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Tunisie - Il faut sauver Carthage

Le départ de Ben Ali semble faire le bonheur des archéologues, et d’une manière générale de tous les Tunisiens attachés à leur patrimoine. Le conservateur du site historique de Carthage, Abdelmajid Ennabli, a repris le combat pour la défense d’un des sites majeurs de fouille archéologique au monde: l’antique cité de Carthage, située à une dizaine de kilomètres au sud de Tunis, la capitale.

Le 14 janvier 2011, la fuite du président tunisien a levé le voile sur certaines affaires plus ou moins douteuses —et néanmoins légales— auxquelles se livrait le clan Ben Ali au détriment du patrimoine national. Le quotidien britannique le Guardian révèle que

«malgré les déclarations officielles, le régime de Ben Ali a rapidement montré qu’il portait plus d’intérêt à son enrichissement personnel qu’à la protection du riche héritage culturel de la Tunisie.»

La modernisation du pays menace le site de Carthage depuis les années 60. L’essor urbain de Tunis a marqué le début d’une guerre de tranchées entre défenseurs du patrimoine carthaginois et investisseurs immobiliers.

C’est pourquoi en 1972, l’archéologue tunisien Abdelmajid Ennabli a entamé auprès de l’Unesco une procédure de classification du site de Carthage au patrimoine mondial. Un moyen sûr d’empêcher toute exploitation abusive de la zone.

S’ensuivit une vaste campagne internationale de fouilles archéologiques. En 1979, de prestigieuses découvertes conduisent au classement du site au patrimoine mondial de l’humanité protégé par l’Unesco.

Mais l’arrivée au pouvoir de Ben Ali en 1987 compromet sa sauvegarde. Pour lui, rappelle Guardian,

«Carthage n’était rien de plus qu'un prestigieux bien immobilier bénéfique au développement économique. La législation qui protégeait la cité antique n’était qu’un simple petit inconvénient pouvant être ignoré ou balayé du revers de la main.»

Les Résidences de Carthage en sont l’exemple le plus frappant, puisque ces constructions immobilières de luxe empiètent sur les 400 hectares carthaginois protégés par la Charte de l’Unesco. Le quotidien britannique ajoute que «d’autres membres de l’ex-dynastie dirigeante ont été accusés d’avoir volé des objets archéologiques inestimables, et de s’être approprié des édifices nationaux pour leur usage privé».  

Abdelmajid Ennabli a élaboré un plan de sauvegarde de Carthage à l’attention du nouveau gouvernement et fait circuler une pétition pour la protection du site. Si les Romains n’ont pas réussi à détruire entièrement Carthage à l’issue de la troisième guerre Punique (146 av. J.-C.), Abdelmajid Ennabli défend plus que jamais la réstauration du patrimoine antique de la cité. Pour enfin «rendre à César ce qui lui appartient».

Lu sur le Guardian