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GUEST EDITO- Diantre ! Opposez-vous Monsieur Seck (Par Amadou DIOUF)

La cotte d'opposant est-elle trop étroite pour Idrissa Seck ? Il ne s'est jamais accommodé de ce rôle dans sa carrière politique. C'est à son corps défendant qu'il s'est retrouvé face à son mentor, Me Abdoulaye Wade, à l'élection présidentielle de 2007. Encore qu'il s'agissait, selon ses contempteurs d'un arrangement avec ce dernier. Vrai ou faux ? On a vu en tout cas Idrissa Seck, alors arrivé deuxième à l'issue de cette élection, revenir négocier son retour au PDS avec le Président Wade. Pour justifier sa démarche, il avait excipé de son appartenance légitime à cette formation politique dont il se disait l'« actionnaire majoritaire ». Cette dialectique a dérouté même ses partisans qui ne parvenaient plus à saisir l'anguille politique Idrissa Seck.

C'est également de guerre lasse qu'il s'est opposé à Me Wade à la présidentielle de 2012. D'opposition ? Il s'agissait plutôt d'une rébellion contre la candidature de Me Wade pour un troisième mandat qui lui a valu une seconde expulsion du PDS. Mais il faut reconnaître à Idrissa Seck le mérite d'avoir été le premier à dénoncer, au sein du PDS, cette « candidature de trop » qui a par la suite servi de ciment et de viatique à une opposition poussive et divisée par des querelles de préséance. Même s'il n'est pas sûr que le Président de « Rewmi » voulait en arriver là. Il semble plutôt qu'il cherchait à mettre la pression sur Me Wade pour l'obliger à se retirer de la course et faire de lui le candidat du PDS. Idrissa Seck a caressé en rêve ce désir jusqu'au bout, compromettant même sa campagne électorale qui avait pour seul et unique thème « le combat contre la candidature de Me Wade » et la Place de l'Indépendance pour tribune. Si cela a beaucoup contribué à affaiblir le président sortant, il n'a cependant pas profité à Idrissa Seck qui s'est vu relégué à la cinquième place à l'issue de la présidentielle de 2012. C'est plutôt le candidat Macky Sall qui en a récolté les marrons pour avoir choisi de se rendre jusque dans les coins les plus reculés du Sénégal, trahissant ainsi le pacte qui le liait aux autres candidats consistant à ne pas battre campagne tant que Me Wade maintenait sa candidature.

Idrssa Seck a donc raté le coche en 2007 et en 2012 pour n'avoir pas assumé pleinement le rôle d'opposant qui s'imposait à lui. Contrairement à Macky Sall qui, dès sa sortie du PDS, a refusé tout compromis, toute compromission avec Me Wade. Mais l'histoire risque de bégayer. Idrissa Seck occupe aujourd'hui une position ambiguë dans la coalition présidentielle « Bennoo Bokk Yaakaar ». Il n'est pas d'accord sur les choix politiques du Président Macky Sall, mais continue de se réclamer membre à part entière de cette entité. Alors qu'il en est en réalité devenu un membre entièrement à part et que tout l'oblige à prendre la responsabilité historique de la rupture avec « Bennoo Bokk Yaakaar ».

En effet, le pacte qui liait Idrissa Seck à Macky Sall dans le cadre de cette coalition est rompu depuis longtemps. « Bennoo Bokk Yaakaar » était fondée sur deux principes : « Tous Sauf Wade » et « Gagner ensemble, Gouverner ensemble ». Me Abdoulaye Wade étant parti, son successeur a mis en place un gouvernement de quota en respect du second substrat. Le « Rewmi » fut servi, à l'instar des autres formations politiques et mouvements qui composent la coalition présidentielle. Mais aujourd'hui, le parti dirigé par Idrissa Seck a été dépouillé de ses ministres. Pour garder leurs portefeuilles, Pape Diouf (ministre de la Pêche et des Affaires maritimes) et Omar Guèye (ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement) ont désavoué publiquement Idrissa Seck pour se ranger derrière le Président Macky Sall après des sorties au vitriol du premier dans la presse pour dénoncer la lenteur du gouvernement dans la prise en charge des préoccupations des Sénégalais. Ils n'ont pas encore rejoint l'Alliance pour la République (APR), mais tout laisse croire qu'il ne s'agit plus que d'une question de temps. Officiellement, Pape Diouf et Omar Guèye n'ont pas démissionné du « Rewmi », mais leur départ est constaté de facto parce qu'ils ne participent plus à aucune activité au sein de cette formation politique. Dès lors, ils ne devaient plus continuer à occuper des ministères au nom d'un parti qui ne les reconnaît plus comme ses membres. La logique des quotas, qui préside à la mise en place du gouvernement dirigé par le Premier ministre Abdoul Mbaye, aurait voulu que Pape Diouf et Omar Guèye soient remplacés par d'autres choisis par « Rewmi ». Malick Gakou a été remplacé au Commerce, au nom de ce même principe de quota, par un autre responsable de l'Alliance des forces de progrès (AFP), Alioune Sarr en l'occurrence, quand il a démissionné du gouvernement. Mais ce principe n'est plus valable quand il s'agit d'Idrissa Seck parce qu'il a eu l'outrecuidance de critiquer la gestion du Président Macky Sall.

