mis à jour le

COMANAV : LA REPRISE

La société avait suspendu ses activités de navigation depuis 2011 pour des raisons sécuritaires

Après le lancement de la campagne de navigation 2013 concrétisée par le premier voyage Mopti-Kabara effectué par le bateau « Général Abdoulaye Soumaré » le 15 août dernier,  ce fut au tour du « Tombouctou » de larguer les amarres hier matin à 6 heures pour Gao. Ce voyage consacre de manière définitive la reprise pour les bateaux longs courriers de la Compagnie malienne de navigation (COMANAV).

Le « Tombouctou » n'a pas connu une affluence extraordinaire de passagers et n'a pas fait le plein de fret, malgré l'imposant dispositif de sécurité mis en place. Mais pour la COMANAV à chaque jour suffit sa peine et on se réjouit déjà de ce premier voyage réussi. « C'est une fierté pour nous et pour l'ensemble des Maliens de relancer les activités de la COMANAV qui constitue un véritable instrument de souveraineté orienté vers le désenclavement des régions du Nord », a précisé le chef d'escale à Mopti, Aboubacrine Maïga.

Cette relance marque la volonté affichée de la société de reprendre ses activités de navigation suspendues depuis 2011 pour des raisons sécuritaires,  a indiqué la présidente directrice générale, Mme Dembélé Goundo Diallo. « En 2011, après avoir fixé le calendrier des voyages, nous avions appris que les bureaux de nos escales de Tonka, Niafunké et de Diré avaient été investis par des djihadistes. Ce qui nous a amené à arrêter nos activités de navigation », explique Mme Goundo Diallo. Depuis, les bateaux étaient bloqués à quai.

La Compagnie malienne de navigation est une des rares sociétés d'Etat qui aient survécu jusqu'aujourd'hui. Elle a pour mission principale le désenclavement intérieur et extérieur du pays par voie fluviale. Les activités de transport concerne outre les passagers, les produits pétroliers, les produits de première nécessité, les céréales, les engrais, le gros matériel d'équipement entre autres. « Pendant deux ans, la société est restée inactive sur le plan navigation. Même si le service transit, en appui à la navigation, était assuré, l'entreprise se trouvait très fragilisée », a regretté la PDG.

L'activité navigation, qui est saisonnière et tributaire des crues du fleuve,  se déroule sur quatre à cinq mois de l'année. Cette saisonnalité, une des difficultés majeures, ne permet pas à la société de supporter les dépenses de toute une année. Faute de moyens, il était pratiquement impossible d'assurer le fonctionnement de l'entreprise dont les charges ont été heureusement supportées par l'Etat de 2012 à juillet 2013, a indiqué la PDG. Dans le cadre du contrat-plan, l'Etat a alloué à la société un fonds qui lui a apporté une véritable bouffée d'oxygène.

La saisonnalité n'est pas la seule difficulté de la COMANAV. On évoque aussi la faiblesse des pluies, donc des crues, l'ensablement et le mauvais état du chenal navigable. C'est d'ailleurs pour ces raisons que les deux premiers départs s'arrêtent à Kabara : ce sont des voyages tests, a précisé Mme Goundo Diallo. La vétusté des bateaux représente une  autre difficulté majeure de la société. L'une des conditions de la réussite de la restructuration de la COMANAV en 1994 était le renouvellement des navires et la constitution d'une flotte légère pour permettre à la société de naviguer plus longtemps et de moins souffrir de l'ensablement prononcé du fleuve. « En 2009, l'Etat nous a octroyé 3 milliards de Fcfa sur les fonds de la privatisation de la Sotelma, en vue de renouveler la flotte par l'acquisition de deux bateaux à faible tirant d'eau. Ceux-ci sont présentement en chantier en Chine et doivent être livrés avant la fin de l'année 2013 », rappelle Mme Goundo Diallo.

Si la suppression des réquisitions délivrées aux élèves et aux fonctionnaires constitue un manque à gagner pour la société, le gel prolongé des créances administratives, autrefois un des goulots d'étranglement de l'entreprise, n'est plus qu'un mauvais souvenir, se réjouit la PDG de la COMANAV. De nos jours l'Etat fait des efforts colossaux pour s'acquitter de ses factures et l'armée est complètement à jour dans le paiement des siennes. Cependant la sécurité intérieure et la protection civile doivent encore 200 millions de Fcfa à la société.

La COMANAV compte elle-même fournir plus d'efforts pour se maintenir à flot. Pour réaliser des économies, la société a déjà diminué ses charges par le dégraissement des saisonniers. Le gardiennage est désormais assuré par le personnel constitué d'une centaine d'agents, et non plus par des privés. En plus des clients comme EDM et Total, la COMANAV espère sur la collaboration du ministère de l'Action humanitaire et de la Croix Rouge pour se voir confier partiellement le retour des déplacés. Pour ceux qui hésitent à s'embarquer en invoquant le problème de sécurité, la PDG indique que les bateaux sont assurés en bonne et due forme et les voyages sécurisés par l'armée et les forces de l'ordre. En plus, la société a assuré une formation spécifique à son personnel naviguant pour initier celui-ci aux notions élémentaires de sécurisation.

La nouvelle de la reprise des bateaux courriers a naturellement été bien accueillie en 2ème Région par les déplacés du Nord qui sont ici au nombre de 5140 (dont 1083 à Koulikoro) représentant 365 familles. « J'espère rentrer à Tonka et seul le bateau m'arrange », annonce ainsi Diahara Maïga. Les femmes qui font le commerce riverain ne sont pas demeurées en reste. Elles se préparent activement à reprendre leurs activités fortement perturbées par l'immobilisation des bateaux. Quant aux travailleurs rencontrés au niveau du personnel naviguant, c'est le soulagement. « Nous allons bientôt mériter nos salaires avec la reprise », estiment-ils.

A. MAIGA

AMAP – Koulikoro