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Thierno Lô, ex-N

Depuis sa démission de la Convergence démocratique/Bokk gis gis, de Lô a coulé sous les ponts. Thierno, engoncé dans son fauteuil, visitant la toile des informations, respire une vie de retraité. Bien des fonctions gouvernementales. Mais le voilà qui revient avec un «mouvement politique citoyen», comme il le qualifie. L'Alliance pour la paix et le développement/Gëm sa bopp entend «renforcer la majorité» Benno bokk yaakaar. Mais entre Apr et Apd, il y a une «Alliance» en commun et un «R» de différence. Il n'est pas encore à l'Apr, mais l'ancien ministre libéral conjugue son statut d'opposant au passé. Il n'a plus le même gis gis (point de vue) que Pape Diop à cause d'un problème de tendances dès le départ. Dans cette première partie, Lô fait aussi un retour aux sources de son aventure avec le Pds.

Que vous inspire ce débat sur l'inéligibilité pendant 10 ans de toute personne coupable de détournement de deniers publics ?

J'ai toujours dit que le problème du Sénégal n'était pas les réformes des textes. Ce qui existe dans le Code pénal en vigueur est assez suffisant pour sanctionner ou pour faire perdre à certains leur éligibilité par rapport à des actes qu'ils auraient commis. Il est venu le moment de cesser d'être une classe politique qui cherche des couloirs de conservation et de prise de pouvoir. On assiste à des coups bas et des tentatives de neutralisation.

En parlant de «neutralisation», pensez-vous, comme le Pds et une partie de la société civile, que cette inéligibilité relève d'une volonté d'éliminer des adversaires de Macky Sall ?

Dans la façon de faire, depuis la traque des biens supposés mal acquis, on donne l'impression d'une justice téléguidée et qui veut effacer une formation politique. C'est dommage ! La question de transparence doit faire l'objet d'un consensus entre les acteurs politiques. Nous n'avons pas le droit de dilapider les ressources du pays et d'offrir cette image piteuse aux jeunes générations. Il est temps de montrer que la gestion vertueuse incombe à tous et que tout contrevenant doit être traduit en justice parce que ce n'est pas normal de prendre un voleur de poulets et laisser libre un voleur de milliards.

Quitte à lui faire perdre son éligibilité ?

Tout à fait. Cette disposition existait déjà. Pourquoi on demande un casier judiciaire ou on fait une enquête de moralité ? L'Administration doit agir en amont. Nous devons appliquer les textes au lieu d'en rajouter, mais surtout ne pas donner cette impression de vengeance qui discrédite la classe politique.

Dix ans, ça ne vous paraît pas beaucoup ?

Dix ou quinze ans, c'est le fait qui doit être sanctionné. Mais très franchement, c'est le gouvernement qui s'y est mal pris dans sa communication. C'est pour moi l'occasion de reconnaître qu'on peut tout reprocher aux Socialistes sauf d'être des hommes d'Etat. Le Parti socialiste avait imposé le sens de l'Etat et de la République. Mais aujourd'hui, avec la communication faite par le ministère de la Justice sur cette traque des biens supposés mal acquis, on a trahi cette opération de salubrité. C'est pourquoi je n'applaudis pas des deux mains cette inéligibilité. Elle me donne plutôt l'impression de cibler des personnes qui, demain, pourraient aspirer à prendre le pouvoir.

Sauf que cette inéligibilité pendant 10 ans concerne aussi des hommes de l'actuel pouvoir...

Les Sénégalais ont aujourd'hui d'autres urgences que de parler de l'inéligibilité : les inondations, le chômage, le pouvoir d'achat. Et voilà pourquoi il y a un déphasage entre la classe politique et les populations.

Vous aviez annoncé une conférence de presse sur votre démission de Cd/Bokk gis gis après le Magal de Darou Mousty. Vous ne l'avez pas tenue. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Quand j'ai déposé ma lettre de démission, j'avais dit à la presse que je me prononcerai après le Magal de Darou Mousty. Après le Magal ne veut pas dire deux, trois jours ou un mois. Effectivement, j'ai profité de cet évènement pour consulter des amis, parents et pour rendre compte à certains guides religieux. Aujourd'hui, j'en suis à la mise en place d'un comité qui, en ce moment même, est en train de se réunir au Cices pour retenir la date de lancement de mon mouvement politique citoyen qui sera un socle de discussion, de dialogue et de prise en charge des préoccupations des Sénégalais. (Ndlr : L'entretien a eu lieu mardi)

Quelle est la dénomination de ce mouvement ?

