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Editorial : Il était temps !

S'achemine-t-on vers le bout du tunnel dans la Grande île ? Cette question, beaucoup d'observateurs de la scène politique malgache se la posent depuis le samedi 17 août 2013. En effet, Madagascar, minée par une grave crise politique depuis quatre ans, vient de franchir un important pas vers l'organisation d'une élection présidentielle. Une élection dont la communauté internationale a besoin pour délier le cordon de la bourse.

La Cour électorale spéciale a, en effet, retiré de la liste des prétendants à la magistrature suprême, les trois candidatures dites à problème. Ces trois candidatures étaient considérées comme le principal motif de blocage depuis leur dépôt le 3 mai dernier. Dans la liste révisée des candidatures, les noms de Andry Rajoelina, Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka n'apparaissent point. Elles avaient été acceptées en violation du code électoral qui précise pourtant les conditions pour être candidat à la présidentielle. Andry Rajoelina avait déposé sa candidature hors du délai légal, tandis que Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka n'ont pas résidé à Madagascar six mois avant la date du scrutin. Le scrutin était prévu pour le 24 juillet 2013. Ces blocages politiques avaient poussé le gouvernement à reporter le scrutin sine die. Jusqu'à présent aucune date n'est fixée pour l'élection présidentielle.

Voilà pourtant quatre ans que ce pays attend cette élection, condition pour sortir de la crise politique et économique qui a mis le pays à genoux. On sait que Madagascar traverse une période difficile depuis le renversement en 2009 de Marc Ravalomanana par le maire d'Antananarivo de l'époque, Andry Rajoelina. Malgré le gel de l'aide internationale, la situation économique difficile et la paupérisation remarquée de la population, les acteurs politiques, à commencer par le chef de l'Etat, n'ont pu se surpasser pour mettre en avant l'intérêt du pays. Pas d'investissement, pas d'aide financière conséquente.

La nouvelle Cour électorale spéciale qui a prêté serment lundi dernier, a décidé de nettoyer les intrus. Elle a tranché dans le sens des textes qui régissent l'organisation des élections à Madagascar. Les inconditionnels des candidats "illégaux" prédisent des heures chaudes à Tananarivo. Mais quels que soient les troubles que la décision de la Cour va provoquer, il y a lieu de reconnaître qu'elle vient de poser un acte fort attendu au niveau international. Les partisans des candidats recalés devraient savoir une chose : on ne peut pas fouler au pied, les textes de la République. Aussi, dans un monde où tout se sait et pour un pays qui a besoin de l'aide internationale pour son développement, la seule alternative c'est de jouer la carte de la transparence et de la démocratie.

Contrairement à l'ancienne Cour discréditée pour avoir validé les trois candidatures "illégales", la nouvelle Cour électorale n'a retenu que 32 postulants sur les 41 au départ. La solution de rechange pour les trois non-partants est qu'ils disposent de trois jours pour proposer un candidat de substitution. La publication attendue cette semaine de la liste définitive permettra à la Commission électorale et les experts des Nations unies de proposer enfin une nouvelle date pour la présidentielle. Vivement que cette élection se tienne et que les populations puissent pousser un ouf de soulagement.

On a du mal à comprendre parfois ces politiciens d'un autre genre. Ont-ils véritablement une volonté de contribuer à la construction de la cité, au bonheur des habitants de la cité, selon le sens premier du mot politique. Mettre un pays au ralenti à cause des ambitions personnelles, n'est que pure incurie.

Malgré les appels de la Communauté de développement d'Afrique Australe (SADC), à travers Joachim Chissano, émissaire de la SADC, en dépit des multiples consultations et pourparlers menés par Ramtame Lamamra, Commissaire africain de Paix et de sécurité, ou de Jean-Claude de l'Estrac, de la Commission de l'Océan indien, pour le retrait des candidatures controversées, cela s'est soldé par le refus catégorique des trois « mousquetaires ». Ah la politique quand tu nous tiens !

Savoir mettre l'intérêt général en avant aussi est signe de grandeur, de maturité politique et non une faiblesse. Les partisans d'Andry Rajoelina ou de Didier Ratsiraka doivent mettre de l'eau dans leur vin et accepter le verdict de la Cour spéciale. Madagascar n'a pas besoin de blocage institutionnel et économique. Sa population mérite mieux.

Le vrai combat devrait être celui de la lutte contre la pauvreté étant entendu que Madagascar est considéré comme un des pays les plus pauvres du monde. Les fils de la Grande île devraient prendre conscience qu'elle est confrontée à d'immenses défis tels que la réduction de la pauvreté (85% de la population), la lutte contre la corruption et la réforme de la propriété foncière.

Tout n'est pas perdu. La succession des événements allant dans le sens de la décrispation donne de l'espoir. Le pays a connu une croissance positive du PIB en 2012 après plusieurs années difficiles et le FMI prévoit un essor en 2013. L'Union européenne a relancé progressivement sa coopération avec le pays, suspendue depuis le coup d'Etat de 2009. La Banque mondiale a, quant à elle, accordé un prêt d'urgence de 128 millions d'euros pour éviter que les services publics et certaines infrastructures ne se dégradent excessivement. Des signes encourageants tout de même. Il reste aux Malgaches de tenir des élections transparentes et équitables pour que la communauté internationale leur ouvre grandement ses vannes. C'est cela aussi la condition sine qua non pour mettre fin à quatre longues années d'incertitude et d'incessants pourparlers coûteux.

Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA [email protected]

Sidwaya

Le Faso

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