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Quand le Roi secoue le cocotier politique: Un discours décapant, franc et direct

Le discours royal du 20 août 2013 est incontestablement l'allocution la plus franche, la plus directe, mais aussi la plus sévère et la plus critique jamais prononcée par le Roi Mohammed VI depuis son accession au Trône en juillet 1999 !

Jamais, de mémoire de Marocain, on n'avait entendu le Souverain adresser des reproches aussi bien sentis que directs à un gouvernement, ni reconnaître que nos universités produisaient des chômeurs et encore moins stigmatiser fortement la dérive populiste et démagogique d'hommes politiques qui font des attaques ad hominem l'essentiel de leur démarche partisane.

C'est pourtant ce qui s'est produit au beau milieu d'un mois d'août où les citoyens observent le plus souvent une période de relâche induite soit par la période des vacances, soit par les jours fériés de ce mois d'été.

Enoncer à la Nation que le système éducatif était producteur de diplômés en total déphasage avec les besoins du marché du travail, reconnaître que les filières universitaires étaient inadaptées et inutiles, critiquer fortement la politique linguistique suivie par l'Education nationale et qui a abouti à fabriquer des « analphabètes bilingues», stigmatiser le gouvernement Benkirane (et son ministre El Ouafa) pour l'immobilisme et le laxisme dont il a fait preuve depuis son arrivée aux affaires, (une critique qui ne vaut pas uniquement pour l'enseignement d'ailleurs !), voilà quelques unes des vérités amères que le Roi a reprises ce mardi 20 août, avec lucidité, courage et humilité.

A ces constats que pourrait parfaitement s'approprier l'opposant le plus farouche, on rajoutera les autres observations pertinentes du Souverain qui, ainsi, a montré aux Marocains qu'il était parfaitement conscient des inégalités qui caractérisent la société, mais aussi des difficultés qui constituent l'essentiel du quotidien de larges couches de notre peuple.

En condamnant la dérive élitiste, en dénonçant les disparités induites par l'argent, en rabaissant la morgue des nantis (du banquier au pilote…), en réhabilitant le travail manuel, la formation professionnelle et technique, en critiquant avec énergie le monolinguisme (cher aux conservateurs, du PJD ou de l'Istiqlal…), mais aussi en rappelant qu'aujourd'hui les maçons, les ferronniers, les plombiers ou les «nounous» viennent d'Afrique subsaharienne, d'Europe du sud ou d'Asie pour occuper des emplois que des Marocains délaissent, le Roi a interpellé nos jeunes concitoyens qui, lorsqu'il s'agit de travail, pensent trop souvent à la sécurité d'un job dans l'Administration, au salaire garanti et à la carrière assurée !

Mais telles ne sont pas les seules dimensions de ce discours qui fera date. En effet, le Roi s'est totalement départi en cette occasion, de sa pratique antérieure, qui voulait jusque-là que le Souverain garde ses critiques et ses reproches pour les réunions en tête à tête avec les principaux concernés.

C'est le Peuple marocain en son entier qui a été pris à témoin par SM Mohammed VI dans son apostrophe directe du gouvernement Benkirane qui n'a pas poursuivi l'action réformatrice entamée par l'équipe précédente dans le champ de l'Education. Et c'est parce que le PJD, le MP et le PPS sont des formations par trop velléitaires, incapables d'actions et de décisions courageuses, que le Roi a pris les devants en donnant provisoirement à l'actuelle Commission supérieure de l'Enseignement les pouvoirs et prérogatives qui lui permettront de mener à bien une mission que les politiques n'ont pas voulu assumer. Et la critique royale a été immédiatement suivie d'effet puisque dans la foulée de cette allocution, M. Omar Azziman, conseiller du Souverain, a été nommé à la tête de cette Commission provisoire. Une mission que l'ancien président et fondateur de l'OMDH saura mener rapidement à bien, assurément.

Franchise, sévérité des constats, critique directe et frontale, voilà trois caractéristiques de ce discours du 20 août 2013, auxquelles il faut ajouter sans doute la plus inattendue et la plus novatrice dans la démarche royale, la stigmatisation du populisme démagogique qui a eu tendance à se développer ces derniers mois dans la classe politique nationale.

En dénonçant ceux qui portent des attaques personnelles et des accusations ad hominem,  le Roi a incontestablement désigné quasi nommément le sieur Hamid Chabat, qui s'est fait une spécialité de cette déplorable pratique depuis son accession à la tête du vénérable parti de l'Istiqlal. Mais on peut penser  que le Souverain a également visé le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, grand pourfendeur «des démons et autres crocodiles» lors de ses prestations publiques.

In fine, on dira que ce discours royal a surpris tant par sa vigueur que par les thèmes abordés. Il s'inscrit en rupture totale avec les précédentes allocutions royales prononcées en pareilles occasions. La langue de bois et les propos de circonstance y ont été bannis. Tant mieux et pourvu qu'il marque ainsi le point de départ d'une nouvelle approche communicationnelle. Personne ne s'en plaindra, bien au contraire…

Fahd YATAmoustache7

La Nouvelle Tribune

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