Ce mouvement s'appelle l'Alliance pour la paix et le développement (Apd/Gëm sa bopp). Pour nous, il faut une nouvelle majorité pour que nous puissions aller très vite de l'avant parce qu'il y a énormément de choses que nous devons prendre en charge. Regardez très bien le parcours de Thierno Lô : j'étais un militant de la Cdp/Garab-gui avant de fusionner avec le Pds et certains ne font pas la différence entre fusion et transhumance. Donc, nous avons fondu notre parti dans le Pds et nous sommes devenus des Libéraux. Nous avons accompagné Abdoulaye Wade, mais je n'ai jamais été accepté par les éléments du Pds.

Iba Der Thiam, lui, en tant que numéro 1 de la Cdp/Garab-gui était accepté...

Iba Der n'était même pas accepté par le Pds. A la vérité, il avait des rapports particuliers avec le Président Wade. En plus d'avoir tous les deux une complicité intellectuelle, Iba Der dirigeait la coordination des cadres de la Cap21, coalition qui soutenait le président de la République. Mais les Libéraux ne voulaient pas voir d'autres gens autour du Président.

Qui sont ces Libéraux ?

Je ne vais pas les citer ; vous les connaissez.

Non, nous ne les connaissons pas, dites-nous.

Si, vous les connaissez parce que vous avez suivi l'histoire politique du Sénégal. Vous savez que le Pds n'aime pas les corps étrangers. Ce sont des groupes de copains qui s'acoquinent et qui fonctionnent ensemble autour du Président. Lorsque je suis venu, j'ai percé ce dispositif pour me rapprocher de Wade. Cela m'a valu tous les coups bas. J'avais des rapports particuliers avec le Président parce que nous partagions des choses essentielles : je suis issu du secteur privé ; lui est consultant. Il va vite, innove et croit aux compétences des Sénégalais. J'étais à l'aise avec lui.

Vous ne le lui avez pas rendu, en quittant son parti après son départ du pouvoir...

Comprenons-nous très bien. J'étais avec Abdoulaye Wade et je l'ai accompagné. Quand sa candidature était incertaine, je l'ai défendu. Malgré les soubresauts politiques, nous sommes restés sereins et lucides. Cependant, nous savions que nous ne nous étions pas préparés à gagner l'élection pour n'avoir pas eu le temps de faire de 2011 une année de débats pour que 2012 soit une année de choix. Nous n'avons pas non plus eu le temps de montrer, sous l'effervescence médiatique, les réalisations de Abdoulaye Wade que les Sénégalais commencent à voir maintenant avec l'autoroute à péage, le Grand Théâtre, etc. Je savais qu'on allait perdre les élections, mais jamais l'idée d'abandonner le navire ne m'a traversé l'esprit. Darou Mousty était bleu au premier et au second tour. Alors, quand l'homme avec qui j'avais des rapports particuliers prend sa retraite, concédez-moi ma liberté de continuer mon combat politique. Si Abdoulaye Wade n'a pas pu, alors qu'il était au pouvoir, mettre en place cette équipe pour éviter le déluge après lui, est-ce que je dois rester dans cet embryon qui reste du Pds ?

En quoi c'est un embryon ?

C'est un embryon parce que tout le monde est parti. Abdoulaye Wade, Bokk gis gis, Abdoulaye Baldé, bref, 90% de l'âme du Pds sont partis ou sont à la retraite. Il y a beaucoup de personnes qui ont décidé de ne plus faire de la politique. A partir de ce moment, est-ce que les gens peuvent me convaincre de rester dans ce petit groupe où chacun a son morceau pour dire que s'il ne dirige pas le Pds, il s'en va ? Pourquoi je dois rester là-bas, avoir des heurts avec certains alors que j'ai la possibilité de poursuivre mon combat politique ? J'ai quitté le Pds parce que Abdoulaye Wade n'est plus Secrétaire général du parti.

Pourtant il l'est toujours. Oumar Sarr n'est que coordonnateur...

Attendez ! Il se prépare à céder le parti. Je ne peux pas rester avec un secrétaire général qui ne peut plus être candidat, ni maire ni président de la République. Vous savez pertinemment que Abdoulaye Wade a pris sa retraite et cherche quelqu'un pour le remplacer. Vu les personnes qui l'entourent et le mode de fonctionnement du Pds, je ne peux plus évoluer dans un tel cadre.

Vous pensez qu'ils ne peuvent pas continuer l'½uvre de Wade ?

