mis à jour le

Flux financiers illicites : l’Algérie lourdement touchée

Avec pas moins de 1,1 milliard d'euros, l'Algérie est l'un des pays au monde les plus touchés par la saignée de ses ressources, relève un rapport de Global Financial Integrity (GFI) sur l'état des flux financiers illicites entre 2001 et 2010. Par ce triste exploit, elle se voit propulsée à la 41e place juste derrière le Liban (30e place avec 1,6 milliard) et est suivie du Maroc (45e place avec 966 millions d'euros), la Libye (54e place avec 679 millions d'euros). La Jordanie et la Tunisie arrivent loin derrière avec respectivement la 116e place pour 66 millions d'euros et la 128e place pour 23 millions d'euros. Ainsi, de ce «douloureux» bilan décennal du GFI, programme du Center for International Policy, une association basée à Washington, il ressort que les «performances» réalisées par la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) ont dépassé de loin celles à l'actif du continent européen. Car, si ce dernier a vu les fuites illicites de capitaux croître d'à peine 3,6%, les deux ensembles régionaux ont, quant à eux, battu tous les records avec un bond spectaculaire de 26,3%. A en croire toujours le classement du GFI, c'est la Syrie qui s'est avérée y tenir le haut du pavé, occupant la première marche du podium à l'échelle méditerranéenne. Avec plus de 2,5 milliards d'euros, elle s'est adjugé la 22e place, suivie de près par l'Egypte à la 23e place (2,3 milliards d'euros) et la Turquie à la 25e place (2,2 milliards d'euros). En échappent à tout contrôle fiscal tous ces flux financiers illicites provenant essentiellement de la corruption, des pots-de-vin et des trafics en tout genre, est-il rapporté, qui font, au total, perdre à ces pays en développement plus de 4,42 milliards d'euros. Ailleurs, est-il encore précisé, c'est à la falsification des prix que l'on a souvent recours pour procéder aux transferts souterrains de capitaux. Le contexte ayant favorisé cette crue inouïe des flux financiers illicites, dans la région d'Afrique du Nord en particulier. La hausse des prix du pétrole, expliquent les experts du GFI. A leurs yeux, «le lien positif significatif entre les sorties illicites et les prix du pétrole brut» est aujourd'hui incontestable. C'est à croire que les relents qui se dégageaient du siphonnage dont a été victime Sonatrach étaient si forts qu'ils avaient atteint le continent américain. hasard ? D'autant que la décennie 2001-2010, période étudiée par le GFI, était curieusement celle du règne de Chakib Khalil. Mieux, et cela tiendrait peut-être du hasard, la médiatisation (mai 2013) de ce rapport coïncidait avec l'éclatement au grand jour des scandales de corruption intercontinentaux impliquant la compagnie pétrolière nationale, son homologue italienne ENI et le leader canadien de l'ingénierie SNC-Lavalin. Plus alarmant est par ailleurs le contenu d'un autre rapport pour la réalisation duquel le GFI a, cette fois-ci, fait appel à l'expertise de la Banque africaine de développement (BAD). Ce travail mettant l'accent sur «les flux financiers illicites et le problème des transferts nets de ressources en provenance d'Afrique : 1980-2009», a montré que l'apparition du phénomène de la corruption internationale en Afrique n'est pas si jeune, comme il a mis en exergue comment «l'opacité bancaire dont se distinguent les économies occidentales jouait un rôle moteur dans les mouvements douteux de capitaux africains». pots-de-vin Durant la période sous revue - 1980 à 2009  -, les ressources du continent ont, au total, été amputées d'environ 1000 milliards d'euros. Ainsi, les ressortissants africains (élites notamment), très peu soucieux du développement économique de leurs pays respectifs, ont illégalement transféré ces colossales sommes, quasi équivalent du PIB du continent, qu'ils ont pu brasser grâce à la corruption, aux pots-de-vin et autres activités illégales, indique le document. L'Afrique du Nord demeure la région qui en souffre le plus de par les faramineuses sorties frauduleuses d'argent enregistrées : les 318 milliards d'euros représentent environ 31% du volume global des flux issus de toute l'Afrique. Et, encore une fois, l'Algérie figure, à l'instar de l'Egypte et la Libye, parmi les pays à être frappés de plein fouet par le phénomène alors que le Maroc et la Tunisie sont considérés comme étant relativement épargnés, rapportent les experts du GFI et de la BAD. Comment juguler cette périlleuse saignée et quels sont les moyens à mobiliser afin d'y parvenir ? Aux politiques des pays qui en pâtissent, outre la création de fonds souverains, l'institution financière africaine (BAD) recommande vivement la mise en place de dispositifs rigoureux, susceptibles de garantir une gestion transparence de toute la chaîne de valeur des ressources ainsi que la communication des informations bancaires transfrontalières auprès de la Banque des règlements internationaux (BRI), notamment sur le secteur, l'échéance et le pays de résidence des détenteurs de comptes de dépôt. Pour sa part, le GFI préconise «la transparence des comptes bancaires et des valeurs immobilières, la réforme des douanes et des protocoles commerciaux, la divulgation des ventes, des bénéfices et des impôts payés par les sociétés multinationales de chaque pays». Accroître les échanges d'informations fiscales entre pays et veiller à l'harmonisation des infractions relatives au blanchiment d'argent est également ce à quoi appelle le GFI, conclut le rapport.

El Watan

Ses derniers articles: Programme AADL 2 : les résultats communiqués  Tizi Ouzou : Les retraités de l‘ANP s’organisent  Sellal : Les visites de terrain n'ont rien