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Bordj Badji Mokhtar en état de siège

Un calme précaire est revenu dans cette ville de la wilaya d'Adrar après les affrontements violents survenus entre les tribus touareg et  brébiche. Vendredi matin, des échauffourées ont causé la mort de trois autres personnes portant ainsi le bilan, depuis le 8 août, à huit morts et des dizaines de blessés. Située à 2200 km au sud d'Alger, et à 800 km du chef-lieu de la wilaya d'Adrar, la ville de Bordj Badji Mokhtar semble retrouver son calme, même précaire, après les violents affrontements qui la secouent depuis plus d'une semaine. L'arrivée d'importants renforts, des escadrons d'intervention rapide de la Gendarmerie nationale dépêchés d'Alger et des wilayas limitrophes sur réquisition du wali d'Adrar, a permis l'arrestation d'au moins une quarantaine de personnes lors des échauffourées de la nuit du jeudi à vendredi. Des opérations qui n'ont malheureusement pas évité d'autres affrontements dans la matinée du vendredi. Selon des témoins oculaires joints par téléphone, une dizaine de jeunes venus à bord de véhicules tout-terrain (Hilux et Toyota) ont investi le quartier des Brébiches en fin de matinée. Ils ont mis le feu à de nombreux magasins et domiciles avant d'être rattrapés par les habitants. Les affrontements entre les deux parties ont fait trois morts, tous des Touareg, et des blessés. Il aura fallu l'intervention des gendarmes pour que, encore une fois, le calme soit rétabli. Désormais, les deux communautés, touareg et brébiche, sont séparées par les forces de l'ordre qui ont installé une ligne de démarcation pour éviter les affrontements, alors que les accès à la ville sont fermés par les gendarmes qui filtrent les entrées et sorties. Pour l'instant, Bordj Badji Mokhtar est en état de siège. Les autorités militaires et civiles se sont regroupées au siège de la daïra pour suivre les événements. Que s'est-il passé au juste ? Selon des notables de la région, le facteur déclenchant est une dispute entre Touareg et Brébiches à propos d'un local, qui a tourné au vinaigre le jour même de l'Aïd. Le propriétaire, âgé d'une vingtaine d'années, a été retrouvé mort avec plusieurs contusions. Certains affirment qu'il a été écrasé par un véhicule tout-terrain, au centre- ville, d'autres disent qu'il a été tabassé à mort. Le lendemain, alors que la famille du défunt recevait les condoléances sur une place de la ville, plusieurs véhicules ont fait irruption, en fonçant sur la foule, faisant quatre morts et plusieurs blessés. Les affrontements entre les deux communautés ont éclaté et les actes de pillage et de sabotage ont touché aussi bien Touareg de la tribu des Idnan que les Brébiches. La ville était livrée à elle-même et des deux côtés, chacun se sentait dans l'insécurité. Malgré les appels au calme, la situation n'a fait que dégénérer, à cause de la faiblesse du dispositif de sécurité de la ville et l'éloignement de celle-ci par rapport au chef-lieu de wilaya, mais aussi aux centres de commandement des régions militaires. Après la tenue de la réunion extraordinaire de la commission de sécurité de la wilaya, à la daïra de Bordj Badji Mokhtar, le wali a procédé à la réquisition des unités de maintien de l'ordre de la Gendarmerie nationale, dont les équipes devaient être acheminées d'Alger et de quelques wilayas limitrophes. Le dispositif n'a été totalement installé que vendredi au milieu de la journée. Hier, aucun incident n'a été signalé, alors que la ville donnait l'impression, nous dit-on, d'être assiégée par les gendarmes. Pour les notables de la région, ces affrontements sont le résultat de l'accumulation de plusieurs problèmes non seulement intra-communautaires, mais aussi socioéconomiques, liés à la situation au nord du Mali. «Ce sont des Algériens qui ont des ramifications familiales au nord du Mali. Inévitablement, ils vont subir les répercussions de la guerre. Il est vrai que de tout temps entre ces deux communautés il y a eu des problèmes liés à l'eau, au commerce et autre, mais elles ont surmonté les crises en cohabitant là où elles se rencontrent, que ce soit à Bordj Badji Mokhtar, à Tamanrasset ou à Djanet. L'animosité entre les deux existe. C'est une lame de fond. Pour déstabiliser une des régions, il suffit de l'attiser. C'est ce qui s'est passé à Bordj Badji Mokhtar», a expliqué un notable très connu dans la région qui a refusé de décliner son identité. Il a refusé de citer les parties responsables de la situation, en indiquant toutefois : «L'Algérie n'a jamais été visée dans son unité comme cela est le cas depuis quelque temps. Il y a des mains étrangères qui veulent embraser le sud du pays. Il faut que les autorités algériennes soient suffisamment conscientes de ce danger et doivent réagir avant que le feu ne se propage. Des rumeurs sur des affrontements à Tamanrasset circulent depuis déjà quelques jours. Les tribus, qu'elles soient touareg ou arabes, ont toutes des prolongements dans les villes du Sud et la solidarité peut les entraîner dans des situations de crise extrêmement dangereuses. Raison pour laquelle, il faudra prendre au sérieux ce qui se passe à Bordj Badji Mokhtar.» Partageant le même avis, un autre notable a expliqué qu'il ne s'agit pas de réagir par des mesures répressives : «C'est une situation délicate et complexe qui appelle à des mesures très sages. Il faudra que l'autorité de l'Etat algérien soit visible physiquement, mais aussi par des actes en direction de la population sans distinction. Il est question de régler définitivement ce problème, et ne pas éteindre uniquement le feu et laisser le brasier entre des mains malintentionnées.» En fait, hier et à partir d'Alger, les plus hautes autorités ont pris attache avec d'influentes personnalités pour pousser les deux communautés à adopter la voie du dialogue. En attendant, les gendarmes tentent tant bien que mal de faire revenir la vie à un centre-ville qui vit dans un climat de terreur depuis plus d'une semaine.  

El Watan

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