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Abdoulaye Wade donne une interview à Reuters au Palais présidentiel à Dakar, Sénégal, le 8 mars 2008. REUTERS/Finbarr O'Reilly
Abdoulaye Wade donne une interview à Reuters au Palais présidentiel à Dakar, Sénégal, le 8 mars 2008. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Au Forum social, Wade, Lula et Aubry règlent des comptes

Les vies politiques française et sénégalaise se sont invitées au Forum social mondial organisé à Dakar. De quoi pimenter un peu des débats bien fades.

Du 6 au 11 février 2011 Dakar, la capitale du Sénégal, accueille la 11e édition du Forum social mondial (FSM), la plus grande rencontre altermondialiste. A la cérémonie d’ouverture, le discours d'Abdoulaye Wade, le président sénégalais, a agacé les participants.

«Depuis 2000, je suis votre mouvement. Mais, je me pose la question de savoir ce qu’il y a de nouveau. Vous n’avez pas changé le monde. Je suis un libéral. Je suis un partisan de l’économie de marché et non de l’économie d’Etat. Je vous demande de me suivre dans ma façon de réaliser.

Je suis de ceux qui veulent changer le monde. Si je vous reçois ici, c’est parce que j’estime que tous les hommes ont le droit de s’exprimer où ils veulent. Je suis un libéral et mon désaccord avec vous est profond», a-t-il déclaré à côté de Lula, l’ex-président brésilien, devant un parterre d’altermondialistes.

Le président Wade introduisait le thème «La place de l’Afrique dans la géopolitique mondiale». Un discours qui a provoqué l’ire des altermondialistes qui l’ont tout bonnement chahuté, en scandant le nom de Lula. Après cette valse de huées, Abdoulaye Wade a repris la parole et jeté un autre pavé dans la mare: «Lula a changé le Brésil. Tout le monde est d’accord sur cela. Mais il n’a pas changé le monde.»

Pour certains analystes, ce discours est une réaction au refus de l'ex-président brésilien d’assister au 3e Festival mondial des arts nègres organisé en grandes pompes à Dakar du 10 au 31 décembre 2010. Invité d’honneur, le Brésil avait envoyé une importante délégation mais Lula avait décliné l’invitation de son homologue sénégalais. Un refus que Wade ne semble pas lui pardonner.

Martine Aubry «disqualifie» Wade

En marge du FSM, la première secrétaire du Parti socialiste français, Martine Aubry s’est exprimée sur la polémique entourant la candidature du président sénégalais en 2012. En visite dans les locaux de la télévision Futurs Médias de l’artiste-compositeur Youssou N’dour, Martine Aubry a «invalidé» la candidature de Wade, 84 ans, estimant qu'il n’avait pas le droit de briguer un troisième mandat en 2012.

«Je dirais que j’ai compris qu’il y a une Constitution qui dit qu’il doit y avoir deux mandats. C’est ce que j’ai lu. Je ne me mêle pas des affaires intérieures, j’essaie d’expliquer le droit. Le droit je l’ai lu comme ça», a-t-elle expliqué.

Une déclaration qui a agacé de nombreux Sénégalais, qui estiment que des hommes politiques de l’ex-puissance coloniale n’ont pas à s’immiscer dans la vie politique de leur pays. Sur RFM, la radio de Youssou N’dour, (l’une des plus populaires du Sénégal), un éditorialiste a vivement conseillé à Martine Aubry de s’intéresser à sa présidentielle plutôt qu'à la leur. Il lui a rappelé sa rivalité avec Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal dans le cadre des primaires du Parti socialiste français.

Martine Aubry a d’ailleurs été rattrapée par sa politique intérieure. Alors que des journalistes français lui demandaient de réagir à la récente déclaration d’Anne Sinclair (celle-ci a expliqué dans le Point qu’elle ne souhaitait pas que son mari, Strauss-Kahn, effectue un second mandat à la tête du FMI), la première secrétaire du PS a répondu: «Vous me faites honte!»

La mauvaise organisation décriée

Certains participants déplorent le manque d’organisation du Forum de Dakar. Ils dénoncent notamment e processus de préparation, très en retard. En effet, les commissions mises en place il y a deux ans n’ont pas fait leur travail pour des raisons liées essentiellement à leur incompétence et leur manque d’expérience, mais surtout du fait que le nouveau recteur de l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) voulait remettre en cause la décision prise il y a plusieurs mois de mettre à la disposition du comité d’organisation les locaux de l’université. Ce problème a été réglé, mais les négociations ont pris du temps —au détriment de la préparation logistique. Du coup, à une journée de l'ouverture du FSM, le programme n’était pas prêt et la répartition par salles des activités autogérées toujours pas décidée.

Les coupures fréquentent d’électricité vont certainement également ennuyer les participants, car celle-ci est rationnée aux différents quartiers de Dakar selon une répartition bien définie par la Société nationale d’électricité.

A l’Université de Dakar, un des sites du Forum, les étudiants ne se sentent pas très concernés. Beaucoup d’entre eux n’ont pas été associés. Babacar Seck, un étudiant à la Faculté de Médecine, dit ne pas savoir ce qui se passe sous les tentes disposées près du Rectorat.

Son camarade Mor Diouf n’en dit pas moins. «Comment peut-on organiser un évènement d’une telle ampleur et ne pas impliquer les étudiants qui constituent une véritable force vive?», s’interroge-t-il.

 Ndèye Khady Lo

Ndèye Khady Lo

Journaliste sénégalaise.

Ses derniers articles: Les ferrailleurs sénégalais en guerre contre les Chinois  Sénégal, requiem pour le «Sopi»  Peur sur Dakar 

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