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Ils sont des milliers d’artistes à se sacrifier pour la nation, à donner le meilleur d’eux-mêmes pour que le Mali soit ce qu’il est. Des hommes dans différents domaines qui ont tout donné au pays mais qui sont aujourd’hui dans les oubliettes. À ces gens surtout de la musique, nous consacrons une rubrique : « À  tout seigneur, tout honneur». Notre choix s’est porté sur Djéli Bazoumana Sissoko alias le Vieux lion, Djéli Baki. C'est lui que bon nombre de Maliens considèrent comme l’un des pionniers de la musique malienne, sur le plan national et international. Ce griot n’a jamais voulu être celui d’un seul diatigui. Mais, aujourd’hui, le Vieux est oublié par les autorités maliennes. Dans les multiples activités, nulle part, nous n’avons entendu un hommage aux anciennes gloires de la musique de notre pays, encore moins au Vieux lion. Dans cette rubrique, nous allons faire un rappel du parcours de ces nombreux artistes.

 

Feu Bazoumana Sissoko

Il y a une semaine, sous les manguiers de la Maison des jeunes de Bamako, un vieil artiste nous racontait que sa corporation sera le grand perdant de l'histoire du Mali. Même si notre interlocuteur n’a pas totalement raison, le risque est énorme au vu des choses. C'est la raison d'être de cette rubrique, pour que nul n'ignore le travail gigantesque fait par nos artistes. Dont l'un des plus émérites, est sans nul doute Djéli Bazoumana Sissoko. Voici son parcours.

 

 

Le fils de Djéli Baba Sissoko, qui est  diffèrent de celui qui animait sur la radio nationale, serait venu au monde aveugle, le jour de la prise de Ségou par Archinard. De père colporteur, il a été élevé par sa grand-mère. Son enfance est une histoire qui mérite d’être connue. Bazoumana Sissoko s’est fait distinguer dès son jeune âge comme un enfant surdoué. L’on rapporte qu’il a appris à jouer tout seul, son instrument de prédilection, le n’goni et qu’il l’a confectionné de ses propres mains, sans maître, et sans aide. De même, malgré sa cécité, il ne fut jamais terrassé par un adversaire lors des séances de lutte entre les enfants de son groupe d’âge. Son destin se manifesta, lorsqu’il dût suivre son père à Kakolodougou Séguéla, village situé sur l’autre rive du fleuve Niger. Là, il est vite repéré par Babou Diarra, un ami de son père qui travaillait au chantier naval. Il finit par accepter l’invitation de ce dernier à s’installer à Koulikoro. C’est alors que son nouveau Jatigui (hôte), lui donna une épouse. Ce bienfait, Bazoumana Sissoko le magnifiera par une chanson d’anthologie  » Babou y’an kognobo « , Babou nous a donné femme. Devin et virtuose, il était.

 

 

Par ailleurs, l’on rapporte que lors d’une joute musicale grandiose, l’homme, dans la fièvre de l’événement, abandonna son instrument, qui continua à jouer tout seul, pendant que lui-même chantait. Sollicité pour venir à Bamako, son hôte fut Amadou Hampaté Ba. Il lui fut alors demandé de composer des chansons pour Radio Soudan. Lors de son premier passage sur les ondes, il gratifia Radio Soudan de plus d’une trentaine de chansons. Parmi lesquelles (Kéméni Macky, Damonzon, Taara, Simbala Koné, Sarafo, Janjo, Poï, Jonkoloni etc.). Il est l’auteur de la musique de l’hymne du Mali, les paroles étant de Seydou Badian Kouyaté. Ce qui lui a valu la renommée. On se souvient qu’après la guerre Mali-Burkina Faso, les artistes maliens s’étaient regroupés pour une soirée d’hommage à nos militaires. C'est le Vieux Lion qui en avait donné le ton avec des morceaux historiques comme « Janjon », « Poi », « Mali » ou « Da Monzon ». Ce fut l’une des dernières sorties en public de Djéli Bazoumana.

 

 

Le Vieux Lion de la musique traditionnelle, Bazoumana Sissoko,  n’est plus à présenter aux Maliens. «De mon temps, les racines d’une personne déterminaient toujours la qualité de l’homme», aimait à dire le vieux griot. « Le Griot des griots » a toujours enseigné que la dignité est l’essence de toutes les vertus. Mais en plus, il  était pétri de qualités, comme le courage, la fidélité, la conviction, la témérité et le talent. Né non-voyant à Koni (Tamani, Ségou), ce mythe de la culture nationale va très tôt se retrouver paralytique. Loin de vivre son état comme un handicap, il le supportera  avec une farouche détermination et un savoir-faire hors du commun. Avec un étincelant jeu de n’goni et une voix émouvante, il parvient à se faire un nom sur toutes les scènes artistiques. De Bamako aux différentes capitales africaines, européennes, asiatiques ou américaines, il s’est fait une renommée internationale.

 

Rebelle dans l’âme, il est toujours resté fidèle à ses convictions. Ainsi, après l’indépendance, lorsqu’on alla à lui pour enregistrer son répertoire, il accepta, tout en se refusant aux éloges, « propriété exclusive de son Jatigi (Hôte) ».  La seule concession qu’il fit, c’est pour le chant « Maliba kera awn ta yé » (Le Grand Mali est devenu nôtre, c’est-à-dire indépendant). Il magnifiait ainsi notre nouvelle souveraineté. Le grand maître des tariks considérait son N’goni magique comme sa seule compagne dans la vie, la « seule qui ne trahit jamais ». Bazoumana Sissoko émeut encore les Maliens lors de tous les événements nationaux (22 septembre, 20 janvier, 26 mars, décès d’une grande personnalité de la nation ou d’un pays ami, événement historique...), dans des modes d’expression très variés. Si, aujourd’hui, le père de la musique de notre hymne national ne vit plus, son riche répertoire continue d’être exploité par une nouvelle génération d’artistes, notamment Teningnini Damba, l’une de ses filles cadettes, qui a exclusivement bâti son succès sur les tubes de son feu père. Aujourd’hui, le célèbre N’goni de Ba Zoumana est l’une des pièces légendaires du Musée National du Mali. Bazoumana Sissoko est né en 1890 à Kôni cercle de Baroueli, il est décédé le 29 décembre 1987 à Bamako.  Le Mali doit-il oublier cet homme ?

 

Kassim TRAORE

 

 

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