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Egypte: au moins 43 morts dans la dispersion des pro-Morsi

Les forces de l’ordre égyptiennes ont mis mercredi leurs menaces à exécution et ont commencé à disperser les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi, dans une opération qui a rapidement tourné au bain de sang avec des dizaines de morts.

Aussitôt après, trois églises ont été attaquées dans le centre du pays, où vit une importante minorité copte, les militants accusant les pro-Morsi de mener “une guerre de représailles” contre les chrétiens.

Moins de trois heures après les premiers tirs de grenades lacrymogènes, un journaliste de l’AFP a compté 43 cadavres –tous des hommes dont plusieurs manifestement tués par balles– dans la morgue de fortune de l’un des deux rassemblements pro-Morsi, celui de la place Rabaa al-Adawiya au Caire.

Dans cet hôpital de campagne au sol maculé de sang, les médecins débordés délaissaient les cas désespérés pour concentrer leurs efforts sur les blessures les plus susceptibles d’être soignées. Un homme qui respirait encore mais avait reçu une balle dans la tête n’a ainsi pas pu recevoir de soins, a constaté le journaliste.

Les Frères musulmans, l’influente confrérie dont est issu M. Morsi, ont annoncé un bilan dépassant les 250 morts et 5.000 blessés, tandis que les autorités recensaient 13 décès, dont cinq membres des forces de sécurité, en affirmant que les manifestants avaient ouvert le feu sur la police.

L’imam d’Al-Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite, s’est désolidarisé de l’opération en expliquant à la télévision n’avoir pas eu connaissance des méthodes que les forces de l’ordre comptaient employer, après avoir pourtant apporté sa caution lors du coup de force des militaires contre M. Morsi le 3 juillet.

Berlin a appelé toutes les parties au calme en Egypte où les violences entre pro et anti-Morsi et entre pro-Morsi et forces de l’ordre avaient auparavant fait plus de 250 depuis fin juin, essentiellement des manifestants islamistes.

Les Etats-Unis avaient demandé mardi aux autorités de laisser les pro-Morsi manifester, s’inquiétant d’une nouvelle éruption de violence.

Les partisans du président déchu ont été pris par surprise par les bulldozers des forces de l’ordre car les nouvelles autorités avaient promis des “sommations” afin de laisser partir ceux qui le souhaitaient, en particulier les femmes et les enfants.

Les islamistes occupaient ces places depuis près d’un mois et demi pour réclamer le retour de M. Morsi, destitué et arrêté par l’armée le 3 juillet.

Deux heures après le début de l’opération, le ministère de l’Intérieur a annoncé que la place Nahda, le second rassemblement, était “totalement sous contrôle”. Un correspondant de l’AFP a vu quatre cadavres, dont certains calcinés, sur cette place.

En revanche, sur la place Rabaa, dont l’accès était interdit aux journalistes qui ne se trouvaient pas déjà sur les lieux, des tirs d’arme automatique résonnaient et une pluie de grenades lacrymogènes s’abattait sur le village de tentes, sur fond de chants religieux diffusés à plein volume par les haut-parleurs de l’estrade.

Un responsable de la sécurité a affirmé à l’AFP que des résidents avaient aidé les forces de sécurité à arrêter des dizaines de manifestants, alors que la télévision diffusait des images d’hommes menottés assis au sol et de familles escortées hors du site.

“Ce n'est pas une tentative de dispersion mais une tentative d'écraser d'une façon sanglante toute voix opposée au coup d'Etat militaire”, a dénoncé Gehad el-Haddad, porte-parole des Frères musulmans, sur Twitter.

Sa confrérie a appelé “les Egyptiens à descendre dans la rue pour arrêter le massacre”. En réponse, le gouvernement a annoncé que le traffic ferroviaire en direction et depuis Le Caire était interrompu.

En représailles à la dispersion, des islamistes ont commencé à bloquer des grands axes du Caire en incendiant des pneus en travers des routes pour tenter de paralyser le pays. Des heurts sporadiques avaient lieu dans plusieurs quartiers du Caire ainsi que d’autres villes du pays.

Dans les provinces d’el-Menia et de Sohag (centre), des pro-Morsi ont incendié des églises de la communauté copte, dont le patriarche avait lui aussi soutenu la décision de l’armée de destituer M. Morsi, toujours retenu au secret.

Le gouvernement et la presse quasi-unanime accusaient les Frères musulmans d’être des “terroristes” ayant stocké des armes automatiques sur les deux places et se servant des femmes et des enfants comme “boucliers humains”.

Les nouvelles autorités, s’appuyant sur une grande partie de la population qui reprochait à M. Morsi d’avoir cherché à accaparer le pouvoir sans rien faire pour l’économie en crise, entendent lancer une période de transition devant mener à des élections début 2014.
LNT
Crédits AFP

La Nouvelle Tribune

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