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Sacs plastiques : Une seconde vie en accessoires de mode et de décoration

Quartier de Bilbalogho, Ouagadougou. Dans un six-mètres, derrière une petite porte verte, quelques femmes installées sur le porche d'une maison discutent tout en s'affairant à une bien curieuse entreprise. Autour d'elles, toute une flopée de sacs plastique. Découpés en lanières, ils se transforment en de véritables tissus lorsqu'ils atterrissent dans leurs mains... Par la technique du crochet, ces femmes confectionnent en effet divers accessoires de mode ou de décoration, de la corbeille au sac à main, utilisant donc le sac plastique - véritable fléau pour l'environnement - comme matière première. Lefaso.net est parti à leur rencontre.

Ces Burkinabè font partie d'un atelier, exclusivement féminin, soutenu par une association française - Filles du Facteur. Rasmata nous explique qu'elle l'a connu par l'intermédiaire d'une camarade d'une association pour femmes handicapées, il y a maintenant deux ans. Depuis, elle effectue chaque jour de la semaine un trajet d'une heure et demie sur son tricycle, rejoignant son quartier de Dassasko à celui de Bilbologho, pour travailler aux côtés de vingt-quatre autres femmes. Mais ce long parcours - pénible, on s'en doute, bien qu'elle n'en dira rien - semble en valoir la chandelle.

En effet, quand je leur demande si elles apprécient l'ambiance de l'atelier, les femmes - pourtant très discrètes et sans doute quelque peu intimidées par tout mon attirail de journaliste - ne peuvent s'empêcher de rire, même si ce n'est que timidement... Et de me répondre par un « oui », petit, certes, mais qui en dit long : on n'a effectivement aucun mal à imaginer les longues heures passées à discuter, et souvent rire même, installées sur les nattes, à l'ombre du porche de l'atelier, et à l'abri des regards indiscrets. « Les femmes ici sont chez elles, c'est comme leur deuxième maison », confirme, avec le sourire, Delphine Kohler - fondatrice de l'association Filles du Facteur et de la marque Facteur Céleste, sous laquelle sont vendus les accessoires ainsi confectionnés.

Une association de soutien aux femmes, entre Paris et Ouaga

Delphine, elle, est styliste de carrière. « A un moment donné, j'en ai eu ras-le-bol du gâchis de la mode ; il fallait produire de nouvelles collections deux fois par an ! », s'exaspère-t-elle : « J'ai eu une véritable période d'éc½urement de notre surconsommation [en France]. Le gouffre qui sépare le Nord et le Sud me rend malade. Ici, c'est trop pas assez ; là-bas, c'est trop, trop, trop... ». Elle a ainsi d'abord décidé de créer, en 2000 à Paris, la marque écoresponsable Facteur Céleste, puis l'association Filles du Facteur. Celle-ci soutient, en premier lieu, les femmes migrantes en France, mais s'est également exporté au Burkina Faso en 2007... « J'aime tellement l'Afrique, que je l'ai fait ici », explique en effet la styliste, qui connaît le pays des Hommes Intègres depuis ses 24 ans.

Aujourd'hui, Delphine partage son temps entre la France et le Burkina. « C'est un projet ici/là-bas », affirme-t-elle quant à l'atelier de Ouagadougou, notamment « parce que les commandes viennent du Nord ». En effet, les accessoires confectionnés à partir de sacs en plastique par les femmes burkinabè sont (en grande majorité) revendus en Occident par la marque Facteur Céleste. Et ce, tout simplement parce que « les femmes ici ne veulent pas acheter ce genre d'objets », concède la styliste française... Qui sait bien qu'en revanche, en Europe la mode est au « bio », au « recyclé », bref, tout ce qui est « écoresponsable ».

Des commandes qui requièrent un travail minutieux

D'ailleurs, la toute première commande que Facteur Céleste a reçue provenait du magasin de grande surface français Monoprix, dans le cadre d'une de ses opérations spéciales consacrées au respect de l'environnement. Par ailleurs adorée de certaines petites boutiques des quartiers à la fois chics et « bobos » de Paris, la marque de Delphine aurait même, à un moment donné, intéressé le grand couturier Yves Saint Laurent... « Mais c'était trop 'classe' pour nous », regrette la styliste : « il aurait fallu que chaque produit soit parfait ». Or, le propre de ces accessoires recyclés et confectionnés un par un à la main, c'est qu'ils ont tous leurs petites imperfections.

Si certains diront que c'est justement ce qui fait le charme de ces produits écoresponsables, cela pose parfois problème pour les commandes. « Tout ce qui n'est pas dans le calibre, on ne peut pas le vendre », déplore en effet Delphine alors qu'elle me montre, dans l'atelier de Ouagadougou, une étagère d'accessoires mis sur le côté. Ce sont des sacs à main, des portemonnaies, et notamment des corbeilles, noires et blanches, visiblement issues de la même collection que celles qui attendent dans la salle d'à côté pour partir, elles, dans une boutique parisienne... Toutefois, ces quelques produits « imparfaits » ne seront pas perdus pour autant : « Du coup on les vend sur Internet », relativise la styliste, sa marque Facteur Céleste s'étant doté d'une boutique en ligne, Facteurshop.com.

Les femmes perçoivent 60% des recettes des objets qu'elles confectionnent

Et les femmes de l'atelier de Ouagadougou peuvent également vendre leurs produits elles-mêmes. Elles en profitent d'ailleurs pour réaliser leurs propres créations, comme l'explique Henriette en me montrant une corbeille - bien plus colorée que celles réalisées pour la commande parisienne. Tout comme Rasmata, cela fait deux ans qu'elle travaille à l'atelier. C'est la tante de son mari, Nabou, la responsable de l'atelier, qui l'a fait venir et lui a appris la maîtrise du crochet. « Au début, ce n'était pas facile... Il fallait faire et défaire souvent, parce que les dimensions n'allaient pas. Mais maintenant j'y arrive très bien », affirme Henriette. En effet, elle parvient dorénavant à achever un porte-monnaie, constitué généralement de quatre longs sachets en plastique, en deux jours...

Bien maîtriser la technique du crochet - et ainsi pouvoir travailler rapidement - est important pour ces femmes, rémunérées pour chaque objet qu'elles ont confectionné. Ce sont par ailleurs elles, lorsqu'il ne s'agit pas de commandes, qui déterminent le prix de chaque produit d'un commun accord. Elles perçoivent en outre 60% des recettes - 35% étant réservés aux « frais fixes » (tels que le loyer ou l'électricité) et les derniers 5% servant à financer une mutuelle. « On gagne beaucoup quand on a une commande », affirme ainsi Henriette, « ça aide à faire vivre ma petite famille ». Et si les recettes ne suffisent pas, cette mère de deux enfants sait qu'elle pourra toujours compter sur ses cons½urs : « Si quelqu'un a un problème dans sa famille, on contribue toutes pour l'aider ». En effet, bien plus qu'un simple atelier, il s'agit surtout d'un véritable lieu de vie, 100% féminin, convivial et solidaire...

Jessica Rat

Lefaso.net

Le Faso

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