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Aboubakar SIDIKOU, Secrétaire général de la Chambre des Mines du Burkina :

Le cours de l'or connait une baisse ces dernières semaines. Pour des pays miniers comme le Burkina Faso, cette baisse n'est pas sans conséquence car, selon Aboubakar SIDIKOU, Secrétaire général de la Chambre des mines du Burkina (CMB), les sociétés minières ressentiront ces secousses financières produites au plan international. L'une des conséquences risque donc d'être le licenciement de plusieurs employés. Afin d'éviter cela, les exploitants miniers ont déjà adressé une correspondance au Ministère de tutelle pour lui faire part de la situation. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Les sociétés minières sont très souvent accusées par les populations riveraines de ne pas respecter leurs engagements. Qu'en-est-il réellement ?

Aboubakar SIDIKOU : Vous savez, les sociétés minières qui opèrent au BF sont dans leur quasi-totalité listées sur les bourses internationales, elles s'obligent ainsi au respect de règles de haute probité et de respect strict des questions liées à l'environnement, la santé sécurité au travail et le respect des communautés.

Aucune société ne devrait donc prendre des engagements qu'elle ne tiendrait pas. Chacune d'elle doit aussi pleinement assumer et assurer sa responsabilité sociétale.

Je crois que le problème fondamental c'est que bien souvent, les attentes des populations sont bien au-delà de ce qu'est le devoir de la société minière ou de ce qu'est son pouvoir.

Quels sont les termes des accords qui sont signés entre sociétés minières et l'Etat ?

Les relations Etat sociétés minières sont régies par les textes en vigueur au BF et notamment le code minier et le code des impôts. Ensuite dans le cadre de l'exploitation des mines, une convention est signée entre l'Etat et la société minière. Ces conventions adossées aux différents textes de loi encadrent la relation

Quelle politique de promotion des emplois locaux dans les mines ?

Il est aujourd'hui admis dans chaque société minière au BF que l'emploi local doit être encouragé. Pour tous les emplois sans qualifications, ce sont les gens résidant dans les zones d'impact du projet qui sont majoritairement employés (plus de 90%).

Pour les autres postes, il y a des efforts conjugués des sociétés et de l'Administration pour un plus grand nombre de Burkinabè notamment dans les postes à responsabilité.

Par le passé, du fait de la nouveauté du secteur, il n'y avait pas toujours dans le domaine technique notamment une main d'½uvre qualifiée locale ; ce qui explique le recours à des employés de pays voisins par exemple. Aujourd'hui cette tendance commence à s'inverser car localement nous avons de plus en plus de personnes qualifiées.

Quelles sont les normes internationales en matière de salaires pour les employés ?

Nous ne pensons pas qu'on puisse parler de normes standards. La négociation salariale est avant nous une discussion entre quelqu'un qui met à disposition son savoir-faire et ses compétences et quelqu'un qui en a besoin. Les salaires d'une mine à l'autre ne sont donc pas forcément harmonisés.

Ceci dit la relation demeure encadrée là aussi par les textes en vigueur, par les accords d'entreprises (grille et politique salariale) et par la loi du marché du travail tout simplement.

Pour mémoire, la CMB travaille avec les partenaires sociaux et le ministère de la fonction publique à la mise en place d'une convention collective sectorielle des mines pour encadrer la relation employé-employeur dans le secteur.

Ces discussions ne sont pas faciles car les mines ont leurs spécificités et c'est un secteur relativement nouveau mais nous restons optimistes sur le sujet.

Quel est l'apport du secteur minier dans le développement du Burkina Faso ?

Les chiffres existent, et le rapport de l'ITIE contient ces données, l'Etat reçoit des points réguliers.

Comment se porte aujourd'hui le secteur minier au Burkina ?

Le secteur minier au BF est à l'image du cours des métaux précieux. Il est manifeste que sur les dernières années, la part des mines a pris de l'importance, elle est passée de 7% du PIB en 2010 à plus de 21% en 2012. On voit donc que le secteur s'installe avec un effet d'entrainement important sur d'autres secteurs de l'économie nationale.

