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Procès des

Ils sont libres. Après plus de 20 jours de détention préventive, la Cour d'appel de Ouagadougou a ordonné ce 23 aout 2013 la liberté provisoire pour les 50 prévenus (46 étudiants et 6 autres). C'est aux environs de 13h qu'ils ont effectivement quitté la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Plusieurs dizaines de leurs camarades avaient fait le pied de grue depuis 11h pour assister à cette sortie. A bord un minicar, ils ont été conduits au siège du CODE (Centre des organisations démocratiques estudiantines).

« On était privés de notre liberté mais on n'a pas été violentés ici à la MACO. Les conditions de détention étaient plus ou moins allégées », déclare Louis Naré, à sa sortie. A peine, eut-il le temps de prononcer ces mots qu'il est bousculé et prié de rejoindre le minicar affrété pour conduire les nouveaux libres au CODE. Au grand dam des journalistes qui voulaient en savoir davantage. C'est finalement de là-bas que chacun pourra rejoindre son « domicile ».

A motos, à vélos et même à pieds, les nombreux étudiants curieux et solidaires convergent donc tous vers le CODE, sis au quartier Wemtenga.

Tout s'est décidé plus tôt dans la matinée à la Cour d'appel de Ouagadougou. L'audience s'est ouverte dès 8h. Les choses n'ont pas tardé à se préciser. Cette fois-ci, contrairement au jugement en première instance intervenu le 13 août 2013, le parquet est allé dans le même sens que les avocats de la défense.

« Une défaite de la justice »

Ils ont estimé qu'il n'y avait ni risque de répétition des actes, ni risque de trouble à l'ordre public, ni risque de subornation des témoins... Donc toutes les conditions étaient réunies pour leur accorder le bénéfice de la liberté provisoire. De ce fait, statuant en dernier ressort, la cour a déclaré la requête recevable et ordonné la liberté provisoire pour les 50 prévenus (44 étudiants et 6 non-étudiants). Il n'en fallait pas plus pour déclencher des cris de joie dans la salle et en dehors.

Pour autant, Me Prosper Farama, un des avocats de la défense ne parle pas de victoire, mais plutôt d'une défaite de la justice. Car, « on n'aurait jamais dû arriver à ce stade avant que nos clients ne bénéficient d'une liberté. Ils n'auraient même jamais dû être incarcérés à notre avis. Attendre près d'un mois pour obtenir leur liberté, on ne peut pas s'en réjouir et dire que c'est une victoire », lance-t-il.

Il n'y a donc pas lieu pour les avocats de la défense de jubiler car « le dossier, au fond, sur leur culpabilité, n'a pas encore été plaidé. Nous avions demandé à ce que l'affaire soit transmise devant le Conseil constitutionnel, ce qui a été fait. Maintenant, selon ce que le Conseil constitutionnel décidera, on verra s'il y a lieu d'une nouvelle procédure sur leur culpabilité ou pas. Donc, ils ne sont libres que provisoirement en attendant la décision du Conseil constitutionnel », précise Me Farama.

Inconséquence de la justice burkinabè

Puis, il revient sur la démarche curieuse du parquet le 20 aout dernier. « Dans le cadre de cette procédure, nous avons eu le sentiment et la conviction que le dossier a été piloté sur d'autres valeurs que celles de la justice », regrette-t-il. « Voyez-vous ? Le parquet qui trouvait, il y a à peine 10 jours que la demande de liberté provisoire était incongrue et irrecevable, revient aujourd'hui sur l'appel demandé, avec fortes emphases, que nos clients soient libérés », enchaîne-t-il. En dix jours, qu'est-ce qui a changé ? se demande-t-il. Soupçonnant qu'il y ait eu des instructions du ministère de la justice pour ordonner la libération des étudiants, Me Farama pense qu'au Burkina, « la justice manque quelques fois de conséquence ».

Pourtant, du côté des étudiants, le ton est tout autre. Pour Patrice Zoéhinga, président de l'ANEB, c'est une double victoire. « Le 13 août dernier, les avocats de la défense ont réussi à ramener la loi du 23 juin 2008 au niveau du conseil constitutionnel qui est une loi anti-manifestation foncièrement liberticide. Aujourd'hui, nous avons obtenu la libération provisoire de nos camarades. Nous osons croire que ce sera une libération définitive », soutient-il. Mieux, il soutient que ses camarades n'auraient même pas dû être incarcérés. Mais, « ce sont ceux-là qui ont ordonné la fermeture des cités et des restaurants universitaires, ce sont ceux-là qui ont ordonné l'intervention des forces dites de l'ordre dans les cités universitaires qui devaient être à la place de nos camarades étudiants », ajoute-t-il.

Satisfaction ; mais la lutte continue

« Il y a une satisfaction à tirer de toute cette comédie judiciaire. Mais, le combat continue parce que nous demandons purement et simplement la réouverture des cités et restaurants universitaires », déclare pour sa part Ousséni Ouédraogo, délégué général de la cité universitaire de Kossodo.

L'ANEB, par la voix de son président, demande aux étudiants de rester à l'écoute car la lutte n'est pas terminée à cette étape. « Nous avons déjà rencontré le directeur général du CENOU, nous avons échangé autour de la question de la réouverture des restaurants et des cités universitaire. Ils ont promis de nous rappeler », précise Patrice Zoéhinga. « Plus jamais la clochardisation des étudiants », lance un autre étudiant, Serge Bayala.

Moussa Diallo

Lefaso.net

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