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Crise politique en Tunisie : La continuité dans l’immobilisme

Par Soufiane Ben Farhat

On attend toujours la réponse du gouvernement provisoire à l'initiative de M. Mustapha Ben Jaafar, président de l'Assemblée nationale constituante (ANC). Le gel des activités de l'ANC jusqu'à la reprise du dialogue national est effectif mais ses implications demeurent jusqu'ici lettre morte. Le gouvernement provisoire fait comme si de rien n'était. Et la grave crise politique se poursuit.

La réponse est improbable. La Troïka gouvernante est menacée d'implosion. Pourtant, ses principaux acteurs s'ingénient à escamoter les sérieuses lézardes dans son édifice chancelant.

Le parti Ennahdha a publié un communiqué où il adopte une double posture vis-à-vis de la position de Ben Jaafar. Il s'en désolidarise formellement et l'entérine du bout des lèvres quant au fond. Histoire de dire il vaut mieux simuler une roulade suite à une glissade (ti7a bitkarbissa). Le CPR, lui, s'y oppose. Et Ettakatol, parti du président de l'ANC, se soude autour de son chef.

Visiblement, après le ramadan, on a la gueule de bois. Le cafouillage intervenu hier à la place du Bardo en est témoin. Quelque part dans les centres de décision sombres du gouvernement, on a décidé la levée manu militari du rassemblement dit d'Erra7iil (du départ du gouvernement et de l'ANC). Et l'on passa promptement à l'acte, en comptant sur la démobilisation due au long weekend des fêtes de l'aïd. La levée de boucliers citoyenne et civile a mis en échec l'entreprise des éradicateurs à la poigne du mouvement. Sans que l'on sache qui a fait quoi et qui a ordonné quoi. Comme toujours.

Aujourd'hui, on en est encore à la case départ. Les protagonistes se toisent dans ce qui s'apparente à une veillée d'armes. Les opposants au gouvernement semblent décidés, revigorés par l'adhésion citoyenne exprimée lors du rassemblement grandiose de la soirée du 6 août.

Côté gouvernement, on se contente de gagner du temps. Sans être sûr de l'issue de crise. « Diluez, diluez, ça sert toujours à quelque chose » semble-t-on se dire à part soi. Et c'est tout. L'imaginaire politique semble tari, nourri par le seul affligeant immobilisme. Autrement dit, c'est l'expectative.

Et la sortie de crise ? Qu'en est-il au juste ? Ennahdha, chef de file de la Troïka, maintient toujours Ali Laârayedh à la tête du gouvernement provisoire . Toute solution politique à ses yeux commence avec ce préalable. Ce que refusent tous les autres protagonistes politiques, associatifs et syndicaux, sans oublier Ettakatol. Le principal parti gouvernemental préfère visiblement le monologue au dialogue. Malgré la crise. Malgré la situation sécuritaire hyper-fragilisée par les confrontations armées avec les terroristes, au djebel Châambi et ailleurs. Malgré le ressentiment, l'expectative et l'angoisse largement diffus auprès de l'opinion, désespérée et exsangue.

En définitive, la classe politique aux commandes du gouvernement provisoire administre la preuve de son impuissance à concevoir et gérer la sortie de crise. Les considérations partisanes, les intérêts de chapelles et de coteries l'emportent sur le sens de l'intérêt public. Ennahdha et ses alliés peinent à endosser les habits de l'Etat. Et demeurent dans une phase amiboïde, fragmentaire et primaire de l'autorité fondée sur les seuls critères de l'autoréférentialisme.

Entretemps, les ingrédients de la crise persistent. L'économie s'enfonce, la paix sociale se délite et le pays profond gronde.

S.B.F le 14 août 2013

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