Ils ne peuvent pas parce que Wade a échoué quelque part sur la mise en place de cette équipe de pérennisation du parti. Parmi ceux qui restent, personne n'accepte d'être dirigé par l'autre. Abdoulaye Wade n'a pas choisi les voies démocratiques de renouvellement des instances du parti. C'est quand il était au pouvoir qu'il aurait dû le faire et pas maintenant. Je n'ai pas à perdre mon temps avec un embryon. C'est ma liberté et les gens doivent la respecter.

Est-ce que vous étiez de ceux qu'on considérait comme pro-Pape Diop ou pro-Oumar Sarr dans la bataille de succession de Wade ?

Je n'ai jamais été dans des tendances. La succession de Wade ne peut pas se décréter comme ça et je suis convaincu que ceux qui sont restés ne peuvent pas refaire le Pds parce qu'ils n'acceptent pas les principes démocratiques. Je ne fréquentais pas mon ami Pape Diop quand j'étais au Pds. La preuve, c'est quand il est venu solliciter mon soutien, je lui ai demandé où se trouvait sa maison. Donc, il n'y a rien qui nous lie. Lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale, je n'étais pas dans ses couloirs, encore moins quand il était président du Sénat ou quand il était tout puissant auprès de Abdoulaye Wade. Il me trouvait dans le bureau de Wade et il me laissait là-bas. Il est venu me dire que nous pouvons mettre en place une force politique parce qu'il connaît mon coefficient et le sien pour mettre en place une grande force politique qui repose sur un socle démocratique avec la vente des cartes et la liberté des militants de choisir leurs responsables. Alors, je suis parti avec cette envie sans me soucier de celui qui va être le leader de Bokk gis gis. Quand il a été élu président, cela ne m'a pas gêné parce que j'ai l'humilité d'accepter que quelqu'un me dirige.

Mais vous aviez dit en tant que vice-président que Pape Diop n'était pas votre patron ?

Je ne l'ai jamais dit. J'ai fait une seule sortie pour dire que j'ai effectivement démissionné de la Convergence Bokk gis gis et que je me prononcerai sur cette question après le Magal de Darou Mousty. Auparavant, je n'avais aucun intérêt à dire que Pape Diop ne peut pas être mon président. Quand on le choisissait, j'étais le président de Bokk gis gis. Je respecte le fonctionnement démocratique.

Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné pour que vous quittiez Bokk gis gis ?

Bokk gis gis était une coalition de partis et de mouvements de la société civile pour les élections législatives avant de devenir un parti politique. J'ai les meilleurs rapports avec Pape Diop et avec ceux que j'ai côtoyés à Bokk gis gis. Ce qui s'est passé, c'est que je me suis rendu compte qu'il y avait un mouvement qui était en train de naître. Donc Pape Diop avait déjà son personnel et moi, le mien. C'est ainsi que dès le départ, je me suis rendu compte que nous risquons de nous confronter à un phénomène de tendances et que ça n'ira pas loin parce qu'il y a des habitudes qui sont tenaces. J'ai trouvé Pape Diop dans son bureau pour lui dire : «Je ne veux pas qu'il y ait des problèmes entre lui et moi dans l'avenir car, pour ce qui reste de ma vie, il n'est plus question que je me chamaille en politique. Je n'ai plus le coefficient physique ni intellectuel pour mener ce combat politique. Je voudrais qu'on préserve nos meilleurs rapports, et avec les personnes qui sont derrière moi, je veux me retirer. Demain, l'histoire pourrait nous ré-unir.»

Quelle a été sa réponse ?

Il ne voulait pas que je parte, mais ma décision était déjà prise avec d'autres personnes que je ne peux pas citer. Elles ne viennent pas pour être derrière, mais avec Thierno Lô dans un cadre de réflexion, de dialogue politique, de régulation, etc.

Considérez-vous votre compagnonnage avec Pape Diop comme une erreur ?

Pas du tout ! Je n'ai rien perdu en étant avec Pape Diop. Quand des gens se rendent compte que leurs relations peuvent aboutir à des déchirures, mieux vaut arrêter dès le départ et essayer de préserver l'essentiel. Cela doit être salué par tout le monde. Nous nous sommes séparés en gentlemen. Personne ne m'entendra dans des invectives avec Pape Diop ou un autre.

Y a-t-il eu un problème entre vous et Pape Diop à propos de la nouvelle permanence de Bokk gis gis ?

Il n'y a jamais eu de débat sur la permanence. C'est vraiment un épiphénomène. Nous étions en face de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Pape Diop a mis sa maison à la disposition du parti. Cette permanence était très exiguë et il m'avait dit que nous allions déménager dans sa maison qui se trouve sur la Vdn. Je n'ai jamais eu de contradictions de ce genre avec Pape Diop ou sur des questions de fonctionnement ou de poste. Rien n'est définitif. Je crée quelque chose et lui en a déjà. J'aurais pu retourner à la multinationale dans laquelle j'étais. Mais j'ai fait le choix de rester au Sénégal pour construire une société qui permettra à mes enfants de s'épanouir.

