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Le système Khelil toujours en marche à Sonatrach

Sonatrach ne semble pas en avoir fini avec les scandales de corruption. Alors que deux grosses affaires impliquant des sociétés étrangères sont en instruction, la société nationale des hydrocarbures, mamelle des Algériens, attire à nouveau les regards méfiants des enquêteurs. La discrétion dans laquelle a été attribué, en juillet, un grand projet sensible à une société internationale n'a pas manqué de susciter des interrogations sur les méthodes et les procédés utilisés. La transaction en question concerne le projet boosting d'Alrar, un champ gazier qui s'étend jusqu'au territoire libyen et dont l'exploitation a déjà commencé de l'autre côté de la frontière grâce au concours de grandes compagnies énergétiques. Lancé par Sonatrach il y a quelques années, le projet Alrar a été attribué, fin juillet, à l'entreprise de droit britannique Petrofac. L'heureux «gagnant» est une entreprise basée à Jersey, la plus grande des îles anglo-normandes, au régime économique peu enclin à la transparence. Petrofac a pénétré le marché énergétique algérien grâce à l'ancien ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil, dont le nom est désormais mêlé à tous les scandales de corruption qui ont éclaté dans le secteur. Cette compagnie de droit britannique a décroché ce projet pour 668 millions de dollars contre 833 millions de dollars de son seul et unique concurrent, le groupe sud-coréen Daewoo. Il est évident que le choix doit porter sur le moins-disant. C'est la règle dans la passation des marchés publics. Mais l'offre de Petrofac reste nettement supérieure au budget estimatif du projet, tel qu'établi par le bureau d'études Genesis à 400 millions de dollars. Pour le faire passer sans couac, on double donc le budget du PMT (plan moyen terme) 2013-2017 qui passe de 365 millions en 2011 à 730 millions de dollars. Un montant supérieur à l'offre de Petrofac. Les dessous d'un choix Le choix porté sur Petrofac soulève néanmoins de nombreuses questions. On se demande notamment pourquoi maintenir un appel d'offres alors que deux sociétés seulement ont présenté des offres commerciales et financières. Aucune explication n'a été fournie pour le moment. On est sûr d'une chose : on a dû remplacer la R17, inscrite au Boasem, qui interdit toute attribution d'un marché dont le nombre d'entreprises en course ne dépasse pas deux, par la R18 signée il y a 8 mois, qui autorise deux soumissionnaires pour l'octroi d'un marché. «Le stratagème utilisé pour aboutir à ce choix bien balisé est tellement outrancier dans sa pratique qu'il pousse à croire à l'existence d'une entente interne, sinon des complicités ou du moins des connivences», soutiennent des sources proches du dossier, des ingénieurs ayant fait l'évaluation technique en l'occurrence. Pour ces derniers, la surprise fut grande que de voir ces «magouilles» se dérouler au vu et au su des responsables du groupe sans la moindre réaction. A cela s'ajoute le processus d'élimination, l'un après l'autre, des autres soumissionnaires. En tout, treize sociétés de renommée mondiale ont répondu à l'appel d'offres. Huit d'entre elles ont été préqualifiées. Il y a l'incontournable Petrofac, les sud-coréennes Samsung, GS, Hyundaï et Daewoo, la japonaise JGC et les italiennes Techind/Bentini et Technimont. Les cinq autres soumissionnaires ont été écartés par des méthodes jugées peu orthodoxes. Les raisons invoquées pour justifier leur mise à l'écart sont, principalement, le non-endossement du Feed et la non-signature du contrat. Des «arguments» dénoncés par les entreprises mises hors course, car «fallacieux». Ces sociétés internationales, qui maîtrisent parfaitement le processus suivi pour les appels d'offres, ont dans ce sillage introduit des recours, accompagnés de documents prouvant tout le contraire. Autrement dit, des documents attestant qu'elles ont effectivement endossé le «Feed» (étude d'avant-projet) et paraphé le contrat. Mais ces preuves tangibles n'ont pas suffi pour faire bouger la hiérarchie décisionnelle au sein de Sonatrach. Ayant compris que les jeux sont déjà faits, le groupe japonais JGC, jaloux de sa réputation, a renoncé à concourir au projet. Cette défection de taille a attiré l'attention du PDG de Sonatrach qui a ouvert une enquête, affirme notre source. Des arguments fallacieux Le déroulement du processus d'attribution du projet Alrar soulève encore une fois le problème de manque de transparence et de l'inefficacité des mécanismes de veille et de contrôle. Il pose également un autre problème : celui d'un conflit d'intérêt au sein de la direction Engineering et Construction (ENC). Le responsable de cette direction importante et sensible travaille en effet avec son épouse qui s'occupe du département Procurment. En plus clair, lui s'occupe du coût des projets, elle des contrats de soumission. Le vice-président Amont est-il au courant de cette situation ? «Il est difficile de croire le contraire quand on sait que la nomination du directeur de l'ENC n'a pu se faire sans son aval», précise notre source, selon laquelle il aurait même été à l'origine de sa nomination à la tête de cette direction. Nombreux sont ceux qui pensaient que ces procédés détournés allaient disparaître avec le départ de Chakib Khelil du secteur. Mais voilà que plusieurs années après son limogeage, Sonatrach replonge dans les mêmes travers et retrouve les mêmes pratiques prédatrices pour l'économie nationale. Sinon, comment peut-on expliquer qu'une société avec des antécédents douteux, domiciliée en off-shore à Jersey et propriété d'un homme d'affaires syrien, Ayman Asfari, connu pour être très proche de Omar Habour et de Toufik Guerbatou, deux fidèles amis de Khelil, continue de bénéficier de gros contrats ? Petrofac, présente à tous les appels d'offres lancés par Sonatrach, pourrait également décrocher le marché de Timimoun, ZCINA. Il semblerait que trois sociétés seraient requalifiées pour ce projet. Il s'agit de Petrofac, Samsung et JGC. Des entreprises qui figurent presque automatiquement dans tous les appels d'offres lancés par Sonatrach. Les coûts et les contrecoups ! Le projet de construction de l'unité d'exploitation et de traitement de gaz naturel à Touat, Adrar, lui a échappé de justesse à Petrofac. Un projet développé par Sonatrach en association avec GDF Suez, premier importateur européen de GNL.  Dès le lancement de l'appel d'offres en 2011, le projet Touat a fait l'objet de grandes man½uvres visant à privilégier certains groupes sur d'autres. Mais le PDG de Sonatrach a pu rectifier le tir à la dernière minute grâce au prolongement d'une semaine du délai fixé pour le versement de la caution exigée dans ce genre de marché. Ainsi, le groupe espagnol Technicas Reunidas, rodé en la matière, a été le seul à remettre la caution dans les délais, ce qui lui a permis de remporter le projet de développement du gisement gazier du Touat pour un montant de 967 millions. Un montant qui est, de surcroît, bien inférieur (20%) à l'estimation faite par Sonatrach et son associé, à savoir 1,2 milliard de dollars. Le projet Touat concerne la direction Association dirigée par l'indétrônable Kameleddine Chikhi, nommé par Khelil au poste de directeur et devenu directeur exécutif depuis le nouvel organigramme mis en place par l'ancien PDG, Nourreddine Cherouati. Requalifications, élimination de concurrents, modifications des règles en pleine partie sont autant d'éléments qui renforcent le doute et créent la suspicion. Sonatrach risque de sombrer dans de nouvelles affaires qui sentent encore l'ère de Chakib Khelil. La société nationale des hydrocarbures n'a pas été mise à l'abri d'un nouveau scandale. Ni d'ailleurs les deniers des Algériens !  

El Watan

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