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Les cinq commandements du maire d’Abalessa

Comment savoir que l'on est un bon maire ? Appartenir au FLN ? Etre noble ou notable ? A Abalessa, c'est la qualité des projets réalisés pour le développement de la ville qui atteste de la valeur du mandat. El Watan Week-end découvre un responsable pour qui être un maire est d'abord une «Abalessa ira de statut de commune, regroupant plusieurs villages, vers une ville à part entière. Puisqu'elle bénéficie du projet hydraulique d'In Salah, le même dont a bénéficié Tamanrasset», déclare Abdelah Afourouaf, maire d'Abalessa, à une centaine de kilomètres de Tamanrasset et où se trouve le tombeau de Tin Hinan, la matriarche ancêtre des Touareg du Hoggar. «Certes, le projet d'In Salah a été contesté, mais il est en réhabilitation. Cet important raccordement en eau viendra du village de Tit vers Abalessa, et jusqu'à la commune de Silet. Une grande étude est menée pour la réussite de ce projet», poursuit l'homme le plus important de la ville, Abdelah Afourouaf. La soixantaine bien entamée, un regard sur tout et entouré d'une jeune équipe, presque toute diplômée des universités algériennes. Pour les Touareg et les habitants du Sahara «l'eau, c'est la vie», comme le chantait le groupe Tinariwen Aman Iman. Pour les habitants d'Abalessa, l'eau est une priorité. «Aucune ville ne peut survivre dans le désert sans être approvisionnée en eau potable. Aujourd'hui, les domaines techniques permettent de faire naître des villages entiers dans un espace ensablé loin de tout», affirme Mohamed Abdelkrim, géologue installé à Tamanrasset depuis plus de 20 ans, sillonnant les villes avoisinantes comme Abalessa. «Cette ville a connu une mutation rapide et une forte croissance, depuis 10 ans et ça continue grâce aux différents projets développés attirant même les nomades.» Assainissement, électricité, éducation, santé et eau potable sont les priorités d'un maire proche de ses électeurs. «Dans notre pays, on est souvent confrontés à la corruption. Le maire d'Abalessa est différent des autres maires que j'ai connus. Sa maîtrise des préoccupations de sa ville a fait de lui un personnage apprécié et respecté. C'est un maire qui se bat depuis des années pour faire renaître Abalessa, au-delà des festivités ponctuelles organisées par la wilaya. Ses projets sont presque des commandements !», conclut Mohamed. expérience «Nous avons élu un maire en qui nous avons confiance, malgré les divergences politiques», affirme Hama, un natif d'Abalessa résidant à Annaba. «Le maire est partisan du FLN, comme la majorité des gens du Sud. Voter FLN ? C'est devenu mécanique, presque un héritage. J'ai cessé de croire qu'un parti politique en déliquescence puisse améliorer ma vie.» Hama a quitté Abalessa il y a 6 ans pour Annaba, où il a trouvé un poste à la mesure de ses compétences. Aujourd'hui, Hama travaille dans le transport maritime. «Vous imaginez bien qu'il serait difficile de travailler à Abalessa, ma spécialité je l'ai faite à Alger, puis un stage sur place qui n'a pas donné ses fruits. Je reviens souvent à Abalessa, puisque toute ma famille y réside et je reste fier des changements qui s'y opèrent», s'enthousiasme-t-il. Pour Salhi, propriétaire d'un terrain agricole, le maire d'Abalessa a été élu parce qu'il a de «l'expérience dans la gestion des affaires de ses concitoyens. Il est à l'écoute, et mieux, il ne promet jamais sans être certain de pouvoir régler les choses». Abdelah Afourouaf est à son troisième mandat, rien ne le décourage même quand on lui téléphone en milieu de matinée pour lui annoncer un problème technique difficile à résoudre. D'un air satisfait, il cherche des solutions rapides avec son équipe. «Je suis fier de mes citoyens. Certains reviennent à Abalessa pour contribuer au développement. Nous essayons de leur fournir des postes selon leurs compétences afin de faire reculer le chômage qui s'abat sur le sud de l'Algérie. Il faut reconnaître que certains sont surqualifiés, dans ce cas nous