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Les Indiens en RD Congo

Marsavco, l'une des entreprises du groupe Rawji, spécialisée dans la fabrication d'huile de palme raffinée, de savons et de cosmétiques, à Kinshasa|Photo : Muriel Devey(AEM)

On les estimait à environ 7'000 ressortissants en 2010. Ils sont très certainement plus nombreux aujourd'hui. Sur une population congolaise d'environ 70 millions d'habitants, ce chiffre paraît dérisoire. Pourtant, les Indiens de RD Congo sont de plus en plus visibles dans le tissu économique congolais. Installés à Kinshasa, à Lubumbashi et dans d'autres chefs-lieux de province, et présents dans un large éventail de secteurs, ils sont à la tête de PME/PMI ou de groupes aux activités diversifiées, bâtis par des membres de la communauté établis depuis des décennies dans ce pays où ils dirigent des filiales de sociétés établies en Inde, au Canada ou dans d'autres pays africains.

1905 : les premières arrivées

Loin d'être un phénomène récent, la présence des Indiens en RDC remonte au début de l'époque coloniale. C'est en 1905, en effet, qu'ont été enregistrés les premiers cas d'arrivées d'Indiens en provenance principalement d'Afrique de l'Est. Les portes d'entrée étaient alors Stanleyville (Kisangani), pour ceux qui venaient d'Ouganda ou du Kenya, et Albertville (Kalemie), pour ceux qui arrivaient de Tanzanie. Certains prirent également pied à Kindu (Maniema). Tel est le cas de la famille Rawji, conduite alors par son aïeul Merali Rawji.

Ces premiers migrants étaient surtout des Chiites et des Ismaéliens. Si une poignée d'entre eux s'est enrichie dans le commerce de gros ou de détail (importation de biens manufacturés et exportation de produits agricoles, d'ivoire et de cuirs et peaux), avec des succursales en Afrique de l'Est, au Moyen Orient et en Inde, la plupart vivaient modestement du commerce avec les Congolais, à l'instar de leurs confrères portugais, grecs ou italiens. Ils tenaient de petits magasins où ils vendaient divers articles manufacturés, notamment du tissu au poids importé en ballots, appelés « tombola » (seconde main). À partir de 1950, des familles sont allées s'implanter à Kinshasa, suivant ainsi Pyarali Shariff, le premier Ismaélien à s'y être établi en 1946. La famille Rwaji s'y installera en 1960, année de l'indépendance du pays.

Juste après l'indépendance, profitant des opportunités offertes par le départ d'Européens, qui fuient les troubles socio-politiques, certaines familles rachètent des sociétés européennes ou en créent de nouvelles. Ainsi les Rawji reprennent à des Belges Alukivu et Beltexco et fondent Sogalkin. Mais en 1973, la zaïrianisation initiée par le président Mobutu, qui porte entre autres sur la cession forcée à des Congolais des biens commerciaux et des propriétés foncières qui appartenaient à des ressortissants étrangers, porte un coup dur à la plupart d'entre eux. Certains quittent le pays, d'autres restent, résistant vaille que vaille à cette période difficile. Puis la mesure de rétrocession des biens à leurs anciens propriétaires et la libéralisation de l'économie amorcée en 1982, notamment de l'exploitation artisanale de l'or et du diamant, ouvrent de nouvelles perspectives.

1980-1990, une nouvelle vague met pied en RD Congo

C'est dans les années 1980 qu'une nouvelle vague d'Indiens met pied en RDC, principalement dans le commerce général. Au cours de cette période naîtront les sociétés Gay Impex (commerce général), Congo Store (créé par Chatoo Safdar), Shalina, fondé par Virji Shiraz, et le futur groupe Zenufa, qui débute avec African Food Beverage. Un des frères Rawji crée, pour sa part, Prodimpex.

Pillages de 1991 et de 1993, difficile démocratisation, interminable conférence nationale souveraine, renversement du Maréchal Mobutu par Laurent Désiré Kabila en 1997 et guerre avec le Rwanda et l'Ouganda en 1998, la décennie 1990 est une période trouble, peu favorable aux affaires. Pourtant elle offrira des opportunités à des familles indiennes déjà en place, dont certaines reprennent des secteurs délaissées par des Occidentaux qui quittent le pays. Également à des Indiens de l'extérieur, qui viennent s'implanter dans le pays. Au cours de ces années s'installent notamment en RDC Sajico et Harish Jagtani, qui deviendra très actif au cours des années 2000, et bien d'autres. Leur terrain de prédilection : le commerce général, toujours lui, la distribution mais aussi la petite industrie.

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Prodimpex, autre entreprise du groupe Rawji (vente de véhicules), à Kinshasa |Photo : Muriel Devey(AEM)

Années 2000, les affaires sont accompagnées « d'en haut »

À partir des années 2000, à la faveur de la mondialisation et de la libéralisation de l'économie, la RDC s'ouvre. La période se traduit par de profonds changements. D'abord dans l'origine des nouveaux migrants indiens, qui comptent un peu plus d'Hindous dans leurs rangs. Une partie d'entre eux débarque directement d'Inde, de l'État du Gujarat notamment, ou du Pakistan, en particulier de la province de Sindh, connue pour sa population entreprenante et ses redoutables commerçants. Certains viennent du Canada. La plupart sont anglophones. Peu de liens donc avec les anciennes générations, devenues, au fil des ans, francophones. Autre caractéristique, cette vague d'investisseurs fait venir sa main d'½uvre d'Inde. Des employés peu qualifiés, parlant à peine l'anglais, mais qui maîtrisent très vite les bases du lingala, une des quatre langues nationales de la RDC.

Outre des investisseurs aux moyens limités, cette période se caractérise par l'arrivée de sociétés indiennes disposant de capitaux importants et par des investissements dans de nouvelles filières - mines, télécommunications, agro-industrie, construction et hôtellerie - qui sont autant le fait des Indiens déjà établis en RD Congo, qui profitent des opportunités pour diversifier leurs activités, que des nouveaux arrivants. Ainsi le groupe Rawji ouvre la Rawbank et rachète Marsavco (production d'huile de palme raffinée, de savons et de cosmétiques) ainsi qu'à Unilever en 2002. En 2010, le groupe indien Barthi Airtel rachète la compagnie de téléphonie mobile Zaïn (Ex-Celtel).

Autre nouveauté, les affaires sont désormais accompagnées « d'en haut ». À l'instar de la Chine, l'Inde, qui, lors du Sommet de 2008 à New Dheli avec des pays africains, avait annoncé une ligne de crédit de six milliards de dollars en faveur de l'Afrique, apporte des financements au gouvernement congolais, via l'Export-Import Bank of India. C'est sur cette base que seront, en partie, financées les centrales hydroélectriques Grand Katende (Kasaï occidental) et Kakabola (Bandundu). Au bénéfice, bien évidemment, des sociétés indiennes Bharat Heavy Electrical Ltd et Angelique International Ltd, chargées de les construire. Pour sceller localement ce partenariat, une chambre de commerce indo-congolaise dont l'homme d'affaires Rashid Patel est l'un des initiateurs, est créée en 2006.

Aujourd'hui, les Indiens sont représentés dans un large éventail d'activités. Bien évidemment, dans le commerce de gros - importation de produits alimentaires et électroménagers, représentation exclusive de produits industriels et de marques de voitures - créneau sur lequel leurs leaders sont Socomex (Shalina), Sajico (groupe Sanzi), Roffe-Congo, UAC (Kamlesh Shukla), Prodimpex et Beltexco (groupe Rawji).|Muriel Devey (AEM) ( Lire la suite>>>> )

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