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Mezri Haddad écrit : Je continuerai le combat

Bonsoir à toutes et à tous, et désolé de vous écrire tardivement et hâtivement. Il y a des moments dans la vie où il faut laisser le silence s'exprimer !
J'ai annoncé il y a deux jours mon intention de me retirer de la scène politique. Je devais franchir le Rubicon le lendemain, mais vos nombreux messages, qui dénotent votre fidélité en amitié et votre authenticité, m'ont persuadé du contraire. Même si je devais y laisser la vie, je reste avec vous, auprès de vous, partageant vos peines et vos souffrances, votre espoir et désespoir, vos défis et vos acquis.
La scène politique, je devais la quitter en janvier 2011, lorsque le destin de la Tunisie a basculé. Je ne l'ai pas fait à ce moment tragique de l'histoire du pays, par amour propre et par devoir d'alerter mes concitoyens et l'opinion arabe en général. Les alerter sur le péril islamiste et néocolonialiste qui guettait la Tunisie et l'ensemble du monde arabe. Je ne voulais pas m'éclipser au moment où mon étoile a cessé de briller aux yeux de mes concitoyens, aveuglés et éblouis par le soleil ardent de la « révolution ». Je ne pouvais pas partir sur un malentendu, encore moins sur une défaite. Je ne devais pas me taire au moment où mon histoire, mon honneur, ma vérité étaient piétinés, trainés dans la boue par une horde sans histoire, sans honneur et sans vérité.
Je voulais attendre ma revanche sur l'histoire pour quitter les méandres de la politique, maintenant que celle-ci est arrivée à un degré de médiocrité, d'amateurisme et de trahison jamais atteint auparavant. En suis-je satisfait aujourd'hui ? Puis-je m'en glorifier d'avoir prédit ce qui nous arrive aujourd'hui ? Non, cette situation me déchire le c½ur, pas seulement pour mon pays mais aussi pour l'Egypte et surtout la Syrie. Oui, mes chers amis (e), mon problème c'est que je n'ai jamais considéré la Tunisie comme déconnectée et isolée de sa géographie maghrébine et arabe. C'est pour cette raison que j'ai fait du combat contre le Qatar une priorité, et de la défense de l'Algérie, de la Syrie et de l'Egypte, un devoir.
Je reste avec vous et auprès de vous sans cultiver la moindre ambition politique. J'en fais le serment ce soir. Je n'ai qu'une seule ambition : contribuer à la reconquête de la Souveraineté tunisienne et libérer le pays du dernier mercenaire ou islamo-fasciste.

Mezri Haddad ,dimanche 18 août 2013 à 19H 15 heure de Tunis

Mise à jour à 1h du matin lundi 19 août 2013

Au moment où je rédigeais tout à l'heure mon mot pour vous remercier, toutes et tous, et vous réitérer mon amitié inaltérable ainsi que ma détermination de mener comme vous et avec vous, le combat des Lumières contre l'obscurantisme, de la Souveraineté contre le néocolonialisme, de la liberté contre le totalitarisme, j'ai appris le décès de mon beau-père, Ahmed Negab, dont les vieux résistants Algériens se souviennent sans doute. Un messaliste de la première heure et dernier d'une fratrie de cinq, tous morts tués par les terroristes de l'Algérie française.

L'heure est venue mes amis pour que je vous dise, outre les dernières menaces qui visent mes enfants, pourquoi j'ai été habité il y a trois jours par la tentation de tourner définitivement la page de la politique. Parce que cette passion pour la Tunisie ne m'a apporté, ainsi qu'à ma famille, que souffrance et malheur, de janvier 1978 jusqu'à ce jour. Je vous le résume sans chercher à vous apitoyer, parce que mon destin, je l'ai toujours affronté seul, avec la ferme volonté de le défier et la force de vaincre.
Lorsque j'ai perdu mon père en novembre 2004, j'ai supplié les autorités de l'Etat au service duquel j'étais depuis avril 2000, de me laisser assister à son enterrement. Pourquoi ? Parce que cet Etat avait considéré un article que je venais de publier dans Jeune Afrique comme une trahison suprême. Titré « Où va la Tunisie avec Ben Ali ? » (le 8 ou le 9 novembre 2004), cet article était trop insolent pour le prince et ses zélateurs, qui venaient de festoyer l'anniversaire du 7 novembre. Mes ennemis au palais et au sein du RCD ont profité de cette occasion pour me « décapiter », selon l'expression d'un ministre aujourd'hui en prison. Au cas où il m'arriverait malheur, avant de prendre l'avion pour Tunis, je me suis confié à un ami et compagnon, M.T. J'ai pu enterrer mon père au cimetière de Monastir et reprendre l'avion pour Paris, où m'attendais une longue, solitaire et cruelle traversée du désert. La tentation était grande à ce moment là d'oublier la Tunisie et de reprendre ma carrière universitaire en France. Mais la passion pour ce pays était plus grande.
En 2011, trois mois après l'écroulement de la Tunisie, obligé de quitter le logement de fonction dont je n'ai jamais voulu -mes amis peuvent en témoigner- j'ai dû me séparer de mes deux enfants pour qu'elles terminent correctement leur année scolaire. Elles ont fini l'année chez leurs grands parents, mon logement personnel depuis des années étant à 40 Km de Paris. Pendant ce temps, les « lions » se partageaient le cadavre de la Tunisie et les hyènes se délectaient sur le mien, par leur haine et leurs basses calomnies.
Au moment où je retrouvais ma famille début juillet 2011 et que je commençais à remonter la pente grâce au soutien financier des mes beaux parents qui sont venus habiter chez mois trois mois, ma belle mère a accidentellement quitté la vie en septembre 2011. Et pendant ce temps, les calomniateurs calomniaient et les lyncheurs lynchaient.
Un mois plus tard, j'ai failli perdre mes filles avec trois autres enfants venus leur tenir compagnie. Ce fut l'incendie de ma maison, lors duquel j'ai subi ma première alerte cardiaque parce que, de façon inconsciente, je me suis aventuré à l'éteindre tout seul. Une semaine d'hospitalisation...et pendant ce temps, les calomniateurs calomniaient et les lyncheurs lynchaient.
Avant de frapper ce soir, la mort était là, rodant, tragique et omniprésente. J'ai vécu la mort de chaque Tunisiens, de décembre 2010 jusquà nos jeunes soldats de jebel Chaambi, comme une tragédie personnelle, une souffrance existentielle. Aussi, la mort de nos frères Libyens, Syriens, Egyptiens et Irakiens. Le mot « martyr », c'est tout ce que je déteste dans la vie, parce qu'il cultive le culte de la mort et le mépris de la vie. Mon culte, notre culte à nous, c'est la vie. Mon amour, notre amour, c'est autrui.
C'est ce pourquoi nous continuerons à nous battre, afin que ceux qui nous poussent aux conflits fratricides, sachent que nous tenons à la vie autant qu'à notre liberté. Je voulais vous adresser ce message d'amour et d'espoir pour que vous soyez convaincu que toutes les épreuves racontées ici, comme celles que je vous épargnerai, n'entameront jamais ma volonté de résister, avec vous, pour qu'un jour, la Tunisie renaisse de ces cendres, plus belle, plus paisible, plus joyeuse qu'elle ne l'a jamais été.

Mezri Haddad ,lundi 19 août 2013

Tunisie Focus

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