Cette liberté de ton et d'opinion, Idrissa Seck est en train de la payer cash. Il est devenu l'homme à abattre pour le Président Macky Sall qui voit dans ses actes des man½uvres de positionnement pour la présidentielle de 2017 et son parti est mis à l'écart dans « Bennoo Bokk Yaakaar ». Dans cette opération d'affaiblissement d'Idrissa Seck, « Rewmi » a non seulement perdu deux ministres mais aussi un poste de Directeur général. Le Dr Abdourahmane Diouf a été viré comme un mal propre de la Direction générale de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones) par... Omar Guèye. Mais la perte la plus dure pour Idrissa Seck semble être celle de Me Nafissatou Diop. Considérée comme sa muse, après le départ de son égérie Awa Guèye Kébé, elle était aussi sa notaire, son amie et sa confidente. Il l'avait même intégrée dans le saint des saints de « Rewmi » où elle s'occupait des relations avec la presse jusqu'à son départ. Même si elle n'a aucune base politique, contrairement à Pape Diouf et Omar Guèye, le départ de Me Nafissatou Diop a été un poignard planté dans le dos d'Idrissa Seck parce qu'elle a rejoint l'ennemi sans atermoiement, avec armes et bagages. Sans être débauchée, selon les propres mots du Président Macky Sall.

Le « Gagner ensemble, Gouverner ensemble » suppose aussi, au-delà du partage des postes, une concertation préalable entre le président de la République et ses alliés sur les grandes questions qui intéressent la nation. Ce qui n'est plus le cas pour Idrissa Seck qui est tenu à l'écart de la conduite des affaires publiques. Le Président de la République lui a fermé ses portes. Il s'en est d'ailleurs publiquement plaint. Ce qui signifie que les chances du Président de « Rewmi » de pouvoir changer les choses de l'intérieur sont nulles.

Idrissa Seck n'a donc plus aucune raison de rester dans la coalition « Bennoo Bokk Yaakaar ». Il doit la quitter sans délai si tant est qu'il veut préserver ses chances pour la présidentielle de 2017. Et s'il ne veut pas être comptable du bilan d'une politique qu'il a décriée, le Président de « Rewmi » doit aller au bout de sa logique. Il s'est rebellé contre l'unilatéralisme qui caractérise « Bennoo Bokk Yaakaar » et que « Macky 2012 » souhaite ériger en code de conduite en demandant à tous les partis membres de cette coalition de surseoir à leur candidature à la présidentielle pour une durée de dix ans afin de permettre au Président Macky Sall d'avoir deux mandats et de les exercer en toute quiétude. La sortie d'Idrissa Seck de « Bennoo Bokk Yaakaar » permettrait à la démocratie sénégalaise de respirer. Le landernau politique est actuellement divisé en deux principaux groupes : une mouvance présidentielle qui regroupe l'essentiel des partis significatifs face à une opposition sous la houlette d'un PDS en perte de vitesse et en quête d'un leader charismatique pour remplacer Me Wade. Ce qui n'est pas une sinécure eu égard aux dissensions internes et le fait que certains caciques de l'ancien parti au pouvoir sont neutralisés par la traque des biens mal acquis. Cependant, Idrissa Seck peut casser ce schéma en se positionnant comme le leader de l'opposition et comme une alternative à la politique du régime actuel. En cela, l'appel de Me Wade au Président Macky Sall pour des retrouvailles de la famille libérale est utopique.




Rewmi

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