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Membre dirigeante de l'Association pour la mixité, l'égalité et la laïcité en Algérie et militante politique, Soad Baba Aïssa considère que la laïcité et la liberté de conscience participent du projet démocratique et du vivre-ensemble dans l'harmonie et le respect mutuel. - Vous avez fait partie des initiateurs de l'appel à un rassemblement de soutien aux dé-jeûneurs de Tizi Ouzou. Qu'est-ce qui a motivé cet appel ?   L'appel de Tizi Ouzou «pour la liberté de conscience» a soulevé des questions de portée universelle. Ces questions rassemblent le camp démocratique et définissent le projet moderne de l'Algérie. Elles ne sont pas de nature à singulariser une des composantes particulières de la société, mais jettent les fondements d'un vivre-ensemble harmonieux et intégrateur. La liberté de conscience est l'élément majeur du principe de laïcité.   Notre combat n'est pas contre les musulmans ni contre les croyants. Notre combat pour la liberté de conscience consiste à mobiliser et dénoncer toutes les dérives inquisitrices des groupes politico-religieux : les islamistes qui exercent un contrôle et des pressions sur les familles, qui interfèrent dans nos actes au quotidien. Les filles et les femmes sont les premières cibles de la pression exercée sur les familles. Notre objectif est de contribuer à modifier le rapport de forces pour transformer nos sociétés, pour les faire passer de plain-pied vers la modernité. A travers la question de la liberté de conscience, c'est la question de la séparation de la sphère politique et de la sphère religieuse qui se pose, que nous vivions d'un côté ou de l'autre de la Méditerranée. Nous sommes à l'ère de choix sociétaux décisifs, pour l'avenir des femmes et des hommes, en dépassant le dogme religieux islamique. Notre devoir est de relayer toutes les luttes engagées dans nos pays d'origine. Les gouvernements occidentaux ont des positionnements intéressés qui leur «commandent» de détourner le regard devant la répression et les manifestations de despotisme des pouvoirs en place au sud de la Méditerranée. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir le satisfecit «démocratique» que le président français vient de délivrer à un pouvoir tunisien que les forces populaires s'emploient à dégager ! Cela rappelle étrangement l'offre d'«expertise en répression» faite en son temps par Michelle Alliot-Marie, à la veille de la chute de Ben Ali.   - Pensez-vous qu'un printemps arabe soit encore possible, tout au moins à moyen terme ? Que vous inspire la situation qui prévaut en Tunisie et en Egypte, où deux projets de société s'opposent dans la violence, tandis qu'une religiosité et un contrôle moral s'étendent aux sociétés musulmanes, dont la société algérienne ?   Dans nos sociétés, les forces du changement démocratique, de la rupture moderniste, ont subi trop de contrecoups. Ce qui pouvait constituer ou faire émerger leurs bases socio-économiques - le capital moderne avec son corollaire, l'extension du salariat et l'élargissement des couches moyennes - a été laminé par la «bazarisation» des économies et le renforcement du mercantilisme et de l'affairisme dépendant d'intérêts étrangers. Cette contrainte historique majeure s'est doublée d'une répression étatique qui, à son tour, s'ajoute à une terreur islamiste éradicatrice dont les élites modernes sont victimes au quotidien. Où sont Liabès, Djaout, Sanhadri, Boucebsi, Nabila Djahnine... ? Nous en savons quelque chose en Algérie. Nos voisins tunisiens découvrent, aujourd'hui, l'horreur éradicatrice. Elle touche qui ? Chawki Bélaïd, Mohamed Brahmi, Mohamed Belmufti,...  les djounoud de l'armée tunisienne.   - Comment réagissez-vous à l'appellation «communauté musulmane» en France ? Vous semble-t-elle appropriée ?   Nous sommes confrontés à des responsables politiques qui s'enlisent dans le relativisme culturel et ont une difficulté à séparer religion et culture et ne s'interrogent pas sur l'interaction du religieux avec le social et le politique. On ne parle jamais de jeunes Français d'origine chrétienne ou athée. Alors, pourquoi cette précision à caractère religieux dès lors que des citoyen(ne)s français(es) dont les parents ont immigré en France seraient rattaché(es) à une présupposée «appartenance à une communauté religieuse» ? Il s'agit ici non seulement d'une atteinte à la liberté de conscience mais aussi d'un marquage identitaire obligatoire comme le cachet d'une «appellation d'origine contrôlée». Par ailleurs, ces dernières décennies, nous voyons comment les islamistes invoquent la spécificité culturelle pour avancer en «trompe-l'½il» auprès de concitoyens et concitoyennes et de la communauté maghrébine «présupposée d'obédience musulmane»  par un retour à l'ordre moral et en instrumentalisant la religion à des fins politiques et des intérêts personnels. Mais il serait trop aisé de considérer que le droit à la différence s'entend uniquement dans une revendication du respect de la «liberté religieuse» et de demandes particularistes ou d'accommodements. Il serait trop aisé de croire que le droit à la différence puisse cautionner la violation des libertés individuelles, le principe d'égalité entre les femmes et les hommes, l'universalité des droits. Les Européennes et les Européens de parents issus des vagues d'immigration des pays d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne sont victimes de discriminations raciales, économiques, sociales et politiques. Il existe un véritable déni de citoyenneté. Même si le constat politique semble juste, le discours des islamistes est essentiellement dans la posture de la victimisation. Ce prosélytisme des islamistes va les enfoncer dans un discours communautariste outrancier et un repli sur leur religion comme «refuge» identitaire qui les éloigne des sociétés dans lesquelles ils vivent.

El Watan

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