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Afrique du Sud: le futur président de la Cour constitutionnelle remis en cause


Le président sud-africain Jacob Zuma  s'exprime lors d'une conférence de presse le 23 août 2011 au Cap AFP/Archives Rodger Bosch

Le juge et pasteur sud-africain Mogoeng Mogoeng, choisi par le président Jacob Zuma pour présider la Cour constitutionnelle, soumis à un déluge de critiques pour ses positions conservatrices, a été entendu par ses pairs samedi et dimanche au Cap.

"Je récuse les allégations selon lesquelles je serais insensible au sort des femmes maltraitées et homophobe (...) il n'y a pas d'élément pour dire que j'étais un agent de l'apartheid", a dit ce juge de 50 ans, pasteur évangélique, désigné pour devenir le juge numéro un d'Afrique du Sud et passé au grill pendant 48 heures d'audition publique.

Uniquement soutenu par l'ANC, Mogoeng a dû s'expliquer sur tout: son âge et sa présumée inexpérience, son éthique professionnelle et le fait de ne pas s'être récusé dans une affaire où avait comparu son épouse, son passé d'avocat de l'Etat sous l'apartheid de 1986 à 1990.

Son intellect et son peu de publications spécialisées, sa susceptibilité et sa capacité à gérer ses collègues de la Cour constitutionnelle où il siège depuis 2009, ses liens avec le chef de l'Etat, inexistants selon lui, ont été étalés. Il a dû aussi préciser sa position sur la peine de mort, prohibée depuis la fin de l'apartheid.

Le ministre de la justice, Jerff Radebe, a volé au secours du juge, rendu inaudible samedi par le millier de militants venus protester bruyamment devant le Centre des congrès du Cap où se tenait l'audition. Selon lui sa désignation suscite une "mobilisation agressive sans précédent".

Pour l'hebdomadaire Mail&Guardian, sa désignation est peut-être "le meilleur choix politique pour l'ANC".

Inquiets, les associations de lutte contre le sida, de défense des homosexuels et des femmes entendaient réaffirmer "avec fermeté qu'il n'est pas le bon candidat", selon Mark Heywood, porte-parole de Treatment Action Campaign (TAC).

Selon lui, le juge, a une mentalité "patriarcale", il n'a aucun soutien dans la société civile et a fait preuve d'indulgence dans des affaires de viols et de femmes maltraitées. Quelque 50.000 viols, dont près de la moitié contre des enfants, sont déclarés dans ce pays chaque année.

Mogoeng a présenté un mémoire de 38 pages pour sa défense, et a aussi plaidé pour une relance des tribunaux traditionnels afin de rendre la justice accessible à la majorité.

Perdant son calme samedi, il s'est fait taxer d'"arrogance" par un collègue avant de s'excuser platement.

L'hostilité vient de partout: des principaux barreaux, de la centrale syndicale Cosatu, et dimanche, l'éditorial du Sunday Independent lui recommandait de renoncer et de "demander à Zuma de trouver quelqu'un d'autre pour le poste".

"On a suggéré que les violences faites aux femmes me laissaient insensibles", a exposé le juge, évoquant deux affaires de viol conjugal et un autre dossier où l'agresseur avait traîné sa victime à l'arrière de sa voiture sur 50 mètres.

Le juge Mogoeng avait atténué les peines en appel.

"J'ai présidé au moins sept affaires de viols dans lesquelles j'ai infligé ou confirmé des peines substantielles, de dix ans à la prison à vie", a-t-il dit.

"On a allégué que j'étais homophobe", a-t-il poursuivi.

"La Constitution garantit à chaque Sud-Africain la liberté de religion, de croyance et d'opinion. J'exerce mes droits et j'ai pleinement embrassé la foi chrétienne. Je l'ai fait tout en sachant que notre Constitution n'a pas été pensée pour permettre aux Chrétiens d'exclure les autres (...)", a-t-il dit.

M. Mogoeng appartient à l'église des Winners Chapel International, qui réprouve l'homosexualité. "Cette opposition à l'homosexualité est purement fondée sur la Bible qui enjoint l'homme d'épouser une femme (...). Ce n'est pas comme le Ku Klux Klan qui place la supériorité raciale au coeur de ses valeurs", a-t-il assuré.