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Pourquoi IBK n’a pas gagné Tombouctou

À rebours de la tendance dominante, qui a donné à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) une victoire écrasante lors de la présidentielle malienne, la région de Tombouctou est la seule à avoir préféré Soumaïla Cissé. En partie par reconnaissance envers l'enfant du pays, mais aussi par défiance envers le nouveau président, dont le ton ferme est perçu comme un frein à la réconciliation entre communautés.

 

 

Mardi 20 août, la Cour constitutionnelle a validé les résultats du deuxième tour de la présidentielle malienne, confirmant les chiffres provisoires publiés le jeudi précédent. Ibrahim Boubacar Keïta l'emporte très largement (77,62 % des suffrages) sur son rival Soumaïla Cissé (22, 38 %). C'est un raz-de-marée en faveur de l'ancien Premier ministre qui s'impose dans toutes les régions du pays. Toutes sauf une : celle de Tombouctou.

 
Dans les cinq cercles qui la composent, le candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM) a obtenu 45,2 % des suffrages, contre 54,8 % pour son rival de l'Union pour la république et la démocratie (URD). Un score qui s'explique en partie par l'origine de Cissé, natif de Tombouctou, où il est largement perçu comme l'enfant du pays.

 

Aucun président « nordiste »

 

 

Lorsqu'il était à la tête de la Commission de l'UEMOA (2003-2011), Cissé a en outre mené à bien plusieurs projets d'envergure qui ont renforcé sa popularité dans sa région. « Nous avons rappelé les forages réalisés dans le Gourma par Soumaila Cissé, l'appui aux coopérative des agriculteurs, notamment pour les semences, les groupes motopompes... », dit Maiga Abdel Hamid, coordinateur de l'URD à Tombouctou.

 
Et même si la donnée ethnique n'est pas fondamentale en politique malienne, l'origine régionale des hommes politiques revêt parfois une importance déterminante. Jamais aucune personnalité originaire des trois régions du Nord, moins peuplé que le Sud, n'a ainsi dirigé le pays depuis l’indépendance. Le plus « nordiste » des anciens présidents, Amadou Toumani Touré (ATT), était en réalité du Centre (Mopti), même si de nombreux Maliens considèrent que le Sud commence à Segou (à 240 km de Bamako) et non à Tombouctou.
Mais le problème pour « Soumi » est surtout de n'avoir pas réussi à rassembler au-delà de sa région d'origine. Bien que né à Koutiala (Sud), IBK a notamment remporté un franc succès dans la région de Gao (Nord) : 65,1 % des voix contre 34,9% à son rival. Reste que l'échec – relatif – d'IBK à Tombouctou ne s'explique pas que par l'enracinement de Cissé. Nombre d'électeurs ont également tenu à sanctionner l'image de fermeté véhiculée par le nouveau président.

 

 

Mosaïque culturelle

 

 

De fait, les méthodes ou propos d'IBK lorsqu'il était Premier ministre (1994-2000) sont restés dans toutes les mémoires. À l'époque, ils contribuent à forger l'image d'un homme à poigne, jugé autoritaire par ses adversaires. Un caractère aujourd'hui plébiscité au Mali, alors même que le consensus mou de l'ère ATT est jugé responsable de la crise. Mais c'est justement cet activisme – parfois maladroit – qui est redouté à Tombouctou, où la mosaïque culturelle (essentiellement songhay, peule, touarègue et arabe) est aussi ancienne que fragile.

 

 

« J'ai voté Soumi, car IBK est rancunier et emploie un ton sec », soutient Mahamane Djitteye, un jeune de Tombouctou qui aspire, comme beaucoup d'habitants de la Ville aux 333 saints, à la paix et à la réconciliation entre les communautés.  « À Tombouctou, la population noire ne peut pas vivre sans la blanche et vice-versa, explique un célèbre griot de la ville.  Nous avons besoin de développement, de pardon et non pas d'un homme peu porté au compromis. » IBK saura-t-il faire mentir ses détracteurs ?

 

Source: Jeune Afrique

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