Après votre démission de Bokk gis gis, on vous a prêté l'intention de rejoindre Macky Sall et son parti. Qu'en est-il ?

Au Sénégal, les gens ont parfois la paresse de la réflexion. A chaque fois que quelqu'un quitte le Pds ou une autre formation politique, on dit qu'il va chez Macky Sall. Si aujourd'hui je voulais aller à l'Apr, je ne demanderais l'autorisation de personne. Tout ce que j'endure, c'est ma famille qui en répond. Je n'ai de comptes à rendre à personne sur mes choix politiques ! J'aurais pu dire : «Je vais à l'Apr, basta !» Où est le problème ?

Est-ce que vous y aviez pensé ?

Non, si je voulais le faire, je vous aurais répondu : «Oui, je suis à l'Apr.» Et vous en tirez tous les commentaires que vous voulez.

Je vous pose la question alors...

Moi je garde ma réponse. Quand j'ai quitté, les gens ont dit que Thierno Lô est un ami de Macky Sall patati patata...

Vous êtes quand même amis, non ?

On a été ensemble dans le gouvernement ; on a eu de très bons rapports. (...) Nous avons été aussi dans le Pds. On nous a sortis du gouvernement en même temps. Nous nous sommes retrouvés à l'Assemblée nationale. Là aussi, nous avons eu les meilleurs rapports. Après, il a eu l'idée de créer une formation politique et moi j'ai préféré rester auprès de Abdoulaye Wade. J'ai combattu Macky Sall sur tous les plateaux de télé et si j'avais réussi ma mission, il ne serait pas aujourd'hui président de la République du Sénégal. Mais Dieu a fait que c'est lui le président de la République. J'étais dans l'opposition, maintenant j'ai décidé de créer un mouvement.

Vous étiez dans l'opposition ; alors, vous n'y êtes plus ?

J'étais dans l'opposition veut dire d'abord au Pds, ensuite à Bokk gis gis. Maintenant, je vais créer avec des amis ce mouvement qui va avoir pour objectif de rassembler les Sénégalais. Nous ne sommes pas pour une recomposition de la famille libérale qui viendrait aujourd'hui disloquer Benno bokk yaakaar. Nous voulons que Macky Sall renforce sa majorité, c'est-à-dire ceux qui ont, à un moment donné, choisi de l'accompagner pour faire de lui le président de la République : c'est l'Apr, Macky­2012, Benno bokk yaakaar. Nous étions de l'autre côté pour essayer de faire en sorte que Abdoulaye Wade conserve le pouvoir.

Est-ce que vous allez la renforcer avec votre mouvement ?

Quand je dis «renforcer», ne voyez pas par-là une manière d'aller de­mander un poste ministériel. Macky Sall est un serviteur de la République et chacun d'entre nous doit jouer sa partition pour qu'il n'échoue pas, mais pour qu'il améliore le bien-être des Sénégalais...

Pour être clair, vous n'êtes pas prêt à vous opposer à Macky Sall, mais à renforcer sa majorité...

Ne dites pas «vous opposer à Macky Sall»...

Mais parce qu'il y a une opposition...

Je ne personnalise pas. Analysez bien dans quel cadre je parle. Ce que je dis va être très difficile à expliquer parce que les Sénégalais pensent que soit on est de l'opposition soit on est du pouvoir. Je ne suis pas de l'Apr ni de la mouvance de Macky Sall. Je suis dans une organisation avec des Sénégalais pour rassembler toutes les intelligences et trouver des solutions pour venir à bout des problèmes de l'agriculture.

C'est la contribution qui vous a valu quelques intentions de rejoindre l'Apr...

Nous tous nous sommes d'accord, dans ce pays, que la voie de sortie, c'est l'agriculture. Nous avons tous entendu parler de l'environnement, nous nous disons que ce n'est pas l'Etat qui doit créer des emplois, mais le secteur privé. Mais quel secteur privé ? Quel encadrement ? On va y réfléchir pour la mise en ½uvre...

Dans votre lettre ouverte au président de la République, vous dites : «Je vous prie de croire à mon entier dévouement et ma contribution au Yoonu yokkuté». Rejoignez-vous le programme présidentiel ?

