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Nous sommes la Tunisie et la Tunisie, c’est nous !

Par Mansour Mhenni
Je suis d'avis que tout Tunisien qui se respecte, je dirais même que tout Tunisien authentique ne peut que se sentir rempli de fierté et de reconnaissance devant le souvenir des initiateurs du 13 août 1956. Il y a évidemment le Grand Habib Bourguiba, n'en déplaise à ses ennemis invétérés ! Mais aussi tous ceux qui, parti de l'esprit sain du Coran selon lequel « le paradis est sous les pieds des mères », au-delà ou en-deçà de toute sainteté, ont développé une pensée réformiste inscrite dans le sens de l'Histoire et dans une vision qui pourrait donner à la religion musulmane un argument favorable à son universalité. Je pense surtout à feu Tahar Haddad, un pair de Bourguiba dans une autre fraternité qui a pour nom la tunisianité.

En fait, Tahar Haddad et Habib Bourguiba, en tant que figures emblématiques et en dehors de tout culte de personnalité, ne rendent pas hommage seulement aux célèbres figures féminines tunisiennes de confession musulmane, mais à toutes les femmes tunisiennes, aussi bien les fondatrices que les victimes sacrificielles.

A ne pas oublier surtout Cheikh Mohamed Fadhel Ben Achour qui a été l’un des seuls tunisiens religieux à défendre les dispositions du Code du statut personnel contre tout dogmatisme rétrograde. Pour lui, le CSP est «un impératif des temps modernes, mais toujours conforme aux textes fondateurs de l’islam ».

Qu'elles sont héroïques et grandes : Elissa se brûlant pour elle-même pour préserver l'indépendance de Carthage ! Sophonisbe prenant le poison par refus de la trahison de Carthage par son amant ! La femme d'Hasdrubal lavant la lâcheté de son mari dans le feu où elle s'est brûlée après ses enfants ! La Kahina défendant son territoire contre la conquête arabo-musulmane mais, à la fin, conseillant ses enfants de composer avec les conquérants pour l'intérêt de sa terre !

Et puis, il y a eu toutes les femmes qui ont concrétisé les valeurs de l'Islam :

Mesdames, messieurs, le sadaq kairouanais, « le contrat de mariage kairouanais », vous savez ce que c'est ? On le doit à la force de caractère et de conviction de Aroua la Kairouanaise qui, au VIII° siècle chrétien, avait obligé son mari, rien de moins que le calife abbasside, Abou Jaâfar Al Mansour à la prendre pour unique épouse. Mais s'il devait prendre une seconde épouse, il ne le pouvait que si elle, la première, l'acceptait. Aujourd'hui, près de treize siècles plus tard, notre Code du Statut personnel abolissant la polygamie n'a qu'un demi-siècle d'ancienneté et plusieurs pays frères du monde arabo-musulman continuent à militer pour avoir ce que Aroua la Kairouanaise avait imposé.

Ensuite, au IX° siècle du calendrier chrétien, la Kairouanaise prit en charge la fondation de la fameuse mosquée des Karawiyyine, au Maroc, pendant que la sultane Atef s'occupait de construire ce qui allait devenir l’université théologique de la Zitouna. Qu'il avait raison donc Ibn Khaldoun qui, par ailleurs, au XIV° siècle, vantait le savoir-faire des femmes médecins, ces « tabibet » tunisiennes qui « valaient mieux que le meilleur médecin pour traiter les maladies infantiles ».

Puis, la princesse Aziza Othmana vint, au XVII° siècle de l'ère chrétienne, protectrice des pauvres et des malheureux, finançant la construction de bibliothèques, d’hôpitaux, de collèges et de medersa. Avant de mourir, la fille d’Ahmed Dey prit soin d'affranchir l’ensemble de ses esclaves et de constituer en habous la totalité de ses biens au profit de plusieurs ½uvres caritatives. Souvenez-vous, l'hôpital Aziza Othmana, c'est elle.

Plus près de nous, Bchira Ben Mrad, la fille de Cheikh El Islam Mohamed Salah Ben Mrad, fonde en 1937 la première organisation féminine tunisienne, l’Union musulmane des femmes de Tunisie et s'engage dans une activité intellectuelle et culturelle inscrite dans la mouvance de la modernité.

Quant à Majida Baklouti, née le 12 novembre 1931 et décédée le 4 septembre 1952 à Sfax, elle est une militante du mouvement national tunisien et symbole de la libération de la femme tunisienne à une époque où ni le protectorat français ni la tradition arabo-musulmane telle que consacrée par une vision rétrograde ne voyaient la femme jouer un tel rôle.

Il n'est donc plus étonnant de voir aujourd'hui toutes ces femmes intelligentes et belles, de l'intelligence de la Tunisie et de sa beauté, de sa vivacité aussi, crever l'écran des renommées et faire éclater les records des performances, filles de la Tunisie moderne, symboliquement filles de Bourguiba même quand elles le boudent, toutes criant : « Nous sommes la Tunisie et la Tunisie, c'est nous ! Tant pis pour ceux qui ne l'ont pas compris. Car l'Histoire finira par les piétiner. »

Par Mansour Mhenni le 14août 2013

Tunisie Focus

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