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Conflit social à Total : LES AGENCES DE PLACEMENT MISES EN ACCUSATION

Les employés de stations-services dénoncent le traitement arbitraire dont ils sont victimes. Mutisme en face

Pour les gérants de stations-services Total, les dommages sont déjà là et ils paraissent suffisamment inquiétants : plus de 216 heures de travail perdues et des recettes conséquentes envolées. A l'origine de ce manque à gagner se trouvent les grèves perlées déclenchées  par les employés des stations Total qui projettent d'ailleurs d'autres actions si leurs conditions de travail ne s'améliorent pas. Précision qui a son importance, le mouvement des travailleurs n'est dirigé ni contre la société des hydrocarbures qui possède les stations, mais ne les gère pas ; ni même contre leurs employeurs directs que sont les gérants. Leur colère cible tout particulièrement la Société malienne de nettoyage et de service (SOMANETS), une agence de placement qui les a recrutés au profit des stations-services.

L'univers de la distribution de carburant fonctionne de manière particulière. La compagnie Total n'a aucune relation directe avec le personnel (pompistes, garagistes, laveurs, man½uvres) qui travaille dans ses stations. Ces dernières sont données en gérance libre à des opérateurs économiques locaux qui à leur tour s'adressent à des agences de placement comme la SOMANETS pour la fourniture des profils dont ils ont besoin. Les travailleurs recrutés sont, dans un premier temps, mis à la disposition de la direction générale de Total-Mali pour suivre un apprentissage au métier qu'ils vont pratiquer sur la station.

Après cette période d'apprentissage, ils sont renvoyés à leur employeur qui les utilisent en fonction de leurs besoins, mais conformément aux dispositions du Code du travail en vigueur dans notre pays. Les gérants abandonnent cependant à l'agence le traitement administratif des employés. Et c'est là que pour les intéressés le bât blesse. Les salariés reprochent aux agences de placement de procéder à des licenciements abusifs, de distribuer des blâmes injustifiés, de ne pas respecter le Code du travail, de ne fournir aucune couverture sociale, de se montrer injuste dans le traitement du personnel, et bien d'autres anomalies. Depuis bientôt un an ils demandent un statut juridique clair qui les rattacherait directement à la compagnie pétrolière, de meilleures conditions de travail, une couverture sociale et des traitements homologués dans toutes les stations-services.

Selon Boubacar Cissé, secrétaire général du comité syndical des employés des stations Total-Mali, toutes les actions entreprises pour la réalisation de ces demandes légitimes auprès de la direction générale de l'entreprise-employeur ont échoué ou alors conduit au licenciement de membres du comité syndical ou des émissaires du personnel.

Dans la confrontation en cours, la compagnie de distribution des hydrocarbures a nettement ses distances. Bourahima Guindo, chargé de mission et responsable de la communication et relations publiques à la direction générale de Total-Mali, tient à rappeler que sa société n'est pas exploitant des stations, même si elle en est propriétaire.  « S'il y a un problème, indique-t-il, c'est entre les gérants et leurs employés, un point c'est tout. Cela n'engage aucunement notre compagnie, même si à un moment donné nous avons voulu intercéder entre les différents protagonistes ».

Selon notre interlocuteur, la compagnie Total respecte strictement le Code malien du travail et veille à ce que les prestataires le fassent scrupuleusement. « Toute violation de ces principes, peut conduire à une résiliation pure et simple du contrat qui nous lie aux prestataires », soutient Bourahima Guindo.

 

UN MANQUEMENT CERTAIN A LA LOI - Comme les gérants excipent également de leur bonne foi, il faut bien reconnaître que c'est entre SOMANETS, le plus gros pourvoyeur en personnel des stations Total et les salariés de celles-ci que le torchon brûle. En fait, les travailleurs n'ont pas de mots assez durs pour fustiger le manque de scrupules démontré à leur égard par les agences de placement. En plus des griefs exprimés plus haut, les employés se plaignent aussi du niveau disparate des salaires dont le montant semble varier à la tête du client. Certains par exemple sont payés à 55.000 Fcfa, tandis que d'autres pour le même travail ne perçoivent que 30.000 Fcfa comme salaire mensuel. Cette pratique va à l'encontre des dispositions du Code du travail qui stipule en son article 95 qu'à conditions égales de travail, de qualification professionnelle et de rendement, le salaire est égal pour tous les travailleurs, quels que soient leur origine, leur sexe, leur âge et leur statut dans les conditions prévu par la loi n°92-020 du 18 août 1992 portant Code du travail en république du Mali. C'est d'ailleurs au respect de ces dispositions qu'appelle Fousseini Touré, secrétaire général du Syndicat national de la construction civile, des mines et de l'énergie (SYNACOME), une organisation  à laquelle est affilié le comité syndical des stations Total.

A la direction régionale du travail de District, l'affaire est prise très au sérieux. Selon Soungalo Dembélé, chef de division et inspecteur du travail à la direction régionale du travail du District de Bamako, l'article L14 du Code du travail stipule certes que les contrats de travail sont passés librement entre les parties contractantes. Cependant, cette disposition ne met nullement en cause les obligations sociales de l'employeur vis-à-vis de l'employé ainsi que formulées dans l'article 163 du Code de prévoyance sociale qui exige de tout employeur de déclarer ses salariés dans les huit jours qui suivent leur recrutement.

En ce qui concerne les licenciements, le technicien reconnaît un manquement certain à la loi de la part de SOMANETS. Car, selon le Code du travail, un licenciement ne peut intervenir qu'après enquête de l'inspecteur du travail sur les motifs de cette mesure. Si les faits évoqués par l'employeur sont constitutifs de la sanction, l'inspecteur délivre un avis positif après toutefois que les solutions alternatives aient été explorées par les deux parties.

Dans certains cas, les licenciements sont jugés recevables car les intéressés sont coupables de faits constitutifs de licenciement. Comme par exemple le vol ou encore l'insubordination notoire. Récemment la cause de deux responsables de boutique qui ont abandonné leur poste au motif qu'ils n'avaient pas d'heures supplémentaires a été jugée indéfendable. Cet incident est survenu le jour même d'une inspection inopinée de Total comme l'exige le contrat entre la compagnie et ses collaborateurs. L'employeur a licencié à juste raison les deux employés, coupables de faute grave. Car dans les éléments du salaire de ces deux employés existe une colonne libellée « primes de contraintes », ces dernières tenant lieu de primes d'heures supplémentaires.

Mais très souvent les licenciements dans les stations ne se justifient pas aux yeux de la loi, reconnaît Dembélé selon qui le différend entre SOMANETS et ses employés est un conflit structurel dans lequel Total n'a rien à voir même si moralement elle est autant concernée que l'agence de placement.

Toutes nos tentatives pour recouper ces informations à SOMANETS et entendre le point de vue de l'agence sont restées sans suite. Cette réticence ne surprend guère à la direction régionale du travail dont d'antérieures sollicitations se sont heurtées au même mutisme. En attendant, le feu de l'exaspération continue de couver. Ce qui n'est jamais une bonne chose pour une station-service.

L. DIARRA

L'essor

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