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Tunisie : Qui sera le prochain incompétent à la Kasbah?

Par Mustapha Stambouli
Les observateurs et analystes politiques nationaux et étrangers spéculent depuis plus de deux semaines sur le nom du prochain locataire de la Kasbah. Al Huffington Post Maghreb participe à cette « bourse » de la Kasbah et a titré un article sous forme d’une interrogation: « Gouvernement de Salut national: Qui pour remplacer le chef du gouvernement provisoire Ali Laârayedh? ».

Premier Ministre ou Président?

Pourquoi donnons-nous une telle importance aux fonctions du premier ministre au détriment de celles du président? Il est vrai que la petite Constitution islamiste a gonflé artificiellement les prérogatives du Premier ministre et a vidé celles du président, mais ces dispositions constitutionnelles n’expliquent pas tout, car Béji Caïd Essebsi s’est comporté, lors de la première transition, comme un chef de gouvernement alors que le pouvoir de la transition était régi par l’ancienne Constitution où le président de la République était chef de l’exécutif.

En tout cas, rien n’explique cette effervescence et cet intérêt aux fonctions du Premier ministre alors que la Tunisie n’a connu, depuis le 14 janvier 2011, que des premiers ministres incompétents, à commencer par Mohamed Ghannouchi qui avait cédé sur tout avant d’être dégagé. Jebali comme Larayedh, deux premiers ministres sans réel pouvoir, simples figurants téléguidés à partir de Mont-Plaisir. Béji Caïd Essebsi s’est fait avoir royalement par ses lieutenants proches qui croyaient aux promesses du parti islamiste
.
Après cette introduction-préambule, nous répondons clairement et sans détour à la question posée par Al Huffington Post.

Courte espérance de vie

La Tunisie n’a jamais été confrontée à un problème aussi complexe et difficile à résoudre, celui de mettre en place un gouvernement de sauvetage d’un pays à la dérive qui a pris une option franche dans la faillite systémique – économique, sécuritaire et identitaire. Comment peut-on désigner un gouvernement sans se poser la question du contrôle de cet exécutif. Si la Constituante demeure avec toutes ses prérogatives dictatoriales, le gouvernement fantoche tombera au bout d’un mois au plus dès l’instant où le prochain ministre de l’Intérieur commencera à mettre de l’ordre dans son ministère. Il tombera aussi, au moment où le ministre de la Justice regarde de près les dossiers « compromettants » de son département. Ce gouvernement sera dégagé dès le moment où le ministre des Finances appliquera la loi républicaine sur le commerce mafieux.

Un gouvernement n’ayant pas une majorité confortable à l’ANC n’a aucune chance de réussir son mandat, même s’il n’est composé que de brillants polytechniciens. Dans ces conditions, si nous tenons à mettre en place un gouvernement de Salut National ou de compétences, il faudra ôter à l’ANC ses prérogatives de contrôle du gouvernement, ce qui revient à dire à la dissoudre puisque cette dernière a échoué dans la rédaction de la Constitution promise.

Mise en place préalable d’une nouvelle légitimité

Pour éviter au pays une traversée dangereuse sans aucune légitimité, il est recommandé d’user du processus de Conférence Nationale souveraine, instance suprême pouvant remplacer valablement l’ANC sans aucune difficulté et gérer la dernière transition d’une manière consensuelle, avec la garantie de la l’institution militaire, de l’UGTT et de l’UTICA.

Ma réponse à la question posée, je dirai qu’il ne peut y avoir un gouvernement de Salut National en présence de l’ANC et sans la mise en place d’une nouvelle légitimité. Si ces deux conditions sont remplies, l’exercice pourrait se faire en trois temps
1/ d’abord, il faut définir avec précision les termes de référence du prochain gouvernement,

2/ensuite, il faut identifier les titulaires capables de réaliser les objectifs spécifiques de chaque département et l’objectif global de l’exécutif et

3/enfin trouver le chef d’orchestre le mieux placé pour faire fonctionner l’équipe immédiatement et en toute efficacité.:

Dire que le prochain gouvernement provisoire serait pour 6 à 8 mois, c’est méconnaître la réalité du pays. Personne n’accepterait le bricolage électoral de Kamel Jendoubi, l’ancien patron de l’ISIE. Un recensement général des populations est une exigence et une urgence pour qu’il y ait des élections justes et transparentes. Rien ne se fera avant 3 ans si on se décide de faire des élections aujourd’hui, eu égard au temps nécessaire au recensement général des populations. Cet inventaire à grande échelle nous donnera la configuration réelle de l’implantation de la population tunisienne à travers le pays. Il n’est pas question d’utiliser le recensement de 2004 pour déterminer la répartition des députés par région. Les zones littorales ont vu leurs populations augmenter de 25 à 40%. Le nombre de députés par gouvernorat doit refléter ce changement démographique.

Une base solide

Comment prétendre faire des élections dans six mois alors que la situation sécuritaire est fragile voire inquiétante? Le retour à des conditions sécuritaires d’avant 14 janvier 2011 nécessite deux à trois ans de structuration des systèmes sécuritaires et judiciaires.

Le chantier de la Constitution exige de faire l’exercice de nouveau, car tout le monde a commis l’erreur d’aborder la rédaction de la loi fondamentale sans se poser la question du caractère de la Tunisie dont nous aurions besoin. Le projet de Constitution est un document dont le contenu est incohérent voire contradictoire et plein de déclarations inutiles n’apportant rien de juridique. Un travail bâclé semblable à un mémoire de fin d’études d’un étudiant médiocre qui n’a fait que plagier un texte hors contexte. Nous l’avons dit à plusieurs reprises: le travail fait par l’ANC n’a pas été construit sur une base méthodologique approuvée ou selon un plan cohérent. Une erreur fondamentale a été commise sans que personne ne se rende compte de cette méprise à temps.

Il faut mettre fin à cette hystérie collective de formation d’un gouvernement de Salut national, concept dénué de sens vu les conditions actuelles de la Tunisie. Il faut des préalables et un consensus sur un minimum d’objectifs clairs. Cette démagogie d’élections et de gouvernement de Salut national n’arrange que deux personnes: Hamma Hammami, président du POCT et acteur bouillonnant du Front populaire, pressé de fréquenter les couloirs de la Kasbah, et Beji Caid Essebsi, qui ne rêve que de Carthage.

La patiente Tunisie mérite d’être mieux accompagnée dans sa douleur et nécessite un traitement sérieux pour sa crise millénaire. Ne mettons pas la charrue avant les b½ufs.

Ce papier a été aussi publié par l’auteur sur le 15 août 2013

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