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Ouagadougou, la lutte menée contre l'insécurité peine à faire ses preuves

L'insécurité demeure à Ouagadougou : agressions et vols à l'arrachée sont devenus presque monnaie courante dès la nuit tombée sur la capitale du Faso. Face à une nette augmentation de tels actes de délinquance ces dernières décennies, le pays des Hommes Intègres avait décidé de se doter d'une Stratégie nationale de sécurité intérieure... C'était il y a maintenant trois ans de cela.

Fin 2009, l'Etat burkinabè avait fait appel au Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), afin qu'il l'appuie sur la question de l'insécurité qui règne notamment dans la capitale. Le Programme conjoint de renforcement de la sécurité urbaine à Ouagadougou (PCRSU-O), doté d'un budget de plus de 4 millions de dollars (pas loin de 2 milliards de francs CFA), devait ainsi donner naissance à un « plan d'action de réduction de l'insécurité publique en milieu urbain ».

De ce projet conjoint - entre l'organisme international, le ministère burkinabè de la Sécurité, la commune de Ouagadougou, et la Commission Nationale de Lutte contre la Prolifération des Armes Légères - ont notamment été mis en place, selon le site du PCRSU, une police de proximité, une unité spéciale pour les femmes et mineurs (premières victimes de l'insécurité urbaine), ou encore une cartographie de la situation sécuritaire de la capitale burkinabè.

Or en cette année 2013, supposée date limite du programme, la situation ne semble guère s'être améliorée. S'il manque de chiffres (notamment récents) à l'appui, les témoignages eux se multiplient. Et la police elle-même ne démentira pas l'importance du nombre de vols recensés quotidiennement... D'ailleurs, au commissariat central, alors que les victimes de vol divers défilent dans le bureau de la brigade de recherche, un enquêteur n'hésitera pas à montrer les photos de son dernier « terrain » : une serrure de porte forcée, un cambriolage où ont été dérobées deux motos.

Une mise en place de patrouilles nocturnes, effective ?

Les stratégies de lutte contre l'insécurité, certaines pourtant d'ores et déjà mises en place selon le PCRSU-O, paraissent ainsi peu efficaces au regard de la population ouagalaise. Au rond-point des Nations unies par exemple, classé parmi les zones dites « criminogènes », des témoins diront que pendant un temps la police y était positionnée tous les soirs, mais que de « mauvaises expériences » l'auraient depuis découragée de s'y aventurer.

Au commissariat central de Ouagadougou, lorsque l'on demande pourquoi il ne semble y avoir en ce lieu des patrouilles nocturnes, pourtant mises en place l'an passé, comme l'avait assuré le Premier Ministre lui-même (lors de son discours sur la situation de la nation en avril dernier), on nous affirme « qu'elles sont bien là ». Mais que « comme il s'agit de navettes... ». Elles ne doivent pas y passer souvent, entend-on donc, connaissant en outre la réputation de cet axe central de Ouagadougou, où s'affairent voleurs et prostituées dès la nuit tombée.

Un dispositif « renforcé », mais peu disponible...

De même, le Premier Ministre faisait part du « recrutement exceptionnel d'agents de police pour faire face au défi de l'insécurité » et de « moyens conséquents consentis pour leur équipement », il y a quatre mois de cela. Or, ce jour, ces dispositions ne semblent pas évidentes... Il suffit de composer le 17, numéro dit « d'urgence » de la police nationale, pour constater qu'il s'agit toujours d'un recours bien vain, surtout si l'agression a lieu - comme c'est souvent le cas - de nuit. « C'est trop tard », vous dira-t-on à l'autre bout de la ligne, « il faut déposer plainte au commissariat central ».

Là, vous y trouverez probablement des officiers de permanence, affairés, certes... mais à jouer aux cartes. Pour la déposition, on n'allumera aucun des ordinateurs qui occupent (à eux seuls) la salle, préférant se munir d'un simple crayon et d'une feuille blanche ; il faudra plutôt revenir, en journée cette fois, pour une « véritable » déposition auprès des enquêteurs. Quant aux chances de retrouver, au moins ses papiers ? Elles sont là, vous assurera-t-on. Conseillant même de « retourner sur les lieux du vol avec quelques amis pour fouiller les alentours »... De quoi se poser une question : la « Stratégie nationale de sécurité intérieure », elle repose sur qui ?

Jessica Rat

Lefaso.net

Lire aussi : Sécurité urbaine à Ouagadougou, l'après 2013 en perspectives

Le Faso

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