Néanmoins la conjoncture actuelle est marquée par une baisse des prix des métaux précieux et cela n'est pas sans conséquence pour le secteur minier au BF.

En plus de cela, par rapport aux pays de la sous-région, le secteur minier au Burkina Faso reste pénalisé par les coûts des facteurs de production, la taille et la faible teneur des gisements notamment. Il est donc plus difficile de développer une mine au Burkina Faso qu'au Ghana par exemple, toute chose égale par ailleurs.

Le cours de l'or à l'international a connu une baisse ces derniers jours. Quelles peuvent être les conséquences pour les sociétés qui sont présentes au Burkina ?

La baisse des cours de l'Or entraine automatiquement une baisse des recettes pour les sociétés minières mais aussi pour l'Etat. Cette baisse des cours est combinée à la crise financière internationale avec pour effet direct la raréfaction des investissements dans la recherche minière. Cette situation se traduit déjà par une baisse de l'activité dans la recherche minière avec pour corolaire des licenciements. Vous savez aussi que c'est l'activité de recherche d'aujourd'hui qui donnera éventuellement la mine de demain.

La CMB a d'ailleurs adressé une note de conjoncture au Ministère des Mines et au Ministère des Finances sur ces questions. Notre rôle est aussi d'alerter les autorités sur les changements dans notre secteur qui peuvent avoir un impact significatif au niveau du secteur. La situation des entreprises du secteur est quelque peu critique malgré un semblant de rebond des cours de l'or notamment ces derniers jours.

Un nouveau code minier est en élaboration au Burkina Faso. Quelles sont les attentes des sociétés minières ?

Les sociétés minières espèrent un code attractif qui mette l'accent sur le partenariat gagnant-gagnant entre l'Etat, les collectivités et les sociétés minières.

Nous espérons un code qui mette l'industrie minière dans de bonnes conditions face à la concurrence mondiale, un code qui permette d'attirer les investisseurs et qui favorise ainsi le développement du secteur.

Le « boom » minier que les uns et les autres évoquent est en partie dû à l'attractivité du code minier 2003. Il faut que nous continuions dans ce sens pour installer durablement le BF dans les grands pays miniers. Il y a encore 4 ou 5 mines qui peuvent voir le jour à un horizon relativement court, encore faut-il que les conditions de financement et d'exploitation soient réunies pour que cela se concrétise.

D'aucuns trouvent qu'il sera plus exigent à l'égard des sociétés. Quelle est votre position ?

Si « exigent » veut dire plus rigoureux sur les questions de l'environnement, des relations communautaires et l'information financière et autres alors Oui on est pour un code exigent. Par contre si « exigent » veut dire simplement plus de fiscalité et de tracasserie administrative alors il y a le risque de voir certains projets ne pas dépasser le stade des études de faisabilité. Ils seront mis en stand bye ou carrément abandonnés, ce qui n'est pas bon pour notre économie quand on voit les effets entrainant des mines sur le reste de l'économie.

Quelles peuvent être les perspectives pour les investisseurs dans les mines au Burkina ?

Cela dépendra fortement des cours des métaux et des textes en vigueur. Si nous adoptons des politiques pour attirer les investissements alors il y aura des fonds pour explorer de nouvelles zones et même de nouvelles ressources. Le sous-sol Burkinabé est riche et il n'est pas exclu que d'autres minerais puissent être découverts en quantité et qualité suffisantes pour justifier une exploitation industrielle. Pour cela il faut continuer à favoriser l'activité d'exploration et réunir les conditions de développement des projets avancés ou en étude de préfaisabilité.

Le Burkina a été déclaré pays conforme aux normes de l'ITIE en février dernier. Qu'est-ce cela peut rapporter concrètement aux sociétés minières ?

Les sociétés minières ont été partie prenante au processus de mise en conformité aux normes ITIE. Cela améliorera la qualité de l'information et mettra encore plus de transparence dans les flux financiers liés aux industries extractives. Il est donc heureux que notre pays accède à ce statut et de concert avec tous les partenaires nous continuerons à agir dans le sens de la transparence.

Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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