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Egypte: violences au lendemain de l'assaut contre les pro-Morsi

Les violences semblaient reprendre jeudi en Egypte, avec l'incendie d'un bâtiment et la mort de deux policiers, au lendemain de l'assaut extrêmement sanglant lancé par la police et l'armée au Caire contre les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi, qui appellent à manifester.  

Le ministère de l'Intérieur égyptien a annoncé que la police était désormais autorisée à tirer à balles réelles sur les manifestants attaquant des biens publics ou les forces de l'ordre.

Mercredi, le pays des pharaons déserté depuis longtemps par les touristes a été le théâtre d'un bain de sang sans précédent. La dispersion au Caire par la force de deux rassemblements des pro-Morsi, qui ont répliqué parfois au fusil d'assaut et aux cocktails Molotov, ainsi que les violences qui se sont propagées dans tout le pays ont fait officiellement 525 morts dont 482 civils mais le bilan pourrait être plus lourd dans la réalité. 

Navi Pillay, Haut commissaire de l'ONU en charge des droits de l'Homme, a réclamé jeudi une enquête sur l'assaut des forces égyptiennes.

Le gouvernement intérimaire mis en place par l'armée quand elle a destitué et arrêté le président Morsi le 3 juillet a décrété le couvre-feu au Caire et dans la moitié du pays et l'état d'urgence, dont la levée avait été un des acquis de la révolte populaire de 2011 ayant conduit à la chute de Hosni Moubarak.

Aucun incident n'avait été signalé dans la nuit mais l'appel des Frères musulmans, l'influente confrérie de M. Morsi, à des manifestations dans l'après-midi fait craindre une nouvelle flambée de violences. Ses rangs ont été décimés mercredi au Caire et certains de ses rares leaders encore en liberté arrêtés.

A la mi-journée, des "islamistes" ont incendié le siège de la province de Guizeh dans la banlieue du Caire et deux policiers ont été tués par des "pro-Morsi" dans le nord et le centre selon les autorités.

Le gouvernement dirigé dans les faits par le chef de l'armée le général Abdel Fatah al-Sissi, a prévenu mercredi soir qu'il ne tolérerait aucun nouveau rassemblement ou nouvelles violences, après avoir salué "la très grande retenue" de la police mercredi.

Dans la nuit, des images aériennes ont montré le village de tentes des pro-Morsi en feu sur la place Rabaa al-Adawiya, occupée depuis plus d'un mois avant l'assaut sanglant de mercredi.

Jeudi matin, de la fumée s'échappait encore du campement réduit à néant où quelques personnes tentaient de sauver les derniers objets épargnés par les flammes.

La mosquée Rabaa al-Adawiya, épicentre de la contestation, avait brûlé, a constaté un photographe de l'AFP.

Une centaine de cadavres dans des linceuls blancs étaient alignés au sol dans la mosquée voisine d'al-Imane tandis que des volontaires tentaient d'établir la liste des noms des victimes.

Des dizaines de personnes, le visage couvert pour se protéger des odeurs, venaient identifier leurs proches. Parmi eux, une femme a affirmé à l'AFP se recueillir sur la dépouille de sa fille. Une autre a hurlé en découvrant un corps calciné sous un linceul.

C'est de cette mosquée que doit partir le défilé auquel appellent les Frères musulmans dans après-midi.

Eviter "la guerre civile"

L'intervention des forces de l'ordre et le bain de sang qu'elle a déclenché ont suscité l'indignation à travers le monde, la communauté internationale, qui avait tenté une médiation pour éviter ce bain de sang, condamnant un "massacre" et certains mettant en garde contre "la guerre civile".

Le bilan officiel fait état de 525 morts --482 civils et 43 policiers-- et plus de 3.500 blessés dans tout le pays. Selon le chef des services d'urgence égyptiens 202 personnes ont péri sur la seule place Rabaa al-Adawiya.

Les Frères musulmans, eux, évoquent 2.200 morts et plus de 10.000 blessés.

Dans le pays, où les Egyptiens étaient descendus en masse dans les rues fin juillet pour "donner mandat" à la toute-puissante armée afin d'en finir avec le "terrorisme", en référence aux milliers de manifestants pro-Morsi qui occupaient deux places du Caire, plusieurs figures d'importance se sont désolidarisées de l'opération meurtrière.

Le vice-président Mohamed ElBaradei, prix Nobel de la paix qui avait apporté sa caution au coup de force des militaires, a démissionné, disant refuser "d'assumer les conséquences de décisions avec lesquelles il n'était pas d'accord".

Le journal britannique The Times écrit que "la légitimité du régime de transition ne tient plus qu'à un fil", tandis qu'une partie de la presse américaine appelait le président Barack Obama à couper la substantielle aide --1,3 milliards de dollars-- à l'armée égyptienne. Washington a annoncé une allocution de M. Obama dans l'après-midi sur l'Egypte. 

La presse égyptienne, en revanche, largement acquise à l'armée, saluait, à l'image du quotidien gouvernemental Al-Akhbar, "La fin du cauchemar Frères musulmans".

A l'étranger, le président français François Hollande, qui a saisi l'ONU, a dénoncé la "répression", appelant à tout mettre "en oeuvre pour éviter la guerre civile". Paris et Berlin ont convoqué les ambassadeurs égyptiens, tandis que le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à se réunir après ce "très grave massacre".

Le pape François a appelé à prier "pour la paix, le dialogue et la réconciliation" dans le pays où plusieurs églises ont été attaquées mercredi.

La Chine, partenaire économique de poids de l'Egypte, s'est dite "très préoccupée" tandis que Moscou recommandait à ses ressortissants de s'abstenir de voyager en Egypte.

AFP

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