mis à jour le

Y a-t-il un juste milieu qu’un pays comme la Tunisie peut observer ?

Par Mezri Haddad
Lorsque la majorité se réjouissait de cette magnifique « révolution » qui va accoucher de la plus belle démocratie dans le monde, et que nul n’envisageait le triomphe de l’islamisme en Tunisie. Extrait de mon livre « La Face cachée de la révolution tunisienne » (septembre 2011).

« Pourquoi Ennahda remporterait-elle les élections ? D'abord pour trois raisons objectives et qui ne souffrent aucun doute. Premièrement, nul autre parti de l'opposition ne peut avoir les moyens financiers dont dispose Ennahda. Deuxièmement, avec toujours un cynisme et un savoir faire redoutables, Al-Jazeera, la Kibla du peuple tunisien, accordera son soutien médiatique à Ennahda. Troisièmement, ce parti a déjà reçu la bénédiction des grands prêtres américains dans une mosquée turque !

Ensuite pour des raisons de psychologie sociale élémentaires : Ben Ali incarnait le vice et l'impiété, Ghannouchi incarne la vertu et la dévotion, le RCD était le Mal absolu, Ennahda représente le Bien intégral, l'ancien régime était injuste, corrompu et « vendu » au Mossad, le nouveau sera juste, intègre, patriotique et antisioniste...Paradoxalement, ce ne sont pas les islamistes qui sont responsables de cette propagande manichéenne entre l'ancien révolu et le futur probable, entre l'enfer et le paradis, mais notre télévision nationale, une partie de notre élite « progressiste » et un certain nombre de journalistes « indépendants ». Ceux-là mêmes qui ressemblent à des accusateurs publics et qui ont eu l'habileté de s'absoudre de leurs péchés juste après la chute du régime. Ce n'est pas bien pénible de devenir zélateur de l'islamisme lorsqu'on a été si longtemps les zélotes du bénalisme.

Ennahda va gagner, parce que les Tunisiens sont psychologiquement et culturellement prédisposés à accueillir les islamistes comme des sauveurs providentiels, comme un don de Dieu. Sous Bourguiba et sous Ben Ali, nous étions un peuple « impie » et « blasphématoire ». Avec Ennahda, nous allons revenir aux « véritables » valeurs de l'islam. Nous quitterons ainsi la Jahiliyya et tournerons définitivement la page du pouvoir des apostats qui offense l'islam depuis 1956. En somme, depuis l'indépendance, sans même nous en apercevoir, nous étions des païens.

Ni le régime de Bourguiba, ni encore moins celui de Ben Ali n'a préparé la société tunisienne à la dure et périlleuse « épreuve » de la démocratie. Au contraire, tous les deux, chacun à sa façon, ont cherché à exploiter le sentiment religieux à des fins politiques, faute de légitimité démocratique. Ce n'est donc pas le temps plus ou moins long que les Tunisiens vont mettre avant d'instaurer leur Etat démocratique et moderne qui est inquiétant, mais le temps très rapide que certaines forces de régression ont mis pour emporter déjà quelques victoires symboliques et pour persuader les Tunisiens que l'islamisme est l'avenir. Non, l'islamisme n'est pas notre avenir, mais juste un présent qui refuse de devenir un passé.

Que l'on me comprenne bien sur la question islamiste. Je ne m'y oppose pas par « foi » laïque, encore moins par intégrisme laïciste. J'ai intellectuellement et politiquement combattu l'islamisme parce que je suis au contraire un homme de foi, un musulman fier de ses racines culturelles arabes et conscient de l'apport islamique à la civilisation humaine. Dans mes articles et mes travaux académiques, j'ai critiqué la laïcité française dans ses fondements idéologiques et philosophiques. Dans mon livre Carthage ne sera pas détruite, j'écrivais déjà ceci : « Nous ne sommes pas pour ce laïcisme fondamentalement anticlérical et athée qui a eu pour effet la déchristianisation de la France et qui a occasionné dans ce pays un vide spirituel, vite exploité par les sectes et les prosélytes de tout acabit. Entre l'extrémisme laïciste et antireligieux, et le bigotisme étatique, il y a certainement un juste milieu qu'un pays comme la Tunisie peut observer » .

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes 

pays

AFP

RDC: une ex-élue du Congrès américain pour soigner l'image du pays

RDC: une ex-élue du Congrès américain pour soigner l'image du pays

AFP

CPI: le président ivoirien opposé au départ de nouveaux pays africains

CPI: le président ivoirien opposé au départ de nouveaux pays africains

AFP

Nigeria: le pays s'enfonce dans la crise économique

Nigeria: le pays s'enfonce dans la crise économique

Tunisie

AFP

Panser les plaies de la dictature, le défi de la Tunisie

Panser les plaies de la dictature, le défi de la Tunisie

AFP

La Tunisie

La Tunisie

AFP

CAN-2017: l'Algérie dans un groupe compliqué avec le Sénégal et la Tunisie

CAN-2017: l'Algérie dans un groupe compliqué avec le Sénégal et la Tunisie