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Une Somalienne raconte son viol brutal par des soldats de l'UA

Enlevée, droguée et violée de façon répétée: une jeune mère somalienne a détaillé la brutalité des violences sexuelles dont elle accuse des soldats de l'Union africaine (UA) et de l'armée somalienne, une affaire qui risque d'éclipser les récentes victoires militaires face aux shebab et de profiter aux islamistes somaliens.

"Les soldats m'ont violée (...) j'ai tenté de me défendre mais ils m'ont sévèrement frappée et je me suis évanouie", a raconté à la télévision somalienne Somali Channel cette femme d'une vingtaine d'années, mère d'un bébé.

Elle a raconté avoir été arrêtée dans une rue de Mogadiscio, le jour de l'Aid-el-Fitr qui marque la fin du mois de Ramadan, par trois soldats de l'embryon d'armée nationale somalienne, qui lui ont bandé les yeux et l'ont poussée de force dans une voiture, avant de la livrer à des soldats de la Force de l'UA en Somalie (Amisom), au camp militaire de Maslah, dans la banlieue nord de la capitale.

C'est à Maslah, où est cantonné un contingent ougandais de l'Amisom, que des soldats somaliens et de l'UA l'ont violée de façon répétée, a-t-elle poursuivi.

Des traces de piqûre sur ses bras sont, raconte-t-elle, les marques de drogues non identifiées qui lui ont été injectées durant son calvaire.

"Il y avait d'autres femmes dans la pièce (...) l'une d'elles saignait abondamment", ajoute-t-elle depuis un lit d'hôpital, précisant qu'elle était inconsciente la majeure partie du temps et ne sait pas combien d'hommes l'ont violée avant de l'abandonner dans une rue.

L'Amisom, forte de 17.700 hommes et qui soutient militairement le fragile gouvernement somalien dans son combat contre les islamistes shebab, dit prendre très au sérieux ces accusations et a ouvert une enquête conjointe avec les autorités somaliennes, après que l'affaire eut fait grand bruit dans les médias et profondément choqué à Mogadiscio.

"Des mesures appropriées seront prises une fois les faits établis", a assuré dans un communiqué l'Amisom, dont l'image risque d'être sérieusement ternie auprès de la population somalienne qu'elle est censée défendre face aux islamistes, régulièrement accusés de crimes de guerre et de violences contre les civils.

Les shebab se sont d'ailleurs immédiatement emparés de l'affaire.

"Les soldats somaliens enlèvent des filles et les violent, ils les partagent également avec les troupes de l'Amisom", a déclaré à l'AFP le porte-parole des islamistes somaliens Ali Mohamed Rage.

"Les soldats somaliens sont les vestiges des (milices des) anciens chefs de guerre, il tuent leurs compatriotes et violent nos filles et nos mères (...) les troupes de l'UA sont brutales", a-t-il expliqué.

 

Violences sexuelles "généralisées"

 

L'ONU a récemment estimé que le viol était "généralisé" dans la capitale somalienne, particulièrement dans les camps où s'entassent de nombreux Somaliens déplacés par 20 ans de guerre civile et de chaos.

Ces viols sont pour une grande part attribués à l'Armée nationale somalienne (SNA), agrégat hétéroclite d'anciens miliciens de tous bords, régulièrement accusée de violations des droits de l'homme de toutes sortes.

Au cours du seul premier semestre 2012, environ 800 cas de violences sexuelles ont été recensés, rien qu'à Mogadiscio, selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) qui décrit les auteurs comme des "hommes non identifiés, armés et vêtus d'uniformes militaires".

"La violence sexuelle en Somalie est l'un des défis les plus urgents et les plus graves dans le domaine des droits de l'homme auquel font face le gouvernement et la population de Somalie", a récemment estimé Nicholas Kay, représentant des Nations unies dans le pays, demandant une enquête "rapide et rigoureuse" concernant les accusations de viol contre les soldats de l'UA.

Selon Human Rights Watch, de nombreuses victimes de viol craignent trop de possibles représailles pour dénoncer leur agression.

La justice somalienne est en effet parfois plus prompte à juger les victimes que les coupables.

En février, une femme disant avoir été violée par des soldats somaliens, ainsi qu'un journaliste à qui elle s'était confiée, avaient été condamnés à de la prison ferme pour "outrages aux institutions", suscitant une réprobation internationale et l'embarras des autorités somaliennes. Leurs condamnations avaient été annulées lors de procédures d'appel.

Et si le Premier ministre somalien, Abdi Farah Shirdon s'est dit "profondément préoccupé par ces accusations de viol (...) impliquant des membres de l'Amisom", sa ministre du Développement humain, Mariam Qasim a minimisé l'ampleur des agressions et préféré dénoncer l'atteinte portée à la réputation de l'armée somalienne.

Mme Qasim a évoqué "une exagération important et un gonflement" du nombre de violences et estimé "préférable" pour les femmes qui apparaissent dans les médias pour dénoncer un viol d'être "abattues" car elles ont perdu leur "dignité".

AFP

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