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Partisan du président déchu Mohamed Morsi, le 18 août, au Caire. REUTERS/Youssef Boudlal
Partisan du président déchu Mohamed Morsi, le 18 août, au Caire. REUTERS/Youssef Boudlal

Les Frères musulmans oublient qu'ils ont été anti-révolutionnaires

Ces jours-ci médias, opposition, gouvernement, réécrivent l’histoire en se donnant le beau rôle.

L’Egypte et ses pharaons, ses barbus, ses militaires, ses révolutionnaires, son histoire glorieuse et ses théories du complot. Chiffres, photos, vidéos sont utilisés ou manipulés dans un sens ou dans l’autre.

Aujourd’hui, les Frères musulmans subissent une réelle répression. Centaines de morts dans la dispersion des sit-ins, emprisonnements massifs, torture, pas de droit de regard des organisations de protection des droits de l’homme (par exemple Nadeem center).
Les Frères musulmans crient au massacre – et ils ont raison, comment qualifier autrement des centaines de morts.
Ils dénoncent l’exagération des médias égyptiens, gouvernementaux ou privés, qui les présentent tous, et leurs sympathisants, comme des terroristes assoiffés de revanche – et ils ont raison.

Mais ils font eux aussi de la propagande, en augmentant les nombres de morts, en refusant de reconnaître leurs responsabilités dans les attaques contre la communauté copte (incitation de certains prédicateurs qui les soutiennent), ou dans la violence en général (certains regroupements pro-Frères comptaient des hommes armés).

Anti-révolutionnaires dans l'âme

Ils clament représenter la révolution, la poursuite du soulèvement contre le régime de Moubarak, et contre l’armée. Mais ils ont accepté les élections tenues sous le régime militaire. Ils n’ont pas soutenu ardemment les révolutionnaires lors de Mohamed Mahmoud, ou de Maspero en 2011. Lorsque Morsi était au pouvoir, aucune figure de proue de la révolution ou de l’opposition ne s’est vue offrir de poste. Les lois de libelle contre le président et l’Etat, qui permettent de réduire au silence les opposants, ont été utilisées. La police n’a pas été réformée, et si la tâche était impossible, aucun organe de contrôle n’a été instauré non plus.

Quant à la Confrérie elle-même, elle est loin d’être un groupe d’avant-garde. Souvent, d’anciens Frères musulmans expliquent avoir quitté la Confrérie pour son conservatisme social, pour son absence de démocratie interne. Certains ont quitté la Confrérie juste après la chute de Moubarak, parce qu’ils n’avaient plus de raison de rester dans le seul grand groupe d’opposition,confiants dans l’apparition prochaine sur la scène politique d’une alternative crédible (qui n’est pas venue). Ces gens-là disent en général que les Frères ne sont nullement révolutionnaires. Et n’ont qu’une très vague idée de la démocratie, car la Confrérie est dirigée de manière très autoritaire et pyramidale (histoire de clandestinité et de répression obligent, diraient les incriminés).
D’aucuns reprochent aussi aux Frères musulmans d’avoir rejoint le soulèvement de 2011 parmi les derniers, puis d’avoir tâché de s’attribuer une grande part du crédit.

Les anti-révolution se disent révolutionnaires

Il y a ceux aussi qui n’étaient pas contre Moubarak, ou pas au point de descendre dans la rue pour ça. Ils n’ont pas bougé non plus contre le régime militaire de 2011/2012.
Mais aujourd’hui, ces Egyptiens se réclament de la « révolution du 30 juin » (issue de la campagne Tamarod/Rebelle, et à la suite de laquelle l’armée a retiré le pouvoir au désormais ex-président Mohamed Morsi).
Ils prétendent également défendre les valeurs de la révolution : patriotisme, unité nationale. Ils oublient que le soulèvement de 2011 s’est fait en grande partie contre les abus et la torture de la police. Et la police a manifesté dans la rue le 30 juin, et soutient la déchéance de Morsi. Et le discours dominant aujourd’hui vise à la réhabiliter.

Autres virages à 180°

La communauté – minorité- copte en Egypte s’est toujours plainte de discrimination. Les coptes représentent environ 10% de la population. Ils disent ne pas être considérés comme des citoyens de première zone lorsqu’il s’agit de faire certaines démarches ou d’accéder à certains postes. La discrimination ordinaire tenait aussi, disaient-il, dans les discours des extrémistes dont le nombre grandissait. Aujourd’hui, la plupart de la population égyptienne affirme re-découvrir l’unité nationale, comme pendant le soulèvement de 2011 – maintenant que leur seul ennemi, qui se cachait derrière de multiples … barbes, de multiples appellations en tous cas, est dévoilé : il s’agit des Frères musulmans.

A l’époque du régime de Hosni Moubarak, lui-même issu de l’armée, les Egyptiens reprochaient à ce dernier et à l’armée égyptienne d’être financés par les Etats-Unis (en échange de l’assurance qu’Israël ne serait pas inquiété). Aujourd’hui, ils considèrent que les Etats-Unis soutiennent les Frères musulmans – contre l’armée. Ce revirement de point de vue nécessitant une justification, l’accusation suivante affirme souvent que l’argent qatari finance l’Ouest – et le Qatar soutient les Frères musulmans. Ou bien, veut la rumeur, les Etats-Unis ont décidé que le meilleur moyen d’assurer la sécurité d’Israël est de diviser l’Egypte, sinon son territoire, du moins ses factions, sinon ethniques ou religieuses, puisque le tissu social est moins divers qu’en Syrie par exemple, du moins politiques...

Sophie Anmuth (du Caire)

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Sophie Anmuth

Sophie Anmuth.

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