les encourageons à aller de l'avant», dit-il. Quand on lui demande d'expliquer son attachement au FLN, le maire répond que c'est surtout aux «valeurs révolutionnaires du FLN». Abdelah Afourouaf reste conscient que la politique en Algérie est opaque : «Mon objectif, depuis le début, est de réaliser des projets concrets pour remettre sur pied Abalessa. Je ne crois pas que l'on puisse pratiquer la politique en tant que domaine dans une ville éloignée de tout. La priorité n'est pas de créer un esprit patriotique chez nos citoyens, mais de leur fournir ce dont ils ont besoin au quotidien.» solidarité Comment parler de politique quand des villages entiers sont isolés des grands projets de l'Etat ? Comment prospère un village à plus de 2000 km d'Alger ? Le maire n'hésite pas à parler de «solidarité». Un mot qui semble banal dans les propos d'un maire en Algérie. Cependant, il prend toute sa valeur dans ceux d'un maire dans le Sud algérien. «Si des populations survivent dans le désert depuis des siècles, c'est grâce à la solidarité et l'esprit de survie. Aujourd'hui, nous avons les moyens de condenser une population dans un même lieu, sans pour autant empêcher les gens de vivre selon leurs coutumes. Nous avons plusieurs projets de développement pour la commune et ses quatorze villages, dans le domaine de la construction, la répartition de l'eau pour l'agriculture, bitumer les routes, l'assainissement et le branchement à l'eau potable pour tous les citoyens. Finalement, ce ne sont que les demandes formulées par la population que nous exécutons», affirme-t-il. «Je tiens une modeste boutique au centre d'Abalessa, depuis la mort de mon mari, la commune m'a aidée à monter cette petite entreprise. Aujourd'hui, mes cinq enfants et moi-même vivons des revenus de ce commerce», confie Marbrouka, une maman de 45 ans. Elle ne se s'est jamais résignée devant les difficultés de la vie, surtout après le décès récent de son mari. Sans lourdes conditions, les employés de la mairie d'Abalessa, dans un élan de solidarité, ont soutenu Mabrouka dans ses démarches. racisme Abalessa n'en finit pas de surprendre par sa diversité et son ouverture, et aussi par son histoire. En traversant les entrailles de la ville, un commerçant nous interpelle. Il s'appelle Saïd, 53 ans, grand, blond aux yeux verts mais l'un air inquiet. «J'ai quitté Sétif pour trouver un emploi dans le Sud», explique Saïd, comme tous les Algériens, il a cru à l'éldorado et au rêve de travailler dans le secteur pétrolier. Au bout de 10 ans, il se  retrouve loin de sa famille, errant entre Tamanrasset et Abalessa. «Je ne suis pas à l'aise ici, parce que la plupart des gens sont différents de moi. Je ne comprends pas comment un maire noir peut avoir de l'autorité. Il y a de la hogra.» En essayant de connaître plus l'histoire de Saïd, il confie n'avoir jamais subi d'agression ou de provocation de la part de la population ni même un rejet. Son seul souci demeure dans le fait que la majorité des habitants d'Abalessa soient noirs. «Le jour où le président Obama a remporté les élections, des Noirs algériens ont égorgé des moutons pour célébrer l'événement !», s'emporte-t-il. «Tout le monde a célébré cette élection Saïd», lui rétorque Moulaye, son voisin. «L'élection d'Obama a été un espoir pour tous les peuples opprimés qui pensaient naïvement que la politique américaine allait changer le monde.» Les propos de Moulaye démontrent que même le village le plus éloigné nourrit de l'espoir pour voir un monde meilleur, du moins espérer qu'il le soit. Interrogeant le maire sur cette question épineuse, il trouve que c'est «une notion réelle en Algérie, peut-être moindre par rapport aux pays voisins. C'était palpable dans les années 1990, la mentalité évolue. Toutefois, les conflits entre tribus ont largement contribué à ce racisme pérennisé à cause de traditions malsaines», dont l'esclavage, un mot qu'il ne prononcera pas, mais une tradition encore pratiquée dans le Sud algérien.

El Watan

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