait-elle conduire à mettre le pays sous la botte de l'armée et voir se reconstituer les anciens appareils sécuritaires aux méthodes effroyables ?   Oui et non. Oui, les choix des Frères musulmans, utilisation des milices et le recours à la violence aveugle et terroriste donnent clairement une raison d'être aux organismes sécuritaires. Mais je crois que la situation, à terme, a radicalement changé par rapport à l'ère Moubarak. Le peuple égyptien s'est levé. En voyant les mobilisations c'est un peuple qui ne retournera plus chez lui. Et s'il le fera, ce sera temporaire. Rien ne sera contre la jeunesse égyptienne. Et si elle ne sait pas encore gouverner, elle sait faire tomber un pouvoir.   - Les Frères musulmans sont accusés de «jouer la politique du pire». Ne pensez-vous pas que l'armée est aussi dans la même logique en poussant à la radicalisation ?   L'armée n'a pas intérêt à jouer la politique du pire. Les Frères si. Par contre l'armée et, il ne faut pas l'oublier, l'appareil d'Etat et la grande majorité de la société civile, sont dans une guerre contre les Frères qui n'est pas seulement «matérielle», mais aussi psychologique. Et les adversaires des Frères disent à ces derniers : «Vous dites que vous n'avez pas de limites, nous sommes capables de ne pas en avoir. Vous voulez une escalade, vous l'aurez.» Il faut savoir que deux Egyptiens sur trois ont approuvé le comportement des autorités dans l'affaire de Rabaa Al Adayiwa et quatre sur cinq ont approuvé le coup d'Etat.     - De nombreux analystes ont longuement disserté sur l'institution militaire, son poids économique et ses pouvoirs politiques considérables. Quelle est finalement la doctrine de cette armée, quelle est sa vraie nature ?   La doctrine de l'armée est qu'elle est le bras de l'Etat et du peuple égyptien, le corps qui veille sur eux et sur les frontières ; elle déteste ouvrir le feu sur le peuple. Dans les faits, elle a toujours veillé à se dissocier des affaires civiles et à être aussi indépendante que possible du pouvoir, avec des dosages différents selon son accord ou son désaccord avec ledit pouvoir. Sa grande autonomie, rendue possible par plusieurs facteurs, dont son empire économique, sera un problème dans une démocratie, mais quand vous avez un régime inique, cette autonomie fait de l'armée le rempart, le protecteur, le bouclier de la population, surtout si cette dernière se soulève massivement.     - Dans cette guerre -- armée contre Frères -- ne pensez-vous pas que c'est le processus démocratique qui prend un sérieux coup et qu'au final, les aspirations de la révolution (pain, liberté et dignité humaine) seront mises en veilleuse ?   On verra bien. Le risque est très réel. Mais la flamme de la révolution ne s'éteindra pas. Bon, disons les choses plus prosaïquement : le pays veut la démocratie. Mais il n'a pas confiance, à juste titre, dans ses représentants civils et il risque fort de vite cesser de faire confiance aux militaires si ces derniers ne font pas très attention. Il n'y a pas de forces politiques civiles organisées, hormis la confrérie des Frères musulmans. Mais les Egyptiens, pour l'instant, ne veulent plus de cette dernière, qui s'est avérée profondément hostile à la démocratie. Cette situation multiplie les possibilités. Mais l'heure est à la neutralisation des branches armées des Frères. Les Egyptiens aviseront après ; ceux qui pensent qu'ils sont fatigués ou qu'ils se fatigueront tôt ou tard le pensent depuis plus de deux ans et demi. Ils se sont toujours trompés.                  

El Watan

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