Mais quand le président de la République dit qu'il a un programme qui s'appelle Yoonu yokkuté, cela veut dire que c'est un programme qui est là pour changer les conditions de vie des Sénégalais. J'ai voulu lui montrer que le meilleur chemin pour y arriver, c'est la bonne maîtrise du secteur de l'agriculture adossé sur une banque de développement. C'est la raison pour laquelle j'ai fait cette contribution avec générosité pour que le Président ou les autres puissent en discuter. J'ai voulu donc que les Sénégalais viennent approfondir la réflexion pour que nous puissions en tirer des synthèses qui vont nous permettre d'aller de l'avant.

Et cette voie, c'est le Yoonu yokkuté ?

Je vais vous dire, en toute honnêteté, que j'ai entendu les gens discuter du Yoonu yokkuté, mais je n'ai pas lu ce programme-là.

Vous ne l'avez pas lu ou vous ne l'avez pas vu ?

Je ne l'ai pas lu du tout...

Mais vous l'avez vu ?

Je l'ai vu, mais je n'y comprends rien. Je n'y ai pas vu des choses qui peuvent véritablement attirer mon attention. Tout ce que je sais, c'est que le Président a parlé de l'agriculture en invitant les Khalifes à l'aider dans ce secteur. Aujourd'hui, nous ne devons pas être le dernier de la classe. C'est vrai que nous avons connu des élections dé­mocratiques, un pluralisme médiatique, le développement de société civile, le multipartisme, etc. Mais au fond, nos populations ne sont pas impliquées dans les débats puisque nous avons 3 millions d'électeurs sur une masse électorale de 6 à 7 millions. Ensuite, la plupart de nos infrastructures datent de la période coloniale. Des pays qui ont connu des coups d'Etat comme le Mali, la Côte d'Ivoire, la Guinée sont en train de faire des pas de géant. Notre voisin Yahya Jammeh est en train de refaire son port. Après, la Côte d'Ivoire va se connecter au Mali avec la création d'une zone de libre circulation de marchandises. Si nous ne réhabilitons pas le chemin de fer Dakar-Bamako, le port de Dakar va mourir. Les investisseurs qui viennent aujourd'hui pourront aller au Mali qui essaye de renaître.

Avec la Cdp/Garab-gui, vous aviez fusionné avec le Pds. Est-ce possible que votre mouvement fasse la même chose avec l'Apr?

Pourquoi vous me parlez de fusion avec l'Apr ?

C'est une question...

Cette question, il ne faut pas la poser à Thierno Lô. (Rires) Je suis en train de mettre quelque chose en place avec des Sénégalais. Je ne peux pas me permettre de les insulter en disant que je vais fusionner.

Votre mouvement compte beaucoup sur les Mbacké-Mbacké aussi...

On ne peut rien faire dans ce pays sans les familles religieuses. Je suis les familles religieuses et je sais qu'elles sont des pions essentiels de notre dispositif en tant que régulateurs sociaux. Et je crois à ces familles religieuses. Regardez la doctrine mouride avec le sens du travail, comment peut-on construire le Sénégal et ne pas s'adosser à ces gens qui constituent le poumon économique du pays ? (...) Le Sénégalais a besoin d'emploi et d'accroître son pouvoir d'achat parce que même si vous vendez le kilo de riz à 25 francs, si vous ne travaillez pas, vous ne pouvez pas l'acheter. Développons le secteur privé, notre agriculture, notre tourisme pour que les gens puissent trouver de petits métiers qui leur permettent de vivre. Nous avons tout ce qu'il nous faut pour nous développer, mais il nous manque la volonté.

Est-ce que cette volonté est là avec le régime actuel ?

C'est cette volonté-là qui manque. Elle est inexistante pour le moment. (...)

Pour les Locales, Thierno Lô ira-t-il seul avec son mouvement ou en coalition ?

Moi qui vous parle d'unité, de rassemblement, je ne peux pas faire dans le solo. Nous allons apprécier selon les collectivités, si nous devons aller sous notre propre bannière ou avec des forces organisées.

Vous avez de sérieux concurrents à Darou Mousty : c'est Ibrahima Sall et Modou Diagne Fada...

Ne me parlez pas de concurrents ! Modou Diagne est au Pds et c'est mon frère ; Ibrahima Sall est au Model et c'est un cousin. Nous sommes tous de Darou Mousty et aujourd'hui, si nous nous rassemblions, nous pourrions ensemble faire quelque chose pour notre contrée.

Sauf qu'ils sont vos concurrents naturels.

(Il s'ajuste) Il y a un plaisir que vous n'allez plus avoir : voir Thierno Lô cogner Modou Diagne Fada.

Quotidien

Rewmi

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